mardi 2 décembre 2025
samedi 22 novembre 2025
samedi 15 novembre 2025
Retour de lecture Des figures et des corps en photos
C'était le vendredi 7 novembre 2025 à la médiathèque Saint-Cyprien (Toulouse), Des figures et des corps, Tarmac éditions
vendredi 29 août 2025
Ne pas finir de dérouler le fil
Ne pas vouloir porter, supporter
Ne pas vouloir se soumettre
être ci
être ça
Cabrer sous les regards
Chercher toutes ses voix
être ici
être là-bas
Grincer des dents, juter du noir
Cracher de colère et d'émoi
être l'une
être l'autre
Ignorer la pitié et les regards
à agrandir l'atoll
jouisseuses
jouissives
Tenter de circonscrire
Déborder, façonner
caverneux
bilieux
mardi 19 août 2025
Le moiré des pages
on me regarde
on me dévisage
on m’examine
on me suppute
on me définit
on me circonscrit
1m50 de peau noire
une bouche démesurée
un sourire des dents blanches
des lèvres exagérément étirées
la langueur exotique
la bonhomie
la bonne humeur
le rire
le bruit
et l’odeur
regardez moi
regardez moi
vraiment
regardez moi
bien
je suis un serpent
dont la mue au sol nie toute définition
mes écailles plantent loin leur rayons dans la terre
mes graines de longani roulent dans mes orbites
mon rire tonitruant zèbre le ciel gris
et que ma colère
dévale les côtes jusqu’à la mer
fume sa lave jusqu’aux abysses
je suis cette bête
ce reptile
qui file, vous échappe et s’échappe
marron marronnasse jusqu’au cirque de Mafate
sur ma peau des scories crissent leur chair de poule
dans mon ventre les morts racontent l’autre histoire
chaque récit du passé pulse
même si je sais
que je n’arpenterai plus
les sentiers des hauts de l’île
que je n’entendrai plus
piailler les belliers dans leur nids en colliers
il me faut encore
malgré ma vie sur le continent
malgré les injonctions à choisir un camp
à décider d’un lieu d’un seul comme identité
à nier le métissage et le moiré des pages
il me faut encore et toujours laisser l’île
fermenter dans mon ventre
dessiner son histoire au creux des intestins
la laisser déformer mon visage et mes mains
doucement bruisser et toujours continuer
à couler son noir sur le blanc du papier
[...]
dimanche 3 août 2025
une île ( ) l'île
pars
tout
c’est une escale ratée lors d'un voyage à Mayotte
c’est un corps qui s'émiette sur ta terre confisquée
c'est une administration encore, qui décide où tu vis qui tu es
c’est un océan qui fuit dans les boues de Garonne
c’est un chant d'oiseaux qui fait court-circuiter
tes neurones
que ton corps
retrouve
à la fenêtre
la chaleur tropicale, les couleurs saturées
tout
l’impossible retour
ce nœud à l’intérieur qui ronge
cette île, l'île qui devient songe
ce trou toujours plus grand par le poids des années.
dimanche 13 juillet 2025
"Des figures et des corps lu par Lieven Callant - revue Traversees
"[le] livre à travers diverses figures (énonciation, paratexte, palimpseste, points de vue) cherche à exprimer le plus lucidement, avec une réserve respectueuse, la mort. Pas n’importe quelle mort. Celle qui survient après s’être annoncée par la maladie. La mort qu’on refuse et qui pourtant frappe l’être que l’on aime. Un père, son père.
[...]
À partir de cette expérience, énoncer la vie, écrire, fait partie d’un processus jalonné d’efforts personnels, intimement liés à ce que nous sommes et que la maladie, la mort nous enlèvent malgré nous. Ce lent et difficile parcours traduit celui d’écrire un livre. À moins que ce soit l’inverse, l’exigence de l’écriture rend la vie invivable parce qu’elle n’est souvent pas capable de contourner les écueils. Dans ce qu’elle montre de nos structures sociétales, corps parfaits, bonheurs lisses, la vie ne fait plus de place pour la mort."
Lire la chronique complète là
mardi 10 juin 2025
dimanche 8 juin 2025
Retour sur "Des figures et des corps" par Florent Toniello
Extrait : "La poésie de Murièle Modély est toujours ancrée dans la chair. Aussi n’est-il pas surprenant que ce recueil s’ouvre sur une souffrance, par l’évocation d’un curieux syndrome dont le médecin consulté s’obstine à répéter qu’il est dans la tête. Et pourtant : « les crabes sont ces monstres qui n’en finissent pas / de grignoter la joie — leurs yeux / à facettes plantés / sur les fanes / de ta poitrine ». Décrire la douleur lorsque « la maladie de vivre n’est pas franche » n’a rien d’une sinécure, [...] Des figures et des corps nous propose ainsi le journal a posteriori d’un double deuil, celui du père et celui de la poésie, laquelle ne veut plus naître dans un monde de douleur. Après le décès, « on ne sent sous les doigts / que les croûtes de pensées / les cellules mortes des mots / amenées à tomber » ; les mois — les années, même… — passent, et « en grattant un peu, le mort perd / son r et ravive la langue d’un petit e / que le mot soit la motte de terre jetée / un matin tôt sur le cercueil du père »[...]"
dimanche 18 mai 2025
Retour sur Des figures et des corps sur Boojum
Un article sur Des figures et des corps, rédigé par Mathias Lair sur Boojum, webzine d'informations culturelles :
"… puisque tout corps est destiné à la vermine, l’auteure évoque les « petits vers frétillants », comme le firent en leur temps les poètes de l’âge baroque. Rien de morbide pour elle, puisque tout vivant est destiné à rejoindre « l’humus grouillant de vie ». J’y devine pour ma part une vision de la vie d’une belle humanité, on pourrait dire une philosophie dénuée de l’idéalisme pleurnichard hérité du christianisme. C’est dire que sous des dehors de simplicité, se manifeste une finesse de pensée que l’on pourrait qualifier de matérialiste"
Lire l'article complet là
jeudi 17 avril 2025
Parution le 18 avril : Des figures et des corps, éditions Tarmac
| Des figures et des corps, éditions Tarmac, couverture de Sylvie Coupé-Thouron, préface de Christine Saint-Geours |
jeudi 27 mars 2025
Tombée la nuit, jour neuf - on en parle
« tombée la nuit, jour neuf » suivi de « Rester debout au milieu du trottoir » histoire poétique , éditions az’art atelier collection espartO, 18 €.
Cette suite de poèmes brefs se lit à la façon d’un journal intime. Le lecteur entre dans l’indiscrétion de la pensée au jour le jour de son auteure. Celle-ci se regarde vivre et penser comme à distance, comme si elle se regardait marcher dans la rue et en déduisait les préoccupations du moment observé. Ce dédoublement, qui permet à la poète de dire le monde dans lequel elle évolue, est si fort, que l’usage du pronom impersonnel : « on » est souvent répété ainsi que l’imprécise expression : « parfois ».
La vie triviale n’est jamais exclue dans la création poétique de Murièle Modély. Elle fait partie intégrante de l’objet du poème auquel rien ne saurait échapper. Et c’est précisément cette complicité avec la vie ordinaire, c’est-à-dire la réalité vécue, qui fait la force de sa parole poétique."
Extraits
Le poème est ce bout de chair morte
ce souvenir du commencement
que la mémoire trompeuse tente de ranimer
et on se demande si deux pinces d'inox
en tenaille sur nos tempes
peuvent renouer les fils du passé
on se demande
une chose saugrenue remplaçant l'autre
quand surgira le premier rayon de soleil
pour foudroyer la douleur tenace
qui vrille nos tympans
dimanche 23 mars 2025
vraiment
est-ce que
où tombent tous ces bruits, ces cris
qui cognent comme la pluie
que font toutes ces mains
qui grattent à la fenêtre
comme des cils
allument, éteignent selon
le jour et la nuit
que disent ces doigts à pointes
qui s'insinuent par le creuset des rides
qui cherchent l'entrée des cicatrices
boursouflées, bourrelets extra, intradermique
de quel côté de la peau, le monde
toutes chairs compactées, s'évertue-t-il encore à exister ?
mardi 11 mars 2025
[...]
en grattant un peuon arrache les petites peaux
l’épiderme, le derme
on atteint l’os puis la moelle
on y trouve et s’y mêlent
les aïeux morts et
les enfants vivants
en grattant un peu
en lieu et place des veines
une écorce nouvelle où les morts
sont des nœuds irisés
fendant le bois d’ébène
en grattant un peu, le mort perd
son r et ravive la langue d’un petit e
que le mot soit la motte de terre jetée
un matin tôt sur le cercueil du père
