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mercredi 31 octobre 2012


Elle enfile le costume d'une mère
ce n'est pas si étroit ça tire juste un peu
dans le cou sur les fesses

Elle enfile la mue opale et muette
regarde tomber tous les petits bouts de peaux
des spectres à venir

La mue vitreuse sur sa chair
elle regarde l'enfant qui danse décousue
la pâle enveloppe qui bée à la fenêtre


Elle enfile
et comprend qu'au fond
elle porte le costume
depuis la nuit des temps

C'est ce que dit sa bouche
la bouche 
la grimace improbable
contrefait le sourire

Aux commissures les plis
de peaux l'accumulation de peaux
toutes ces peaux de mères

Oh le cher épiderme et ses profonds mystères
qu'elle regarde incrédule façonner l'autre même

mardi 23 octobre 2012




trouvé

lundi 22 octobre 2012

Martina on the floor - Vesna Bursich

bien sûr que t'aimerais recommencer
reprendre depuis        depuis le début
le point  l'amorce    sous ton oeil le clic
la syllabe première avalant le silence

bien sûr que t'aimerais avaler
de nouveau à petit        petits pas
vernix caseosa     la page blanche
juter les mots légers du bout des manches

ne plus entendre
le déferlement
ne plus
cette avalanche
ne plus
nourrir les monstres
ne plus

bien sûr que t'aimerais
que j'aimerais 
bien sûr
ne plus user
abuser
du tu du elle et moi
du toi tais toi t'es elle et quoi
au milieu des phonèmes le brouhaha
des mille et une et une et une et une voix
voies vois voilà les signes les lignes les moi
l'émoi et puis ta et puis sa et puis ma peur
et puis là meurt la mer l'amer toutes les mers
le tsunami des mots dans lequel tu elle je te
se me noie les noeuds incompréhensibles
indéfectibles les nœuds de ton de son de mon
identité

lundi 15 octobre 2012



 Tu arrêtes ta course
contre mon corps
la sueur goutte à goutte
contre mes doigts
et j'aperçois
dans l'agitation
de ton cœur bleu
toutes les histoires à venir
toutes ces angoisses à bannir
l'urgence de mon évacuation
dans le friselis de ton sang



/



Ma chérie
je t'ai acheté cette minuscule boîte à couture
qui te faisait tant envie
tu vois
regarde
regarde au creux de ma paume
les bobines de fils dorés
le petit mètre et les épingles d'argent
à planter
au coeur de l'ouvrage
il ne manque rien ma chérie
tiens
prends la minuscule paire de ciseaux
mes doigts sont bien trop gros
et coupe
coupe
trace une ligne bien droite
dans le tissu


lundi 8 octobre 2012

Les tas de mots n°10





Tas de mots* de l’automne

Au sommaire de ce tas de feuilles bien vivantes :

Jean-Christophe Belleveaux
Kévin Broda
Cédric Bernard
Guillaume Decourt
Samuel Dudouit
Chantal Godé-Victor
Aurore Guillemette
Ludovic Joce
Perrin Langda
Gérard Lemaire
Alain Leylavergne
Christophe Liron
Murièle Modély
Vincent Motard-Avargues
Jean-Baptiste Pedini
Thierry Radière
Morgan Riet
Eric Savina
Philippe Simon
François Teyssandier
Marlène Tissot

Un extrait :

Des lignes
Des esquifs, des esquisses, des bouées. Une, deux lignes lancées du quai. Parfois la prise d’une raie, d’un rai, un sens saisi, revenu dans l’encre et la brume. Pour des tonnes de plombs lancés, couchés, échoués. Cloués sur les planches, rongés par le sel, des restes d’instants et des écueils, des écailles reflétées. Derrière le gris des mines, les vagues grises, incliner la tête et refléter des lumières éteintes ou ténues. Tenir la canne et sortir une seiche. Sécher sur le quai, le pied trop ancré pour retrouver, se retrouver. Et patienter, revenir, replonger, ressentir sous la ligne la vibration, remonter, reposer. Reposer la ligne, l’abandonner et laisser flotter puis dériver. Renoncer. Reprendre. Sur les mailles élimées, lier de nouvelles lignes, tisser deux courants et tenir le tirant. Reprendre le mot pour ce qu’il est. Vider, écailler, tanner le reste d’instants, d’écueils. Actionner des verbes pour poser une inertie et la rappeler à la souvenance, car le sable marche et ne trace pas. Des croix sur le temps. Sur du temps. Senser la marche et saisir le sable.
Cédric Bernard.


* 27, rue de la Fosse-Frandemiche – 14330 Le Molay-Littry – Abonnement : 15 euros pour 4 n°- Pour tous renseignements supplémentaires et proposition de textes : alain.leylavergne@gmail.com ou morganriet@live.fr


reprise intégrale du post de ce jour par Morgan Riet :))

dimanche 7 octobre 2012

vendredi 5 octobre 2012

Arbres

 Anna & Bernhard Blume: Sequenz aus der Serie "Im Wald" (Metaphysik ist 
Männersache), 1989-91, Analog fotografiert, © VG Bild-Kunst, Bonn 2008



Cyprès

La ville des arbres et la ville des hommes sont l’une dans l’autre, peu d’hommes le savent.
Les arbres grandissent au milieu des espaces névralgiques de la ville, leurs racines déploient sous nos pieds, un réseau souterrain de veinules qui irriguent les cœurs.
Les hommes, les femmes, marchent, pulsent ; leurs pas tissent de complexes radicelles, entre l’orme des places et les bois tout autour.

Ils vivent toutefois sans égard l’un pour l’autre, l’agitation des hommes et l’immobilité des arbres s’emmêlant sans un heurt. La respiration lente des jardins tempère la circulation des citadins : le silence pousse dans le vacarme urbain. Les platanes, Les chênes, les saules, les enfants, les vieillards, les herbes folles, chacun a sa place, à la fois unique et semblable.

Parfois cependant, il devient impossible de différencier une essence d’un corps. Les arbres sont des hommes, et les hommes sont des arbres. Raides, plantés dans le jardin, le vent dans les cheveux, les feuilles, ils songent que la ville des arbres et la ville des hommes sont faites l’une de l’autre.


Peuplier

De temps en temps, elle va rompre l’écoulement monotone de son existence dans un jardin public. Elle se plaît à regarder l’agencement régulier des essences familières. Les grilles autour de ce déploiement vert l’isolent du désordre et ceignent son angoisse. Tout est si maîtrisé : l’allée de bitume, de chaque côté l’herbe rase, et les arbres postés en ligne droite. 

Elle s’assoit sur un banc, juste en face du bassin, où des enfants viennent faire des vagues. Elle aime leur agitation fraîche, qui chasse le silence. Non qu’elle ne parle à personne, les gens dans l’immeuble, dans la rue, et dans l’établissement où elle se rend, aussi souvent que l’exige l’administration, l’interpellent généralement très fort.

Mais dans le jardin, les voix ne claquent pas.  Le chuchotis des feuilles coule sur sa tête, ses épaules ; l’élastique tendu entre ses omoplates doucement se détend. Le chant des arbres lui rappelle, sans qu’elle s’en rende vraiment compte, les berceuses de l’enfance.  

Parfois un homme s’assoit tout près d’elle, le banc est à l’ombre d’un cerisier. Elle observe alors les ombres dessiner des nuages, sur sa joue et sa bouche. Un homme s’arrête, s’assoit, puis s’en va, quand il sent son regard.


Hêtre

Cyprès
Peuplier
Hêtre
C’est écrit sur la plaque fixée sur les troncs d’arbre.
Mais on a beau essayer, insister, on peine à faire coïncider l’arbitraire assemblage de lettres, aux découpes précises des feuilles, aux variations subtiles des teintes d’écorces d’arbres. On ne reconnaît rien : il y a le mot et la chose. L’arbre est une chose. Et chaque mot tend ses hampes, ses courbes, ses boucles parallèles, pour dire une autre histoire. Dans le jardin, on avance en tremblant, comme dans un conte…  chaque nom d’arbre devenant la forêt tout entière : opaque et débordant d’un pénétrant mystère.



 texte en partie publié sur FPDV  & illustré d'un photo de Bruno Legeai hier

jeudi 4 octobre 2012

Jardins - FPDV octobre

Troisième participation commune pour Bruno Legeai (http://autredi.blogspot.fr/) et moi-même à la revue virtuelle FPDV
C'est par !

lundi 1 octobre 2012






Ta peur
mon coeur
est une bulle qui monte

et je passe mon temps
à sauter haut
toujours plus haut

à tenter vainement
le corps
toujours plus lourd

les boulets de l'effort
aux chevilles
l'éclatement furieux


/


Il faut que les mots crèvent
et que le coeur mousse son goût de savon


/


Ta peur est une bulle
la mienne est de béton
la fureur est lègère ou lourde
c'est selon


/


D'ailleurs
ta peur n'est pas la peur
ce truc qui palpite, ligote
immobilise au lit
à la table ou au sol

ta peur n'est pas ma peur
la bulle monte, flotte
provoque éclats de rires
et joies idiotes