| Photo de Caroline Nasica - extraite du site BoumBang / le site de la photographe |
samedi 21 décembre 2019
mercredi 11 décembre 2019
Le type à la tête en pain de sucre
Y
avait un type à la tête en pain de sucre dans le métro
une
tête en pain de sucre moulé dans un bonnet kaki
et
sa tête en pain de sucre fondait doucement
le
long de ses joues
dans
les plis de son cou
de
longues coulures couleur de cérumen
et
une petite fille à la coiffure afro répétait en boucle
en
tirant la manche de sa mère
« y
a le monsieur qui pleure » « y a le monsieur qui pleure »
et
ses mots tombaient, en boucle aussi, sur ses genoux
comme
de grosses pierres brillantes
je
la regardais par en dessous
j’avais
peur que ce soit la fille du conte
et
que les pierres se transforment soudain hors de sa bouche
en
d’affreux serpents siffleurs
tout
gluants
tout
visqueux
et
qu’ils se faufilent partout
par
tous les trous
j’aurais
dû faire comme les autres dans le métro
m’arracher
les yeux et tenter de les introduire du bout de l’ongle
dans
la rainure entre l’écran et la coque de mon téléphone
seulement
voilà, je me doutais bien en regardant tous ces trous noirs à la
place des yeux qui tournoyaient comme des planètes mortes au fond de
l’espace
qu’il
m’aurait été bien difficile de planquer quoi que ce soit dans le
répertoire de mon téléphone
et
qu’une fois mes yeux arrachés, ils se faufileraient
tout
gluants
tout
visqueux
loin
du reste de mon corps qui pirouetterait comme un poulet sans tête
entre ici et nulle part
alors
je regardais
la
petite fille à la coiffure afro qui regardait
le
type à la tête en pain de sucre qui regardait
essayer
de toutes nos forces de soustraire nos six yeux à l’appel des
trous noirs
elle
avec ses mots comme des pierres précieuses
moi
avec mes yeux tout gluants tout visqueux dans mes orbites
lui
avec sa tête en pain de sucre dans son bonnet kaki semer dans le
métro des larmes
à
l’odeur de caramel
publication initiale dans la revue la Terrasse n°4- décembre 2018
samedi 7 décembre 2019
"Je n'ai souvent qu'une phrase...", poème de Anna Jouy
"je n’ai souvent qu’une phrase de poète pour que le songe enfonce la porte du vide
ce sont des lampes torches, des missiles de soleil
et la nuit est fendue
une phrase pour avouer que j’aime vivre
et que toutes les morts fondent comme des épées glacées à l’auvent des fenêtres
une seule phrase, mon dieu !où lancent-ils le crochet, la mouche et le moulin pour que je remonte des noyades
et respire le ciel"
ce sont des lampes torches, des missiles de soleil
et la nuit est fendue
une phrase pour avouer que j’aime vivre
et que toutes les morts fondent comme des épées glacées à l’auvent des fenêtres
une seule phrase, mon dieu !où lancent-ils le crochet, la mouche et le moulin pour que je remonte des noyades
et respire le ciel"
mercredi 27 novembre 2019
"La poésie est une grande médecine" d'Ana Nb
il s'appelle Angjelin, il vient de recevoir une obligation de quitter le territoire français, il vit en ce moment dans une ville du grand Est , non il ne vit pas dans une ville , il survit dans une ville, il habite quelque part, avec pour maison , une tente - il vit là avec sa mère et son frère- il s'appelle Angjelin, je l'ai rencontré au cours d'un atelier d'écriture dans le cadre d'un festival de poésie - il est venu dès les premiers jours, les premiers jeudis - deux heures de rencontre - deux heures - vous imaginez deux heures dans un lieu - pour - se retrouver dans une langue dans la langue des autre dans sa langue à soi - pour dire : la poésie est une médecine - une médecine - de la langue pour la langue les langues le langage les langages - il s'appelle Angjelin la dernière fois que je l'ai vu - un mercredi de novembre à son cours de français - à expliquer le nom d'un arbre de son pays - il s'appelle Angjelin - Angjelin je vais écrire quelques mots pour toi, des mots pour dire - comment tu es venu par tous les temps, comment - comment tu as écrit - la poésie est une grande médecine - c'est cela que tu as écrit - c'est d'ailleurs même écrit sur une belle plaquette qui reproduit la forme collective de notre écriture - chaque jeudi de printemps de ce printemps 2019 - Angjelin ce printemps de 2019 s'est éloigné - l'été je ne t'ai pas vu, je suis partie - et c'est en octobre que de nouveau j'ai écouté ta voix avec celles d'autres, lire " nous sommes le monde " - Angjelin, je vais écrire autre chose que nous sommes le monde - je vais écrire - Angjelin je cherche des mots pas seulement pour toi des mots aussi pour - Angjelin les mots la poésie tout ça ne sauve de rien - sinon il suffirait d'envoyer à tous ces employés de l'administration de l'immigration cette phrase : la poésie est une grande médecine, phrase à laquelle ils répondraient : votre place est ici parmi nous, nous avons besoin de votre jeunesse de votre courage de la beauté de votre geste dans l'écriture de cette phrase - et l'obligation de quitter la France serait suspendue à jamais dans le vide - Angjelin , voilà ce que je vais écrire :
Madame, Monsieur,
( j'écrirai pour commencer les mots demandés lorsqu'on témoigne d'une vérité qui va suivre ) Angjelin a démontré tout au long de l'atelier d'écriture " nous sommes le monde ", un grand plaisir à être là, dans un lieu en sécurité, et sans contrainte, pour découvrir, dans une langue qui n'est pas la sienne, une autre langue, une langue qui se travaille avec des regards graves, des sourires, des rires, des silences, des hésitations, des questions, celle qui permet de grandir à l'intérieur le monde à partager - Angjelin je ne suis pas certaine que ces mots soient entendus -
Alors j'écrirai Angjelin d'autres mots, je les trouverai, j'ai je crois, jusqu'à vendredi
le blog d'ana nb : https://sauvageana.blogspot.com/ lire le texte sur son blog
Madame, Monsieur,
( j'écrirai pour commencer les mots demandés lorsqu'on témoigne d'une vérité qui va suivre ) Angjelin a démontré tout au long de l'atelier d'écriture " nous sommes le monde ", un grand plaisir à être là, dans un lieu en sécurité, et sans contrainte, pour découvrir, dans une langue qui n'est pas la sienne, une autre langue, une langue qui se travaille avec des regards graves, des sourires, des rires, des silences, des hésitations, des questions, celle qui permet de grandir à l'intérieur le monde à partager - Angjelin je ne suis pas certaine que ces mots soient entendus -
Alors j'écrirai Angjelin d'autres mots, je les trouverai, j'ai je crois, jusqu'à vendredi
le blog d'ana nb : https://sauvageana.blogspot.com/ lire le texte sur son blog
dimanche 10 novembre 2019
Lecture de la revue Vol n°3 - Pizzeria Belfort, samedi 9 novembre 2019
Lecture Revue Vol n°3 à la pizzeria Belfort à Toulouse. Hervé Gouault, Christine Saint-Geours, Marc Tison, Pierre Cressant, Rajel, Magali Frossard, Marc Sastre, Murièle Modély ont lu leurs textes et ceux de Dominique Boudou, Claire Massart, Mohsen Elbelasy,Charles Pennequin, Marc Brao, Patrice Maltaverne et Paul Poule sous les œuvres graphiques de Cendres Lavy.
C'était bien.
lundi 4 novembre 2019
lundi 7 octobre 2019
nous sommes dans le métro comme dans un ventre
à clapoter de la lymphe, à gober des yeux
des seins
à heurter du regard la toile rêche
des peaux
à humer des odeurs, avoir des hauts-le-cœur
relents de sueurs et de rots
nous sommes dans le métro un concentré de chairs
nous mêlons, emmêlons nos souffles et nos flux
le soleil et la brique sur des mains noires de terre
les méandres filandreux ou retors des cerveaux
nous sommes dans le métro concentrés de colère
concentrés de misère, vagues d'indifférence
nous allons sans bouger vers le bout du tunnel
uniques, semblables
et seuls
à clapoter de la lymphe, à gober des yeux
des seins
à heurter du regard la toile rêche
des peaux
à humer des odeurs, avoir des hauts-le-cœur
relents de sueurs et de rots
nous sommes dans le métro un concentré de chairs
nous mêlons, emmêlons nos souffles et nos flux
le soleil et la brique sur des mains noires de terre
les méandres filandreux ou retors des cerveaux
nous sommes dans le métro concentrés de colère
concentrés de misère, vagues d'indifférence
nous allons sans bouger vers le bout du tunnel
uniques, semblables
et seuls
dimanche 22 septembre 2019
on m'assène un soir mon enfance rieuse qui danse sur la table au son d'un disque rayé, on
me dit que je danse pieds nus, que l'été moite est touffu, qu'un
bracelet d'or à mes poignets cliquette, que ma voix haut perchée sous
mes dents écartées cadence, on me dit que je chante et que mes notes
tranchent
les rires
les gorges
mes tantes, mes oncles, mes aïeux, mes cadavres fiévreux
on me dit les feuilles de bananiers qui roulent
sous mes orteils, on me dit la joie pure
je ne m'en souviens pas
je suis adulte triste depuis bien trop longtemps
et l'enfance n'est pas et n'a jamais été
un âge d'or
c'est une toile fendue
qu'il faut rentrer du poing
dans le ventre de la terre
les rires
les gorges
mes tantes, mes oncles, mes aïeux, mes cadavres fiévreux
on me dit les feuilles de bananiers qui roulent
sous mes orteils, on me dit la joie pure
je ne m'en souviens pas
je suis adulte triste depuis bien trop longtemps
et l'enfance n'est pas et n'a jamais été
un âge d'or
c'est une toile fendue
qu'il faut rentrer du poing
dans le ventre de la terre
dimanche 25 août 2019
lundi 22 juillet 2019
Revue Vol n° 2
Parution du deuxième numéro de la revue Vol,
pilotée par Abel Kabach et Hervé Gouault, entre autres...
en savoir plus sur leur page facebook
vendredi 21 juin 2019
"Peut-être que maintenant vous êtes assez construite", lu par Lionel Mazari
Poème : Murièle Modély
Voix, musique : Lionel Mazari
Photo : Francesca Woodman
La chaîne youtube de Lionel Mazari
mercredi 5 juin 2019
Caresse / Caricia dans la revue Fracas
La revue numérique et bilingue (espagnol / français) Fracas a publié mon poème Caresse
traduit en espagnol par Lucas Grinstein sous le titre de Caricia .
Le recueil dont le poème est extrait Feu de tout bois est toujours disponible.
traduit en espagnol par Lucas Grinstein sous le titre de Caricia .
Le recueil dont le poème est extrait Feu de tout bois est toujours disponible.
huître (extrait de feu de tout bois)
quand nous mangeons de la langue
quelquefois
banale
plate
la bouche fuit
mon kaf do lo
mon kafrine do fé
ce ne sont que des mots pourtant
les enfants s'y accrochent, comme à l'eau du ruisseau
c'est qu'ils ont eu cinq mille huit cent quarante jours
pour expérimenter différentes techniques de pêche
et ils se dressent
sur la butte de mes joues
le regard concentré
impavides
immobiles
à tenter à mains nues
à la lance
à la ligne
de saisir une à une
toutes les perles cachées entre mes valves
quelquefois
banale
plate
la bouche fuit
mon kaf do lo
mon kafrine do fé
ce ne sont que des mots pourtant
les enfants s'y accrochent, comme à l'eau du ruisseau
c'est qu'ils ont eu cinq mille huit cent quarante jours
pour expérimenter différentes techniques de pêche
et ils se dressent
sur la butte de mes joues
le regard concentré
impavides
immobiles
à tenter à mains nues
à la lance
à la ligne
de saisir une à une
toutes les perles cachées entre mes valves
extrait de Feu de tout bois, illustration Sophie Vissière
Délit buissonnier n°1,tiré à part de la Revue Nouveaux Délits
Délit buissonnier n°1,tiré à part de la Revue Nouveaux Délits
à paraître en juillet 2016
samedi 1 juin 2019
ainsi va le poème
Le réel est une gousse d'ail qui finit,
une fois de plus, sous le martèlement du pilon
purée blanche suintante sous la pulpe du doigt
ainsi va le poème
le broiement du monde
sa matière blanche semblable à de la
chair qui pénètre
jusque sous la
lunule de l'ongle
et tu répètes pour toi seule
- car personne ne doit voir les mouvements sous ta bouche close
- car personne ne doit voir les mouvements sous ta bouche close
tu répètes pour toi seule, « putain, je ne comprends rien »
tu dis « putain » et te
déteste de mettre au féminin
ton abrutissement qui pose ses forces
érectiles
comme deux doigts puissants sur tes
tempes
tout autour de toi devient glaise
sous le claquement incessant de tes
dents
ainsi va le poème
tentative d'écrasement d'un monde
rouleau compresseur du mot
est-ce que de le balancer cul par dessus
tête
te fera plus aisément pénétrer
le trou de la pensée
à quel moment précis le poème cesse
de feindre
de simuler
pour te dire
2015-2019
vendredi 31 mai 2019
On en parle
Cathy Garcia parle de Radicelles sur son blog :
"Radicelles est un duo, un vis-à-vis où la voix de la poète vient se frotter aux photographies couleurs de Vincent Motard-Avargues tandis que ces dernières entrent en résonance avec cette langue organique et accrocheuse.
« parl franssé ti fille/parl françé/parl franssais
ou la bo ékri com ou veu
tout’zafér la lé roug’, i rempli out tét
tout’marmaille la lé roug’
kan zot i aval, kan ou aval
la mor la mer ek zot doulér »
Français, créole, créole, français, les langues emmaillées tissent cette toile qui semble vouée à se défaire encore et encore.[...]"
Lire l'article entier
En savoir +
"Radicelles est un duo, un vis-à-vis où la voix de la poète vient se frotter aux photographies couleurs de Vincent Motard-Avargues tandis que ces dernières entrent en résonance avec cette langue organique et accrocheuse.
« parl franssé ti fille/parl françé/parl franssais
ou la bo ékri com ou veu
tout’zafér la lé roug’, i rempli out tét
tout’marmaille la lé roug’
kan zot i aval, kan ou aval
la mor la mer ek zot doulér »
Français, créole, créole, français, les langues emmaillées tissent cette toile qui semble vouée à se défaire encore et encore.[...]"
Lire l'article entier
En savoir +
dimanche 19 mai 2019
samedi 18 mai 2019
écrire des yeux
la photographie est un art pauvre
elle me dit ça entre deux cafés
deux cafés et une phrase
un-deux-trois-vite-fait
posés
avalés
elle préfère écrire de la poésie
la photographie est un art pauvre
six mots à peine sur la terrasse
de jeux de langues se dénuder
et quelque chose en moi se cabre
car sous les mots, il y a sa bouche
nom-adjectif-comparaison
sa bouche rouge comme un baiser
entre deux gorgées vibrent les sons
et la caresse de ses cheveux
sur sa nuque, ma rétine
la photographie est un art pauvre
alors que font mes pauvres yeux
à dévorer sa peau de lait
ses joues brûlantes surexposées
elle me dit ça entre deux cafés
deux cafés et une phrase
un-deux-trois-vite-fait
posés
avalés
elle préfère écrire de la poésie
la photographie est un art pauvre
six mots à peine sur la terrasse
de jeux de langues se dénuder
et quelque chose en moi se cabre
car sous les mots, il y a sa bouche
nom-adjectif-comparaison
sa bouche rouge comme un baiser
entre deux gorgées vibrent les sons
et la caresse de ses cheveux
sur sa nuque, ma rétine
la photographie est un art pauvre
alors que font mes pauvres yeux
à dévorer sa peau de lait
ses joues brûlantes surexposées
samedi 11 mai 2019
On dit des phrases idiotes parfois, mais on s'en remet (extrait) : Lecture
Un extrait de On dit des phrases idiotes parfois, mais on s'en remet (recueil inédit), lu à la librairie l'Hydre aux mille têtes (Marseille)
lors de la soirée poétique organisée autour du numéro 4 de la revue La Terrasse de Fabien Drouet -avec un accompagnement musical à la guitare dudit Fabien Drouet. Captation vidéo Laurent Bouisset
radicelles (extrait)
choisis ton camp, ta frontière, ton pays
raye tout le reste, choisis
pas de place pour à moitié, à demi, choisis
gratte, arrache, la chair, la peau
il ne restera rien qu'un peu de rouille sur la photo
souvenir d'un temps, d'une illusoire
unicité, unité, raye, syllabes, lettres
choisis
une langue, sans maux propre et nette
et tant pis pour l’accroc
ton dessin d’île
possible
commune
sur le cahier tout au fond de la salle
jeudi 9 mai 2019
Lecture La terrasse n°4 - Librairie l'hydre aux mille têtes (Marseille)
Lecture à la Librairie L'Hydre aux mille têtes du n°4 de la Revue La Terrasse le jeudi 2 mai dernier.
les poètes ont lu pour la soixantaine de personnes présentes des extraits de la revue et d'autres poèmes de leur cru...
Il y a avait ce soir-là Kenny Ozier-Lafontaine, Murièle Modély, Camille Moravia et Fabien Drouet, Jean-Baptiste Happe, Laurent Santi, Laurent Bouisset, Emmanuelle Sarrouy Noguès.
Merci à l'hydre aux mille têtes pour l'accueil.
Et surtout merci à Fabien Drouet d'avoir permis la rencontre et l'échange des mots.
Que l'aventure de la Terrasse dure longtemps !






les poètes ont lu pour la soixantaine de personnes présentes des extraits de la revue et d'autres poèmes de leur cru...
Il y a avait ce soir-là Kenny Ozier-Lafontaine, Murièle Modély, Camille Moravia et Fabien Drouet, Jean-Baptiste Happe, Laurent Santi, Laurent Bouisset, Emmanuelle Sarrouy Noguès.
Merci à l'hydre aux mille têtes pour l'accueil.
Et surtout merci à Fabien Drouet d'avoir permis la rencontre et l'échange des mots.
Que l'aventure de la Terrasse dure longtemps !
lundi 29 avril 2019
cette terre qu'on te rabâche
encore et encore
à longueur de journée
tu ne la connais pas
on la fait palpiter
comme une orchidée noire
sur ton pubis
on met sa fragrance capiteuse et moite
entre tes cuisses
on sent le granuleux sa terre aride et rouge
sous tes aisselles
à tes genoux
l'Afrique
que tu ne connais pas
comme une ombre accrochée à tes pas
on te rabâche encore et encore
et le mot nonchalance et le mot exotique
dans leurs yeux amusés ton déhanché agile
et ta peau et ta peau
son odeur d'acajou patiné encore
et encore par les mots
encore et encore
à longueur de journée
tu ne la connais pas
on la fait palpiter
comme une orchidée noire
sur ton pubis
on met sa fragrance capiteuse et moite
entre tes cuisses
on sent le granuleux sa terre aride et rouge
sous tes aisselles
à tes genoux
l'Afrique
que tu ne connais pas
comme une ombre accrochée à tes pas
on te rabâche encore et encore
et le mot nonchalance et le mot exotique
dans leurs yeux amusés ton déhanché agile
et ta peau et ta peau
son odeur d'acajou patiné encore
et encore par les mots
mercredi 24 avril 2019
Actus : Datura #3 & Lecture de la revue la Terrasse n°4
Malgré le silence qui va (et vient) ici...
ça s'excite un peu avec 2 actus:
La revue Datura #3 pilotée par Walter Ruhlmann en ligne
Et une lecture à venir à Marseille du n°4 de la revue la Terrasse de Fabien Drouet

ça s'excite un peu avec 2 actus:
La revue Datura #3 pilotée par Walter Ruhlmann en ligne
Et une lecture à venir à Marseille du n°4 de la revue la Terrasse de Fabien Drouet
dimanche 21 avril 2019
lundi 25 mars 2019
linguis
nous ne sommes pas très à l'aise avec les langues étrangères
nous manquons de pratique et de vocabulaire
nos bouches ne sont visiblement pas faites pour certaines voyelles
tu parles l'anatomique, je ne jure que par l'organique
et bien que nous ayons conscience de notre idiome commun
lorsque nous nous allongeons sur la page
étrangement l'un de nous balbutie
je pose ma main noire sur ta peau blanche
le sens de ton corps fuit dans un vide pendant que le mien calcifie
quelque chose heurte l'oreille, le réjouit
une musique dissonante monte des mouvements saccadés dans le lit
nous manquons de pratique et de vocabulaire
nos bouches ne sont visiblement pas faites pour certaines voyelles
tu parles l'anatomique, je ne jure que par l'organique
et bien que nous ayons conscience de notre idiome commun
lorsque nous nous allongeons sur la page
étrangement l'un de nous balbutie
je pose ma main noire sur ta peau blanche
le sens de ton corps fuit dans un vide pendant que le mien calcifie
quelque chose heurte l'oreille, le réjouit
une musique dissonante monte des mouvements saccadés dans le lit
(republication)
lundi 11 mars 2019
dimanche 10 mars 2019
ma précieuse, ma beauté
passe la langue sur la crénelure au bas de mes reins
mange de baisers cette trace de couteau
ce souvenir d'un vélo volé
dans un temps
où tu n'existais pas
ma peau était vierge, et maintenant te voilà
à raviver du doigt mes petites blessures
que ton corps descelle
que mon corps te scelle
ma précieuse
ma beauté
je baiserai moi aussi tes cicatrices
ton champ de chagrins, ton lichen aigu
nos matins lourds, nos nuits sans sommeil sous tes seins pendus
ma précieuse
ma beauté
tricotons des jambes, tricotons des bras
nos saisons confuses et nos cheveux blancs
le temps
file
l'amour
va
samedi 2 mars 2019
mon sourire, je te le donne
activer la pelle mécanique de la bouche
et aligner ses dents comme un rempart
mon sourire, je te le donne
qu'il trace ses morsures dans nos certitudes
activer la pelle mécanique de la bouche
histoire de remplir le vide, tous nos vides
celui autour
celui dedans
mon sourire, je te le donne
qu'il claque comme un drapeau dans le vent
activer la pelle mécanique de la bouche
mâcher des mots, les remâcher, cracher
le bol alimentaire dans le bec d'un oiseau mort
mon sourire, je te le donne
cogne la langue contre des vers
et aligner ses dents comme un rempart
mon sourire, je te le donne
qu'il trace ses morsures dans nos certitudes
activer la pelle mécanique de la bouche
histoire de remplir le vide, tous nos vides
celui autour
celui dedans
mon sourire, je te le donne
qu'il claque comme un drapeau dans le vent
activer la pelle mécanique de la bouche
mâcher des mots, les remâcher, cracher
le bol alimentaire dans le bec d'un oiseau mort
mon sourire, je te le donne
cogne la langue contre des vers
Radicelles - on en parle
Note de lecture de Radicelles par Murièle Camac sur son blog
"Un poème, une photo. C’est le principe de ce livre.
"Un poème, une photo. C’est le principe de ce livre.
Les poèmes sont de
Murièle Modély et semblent constituer comme une reprise et un prolongement, après quelques
années, de son premier recueil remarquable Penser maillée. Corps, matière, enfance, île, langue, une violence sourde. Le
recours au créole dans certains textes donne à ceux-ci une profondeur poignante.
Les photographies sont de
Vincent Motard-Avargues et proposent, comme en écho visuel, une auscultation minutieuse
de la matière, entre inquiétude et fascination.
A signaler aussi la très belle préface de Dominique Boudou"
A lire sur le blog là
lundi 4 février 2019
Détour de Babel, 2018 : lectures de Seyhmus Dagtekin et Lili Frikh
Lectures de Seyhmus Dagtekin et Lili Frikh le 18 mai 2018 dans le cadre de Détour de Babel, une manifestation organisée sur la scène nationale du Channel par les Découvreurs, avec les élèves du lycée Berthelot de Calais, en partenariat avec Le Marché de la Poésie et la DAAC de Lille.
samedi 2 février 2019
Chienne, un poème d'Alexo Xenidis
Chienne
Cette vie-là la queue entre les pattes qui baisse la tête
Et rabat les oreilles surtout ne pas entendre l'injure
Attendre le coup de cuir le coup de pied
Je découvre que le sentiment que j'ai le plus souvent
Ressenti
Dans mon ventre surtout fut la peur celle qui broie la gorge
Peur de chienne qui rampe, l'inéluctable d’être de la mauvaise espèce,
Comme les non-chiens l’avaient décidé
Ils disent que lorsqu'il pleut sur le chien
Le chien pue il ne leur vient pas à l'idée d'accuser la pluie
Chienne
De vie, voilà deux ans déjà que j’erre, je quémande
De maison en maison ma gamelle, je reçois aussi des pierres
A la place, des regards qui se tournent, parce que
Ces chiens errants c'est dangereux ils pourraient donner aux enfants
Des envies d'aboyer ou de mordre ou de comprendre que les humains
Refont leur vie et en défont d'autres avec les bouts de viande qu'ils ont arrachés
Aux chiens aux destins aux fariboles aux gamelles des autres
Chienne de vie
Chasses à courre, le festin pour les chiens bons qui t’offrent le cerf pantelant,
Pour les autres la honte le chenil déserté le coup
De fusil pour économiser une chambre d'amis
Chienne
Si tu savais ce que j'ai fait pour vivre encore et combien je regrette
Combien
Cette chienne de vie
Ne valait pas la peur qui l'a accompagnée
Ne valait pas les coups
Alexo Xenidis, 1er Février 2019
On peut lire ses poèmes sur sa page facebook
Alexo Xenidis a aussi publié en revues
Elle a publié un recueil Communication prioritaire aux éditions Tarmac
vendredi 1 février 2019
mardi 29 janvier 2019
Vues et revue n°8, émission littéraire sur Campus FM Toulouse
J'étais ce mardi dans les locaux de Radio Campus Toulouse pour l'émission littéraire bimensuelle "Vues et Revue", animée par Anthony Piana et Bérénice Marsaud, où il a été question de poésie, du travail de l'auteur mais aussi de l'activité professionnelle qui fait vivre, de l'inspiration etc.
vendredi 25 janvier 2019
Cairn (extrait de Feu de tout bois)
je ne sais pas qui a ramassé les galets
qui les a empilé dans mon dos
là
tout près des vertèbres
non, je ne sais fichtrement pas
qui a écrit en lettres capitales
sur la pierre le mot
il - il faut bien qu'il soit mâle
a posé sur mon omoplate un conflit
une épidémie sur ma clavicule
un attentat sous ma paupière
une crise dans le creux de mon oreille
il a glissé dans ma bouche entrouverte
un caillou plat brûlant
dans un grésillement, un corps
non identifié, non identifiable
une horreur, puis une autre
sur le nombril, le sexe, des mots mis bout à bout jusqu'au bord de la page
sans aucun sens, une lame, une flaque, un oiseau, une cage
mais sur la langue, mon fils débute l'autre phrase
improvise en dansant un nouveau paragraphe
les galets tombent, les mots roulent
j'entends dans les ricochets
son bruit fou et la mer
qui les a empilé dans mon dos
là
tout près des vertèbres
non, je ne sais fichtrement pas
qui a écrit en lettres capitales
sur la pierre le mot
il - il faut bien qu'il soit mâle
a posé sur mon omoplate un conflit
une épidémie sur ma clavicule
un attentat sous ma paupière
une crise dans le creux de mon oreille
il a glissé dans ma bouche entrouverte
un caillou plat brûlant
dans un grésillement, un corps
non identifié, non identifiable
une horreur, puis une autre
sur le nombril, le sexe, des mots mis bout à bout jusqu'au bord de la page
sans aucun sens, une lame, une flaque, un oiseau, une cage
mais sur la langue, mon fils débute l'autre phrase
improvise en dansant un nouveau paragraphe
les galets tombent, les mots roulent
j'entends dans les ricochets
son bruit fou et la mer
Extrait de Feu de tout bois, Délit buissonnier n°1, Nouveaux Délits, 2016
Toujours disponible - contacter Cathy Garcia - Revue Nouveaux Délits
lundi 21 janvier 2019
et dans le ventre cette braise...
et dans le ventre cette braise qui n'a
plus rien d'ardente
trop de cendres, les jours ont consumé
ont laissé leur suie grasse jusqu'à
l'anus
une bavure que je regarde droit
dans les yeux
dans les yeux
dans les gogues
"vas-y, baisse, remonte ta culotte
vas-y, respire, halète"
dit l'angoisse, ce poids mort qui pèse
alors je mets du rouge sur mes lèvres
du noir sur mes yeux
et je souris à des inconnus
surtout les tristes
les seuls dans les bus
les seuls dans les bus
qui n'ont même pas un téléphone pour un peu de lumière bleue
je m'assois face à ceux qui n'ont rien
dans les mains
dans les yeux
et j'espère que ma mâchoire sera
assez grande pour deux
pour moi
pour eux
pour eux
je me dis qu'il doit y avoir de la
beauté
sous nos odeurs de merde
sous nos petites suées
sous nos petites pensées
dans nos petites vies
il y a de la beauté
quelque part qui apaise
quelque part qui apaise
en attendant je mets du rouge, du noir, j'avale
pourvu qu'à l'intérieur mon charbon ne cesse de pulser
pourvu qu'à l'intérieur mon charbon ne cesse de pulser
dimanche 20 janvier 2019
Nuit de la lecture 19 janvier 2019
Hier, pour la nuit de la lecture, nous avons lu sous la coupole de la
Bibliothèque d'étude et du patrimoine de Toulouse des poèmes de femmes du monde
entier dans nos langues respectives : Kazue Shinkawa (Japon), Regina
José Galindo (Guatemala), Florbella Espanca (Portugal), Maram Al Masri
(Syrie), Aurelia Lassaque (Occitanie), Ana Cristia Cesar (Bresil),
Murièle Modély (île de la Réunion)
samedi 5 janvier 2019
Une âme nationale, poème de Lidija Dimkovska
Depuis que mon frère s’est pendu avec le câble téléphonique
je peux lui parler au téléphone pendant des heures.
Le bouton est toujours appuyé sur Voice
afin que ses mains soient libres
pour coller des affiches sur les poteaux du Très-Haut
et pour qu’il puisse m’exhorter au débat ardent sur le thème :
Est-ce que l’âme est nationale ?
Tremblant d’émotion, nous cherchons ensemble,
moi, ici-bas, lui, dans l’au-delà.
La science a prouvé que l’âme russe, par ex. n’existe plus,
que celui qui rêve des anges, les écrase dans la mort comme une ombre.
Peut-être existe-t-il une âme turque, râle mon frère dans le combiné,
car chaque matin il écoute le grésillement de la théière de Nazim Hikmet
avant qu’il roule le petit chariot de gevreks
jusqu’aux portes de la terre. “Je vais t’en acheter un pour la paix de ton âme.”
Et puis, essoufflé, il se tait. Et nous cherchons alors l’âme macédonienne
sur les plaques d’immatriculation du chemindieu Est-Ouest
dans des boîtes en carton portant l’inscription “N’ouvrez-pas ! Gènes!”,
chargés sur le dos de cadavres transparents.
Mais tu ne peux te reposer sur des cadavres.
Les cadavres sont des immigrants illégaux,
avec leurs organes gonflés ils s’introduisent dans les pays des autres,
avec leurs cavités et les pointes de leurs os
ils creusent leur dernière tombe.
Ils provoquent là-bas la dernière rixe
pour les cieux nationaux
et pour l’âme qu’on ne possède plus.
Il y a toujours plus d’hommes sans âme, d’âmes sans nom.
Dans l’autobus, ils ne se lèvent pas, les uns sans les autres ils vont au loin,
ils se cherchent par des intermédiaires, mais ne se rencontrent pas.
Les nations se cassent des œufs sur la tête.
Mon frère désespère. Moi, je deviens A-nationale.
Le câble téléphonique qui nous relie
brouille les mots à cause de ma main moite,
il ramène le téléphone contre le mur et le rentre dans la prise.
Pourquoi pour les malheureux de l’au-delà
n’ouvre-t-on pas une ligne SOS gratuite ?
Pourquoi n’ai-je jamais appris à arrêter quelqu’un sur son chemin vers la mort ?
Moi aussi, tout comme mon frère, depuis ma naissance, je coupe les cheveux en quatre,
une révélation à tout prix, la défiguration du sens.
Et les âmes des êtres qui coupent les cheveux en quatre
finissent de trois façons : pendues à un câble téléphonique,
dans le corps des poètes ou bien, l’un et l’autre.
je peux lui parler au téléphone pendant des heures.
Le bouton est toujours appuyé sur Voice
afin que ses mains soient libres
pour coller des affiches sur les poteaux du Très-Haut
et pour qu’il puisse m’exhorter au débat ardent sur le thème :
Est-ce que l’âme est nationale ?
Tremblant d’émotion, nous cherchons ensemble,
moi, ici-bas, lui, dans l’au-delà.
La science a prouvé que l’âme russe, par ex. n’existe plus,
que celui qui rêve des anges, les écrase dans la mort comme une ombre.
Peut-être existe-t-il une âme turque, râle mon frère dans le combiné,
car chaque matin il écoute le grésillement de la théière de Nazim Hikmet
avant qu’il roule le petit chariot de gevreks
jusqu’aux portes de la terre. “Je vais t’en acheter un pour la paix de ton âme.”
Et puis, essoufflé, il se tait. Et nous cherchons alors l’âme macédonienne
sur les plaques d’immatriculation du chemindieu Est-Ouest
dans des boîtes en carton portant l’inscription “N’ouvrez-pas ! Gènes!”,
chargés sur le dos de cadavres transparents.
Mais tu ne peux te reposer sur des cadavres.
Les cadavres sont des immigrants illégaux,
avec leurs organes gonflés ils s’introduisent dans les pays des autres,
avec leurs cavités et les pointes de leurs os
ils creusent leur dernière tombe.
Ils provoquent là-bas la dernière rixe
pour les cieux nationaux
et pour l’âme qu’on ne possède plus.
Il y a toujours plus d’hommes sans âme, d’âmes sans nom.
Dans l’autobus, ils ne se lèvent pas, les uns sans les autres ils vont au loin,
ils se cherchent par des intermédiaires, mais ne se rencontrent pas.
Les nations se cassent des œufs sur la tête.
Mon frère désespère. Moi, je deviens A-nationale.
Le câble téléphonique qui nous relie
brouille les mots à cause de ma main moite,
il ramène le téléphone contre le mur et le rentre dans la prise.
Pourquoi pour les malheureux de l’au-delà
n’ouvre-t-on pas une ligne SOS gratuite ?
Pourquoi n’ai-je jamais appris à arrêter quelqu’un sur son chemin vers la mort ?
Moi aussi, tout comme mon frère, depuis ma naissance, je coupe les cheveux en quatre,
une révélation à tout prix, la défiguration du sens.
Et les âmes des êtres qui coupent les cheveux en quatre
finissent de trois façons : pendues à un câble téléphonique,
dans le corps des poètes ou bien, l’un et l’autre.
Lire plus de poèmes de Lidija Dimkovska sur le site Recours au Poème
Inscription à :
Commentaires (Atom)