lundi 20 août 2012
Les cailloux
l'été, il y a les cailloux chauffés à blanc
contre ta joue tes cuisses sous mes talons
des pierres polis dans le lit sur les chaises
sous les carreaux du sol de la maison
comme il fait chaud et que tout fond
je sens à chaque pas rouler sous nos semelles
les cailloux ronds comme autant d'os blancs
une multitude de genoux qui tapissent
chaque centimètre carré de notre lieu d'habitation
-tu ne dis plus chez nous- l'ossuaire, avec vue sur la rue
supporte les claquements secs de nos hésitations
l'été, l'automne -en fait à chaque nouvelle saison
des cailloux tombent de ta bouche de la mienne
les mots hors de corps sèchent
toi d'un côté de la pièce moi de l'autre
à faire de nos minuscules pas de côté
une dessication brute de baisers
il y a les cailloux
et nos canines chauffées à blanc
mardi 14 août 2012
Soudain l'explosion :
la chaleur se répand
du cuir chevelu
jusqu'au bout des orteils
Il n'y a pas de flammes
le soleil n'est qu'un rond
trop jaune sur le bleu
trop bleu du ciel
Et les rayons qui tombent
entre tes cuisses, ses bras
grésillent à peine l'herbe
écrasée sous ton poids
La fin du monde
a l'odeur de cheveux
crépitant sous des
doigts noirs de suie
La bombe qui éclate
ne vous disperse pas
Toi et lui sur le bord
de l'étang allongés
muets, brûlants loin
très loin de peau
Cette jouissance qui crève
ne vous rassemble pas
Dans l'après-midi morne
qui n'en finit jamais
sous le ciel sans accroc
deux corps carbonisés
samedi 11 août 2012
Tu trouves enfin
Les fins d'après midi torrides
annoncent toujours
des soirées électriques
et ça ne manque pas
il rit
un rire énorme
qui fait saigner
la nuit
sous la guirlande
il rit
tu vois entre ses dents
une olive charnue
sous les grelots
juste avant le trou noir
la chair mâchée
et tu penses à mesure
que le rire gonfle
son cou de boeuf
que le voilà ton coeur
le vide dans ta poitrine
la terre tout en dessous
la terreur au-dessus
toutes ses mains qui passent
repassent dans ton corps
le monde qui tourne encore
puis tu ne penses plus
tu plantes ton couteau
ta langue
dans sa bouche
et basta
annoncent toujours
des soirées électriques
et ça ne manque pas
il rit
un rire énorme
qui fait saigner
la nuit
sous la guirlande
il rit
tu vois entre ses dents
une olive charnue
sous les grelots
juste avant le trou noir
la chair mâchée
et tu penses à mesure
que le rire gonfle
son cou de boeuf
que le voilà ton coeur
le vide dans ta poitrine
la terre tout en dessous
la terreur au-dessus
toutes ses mains qui passent
repassent dans ton corps
le monde qui tourne encore
puis tu ne penses plus
tu plantes ton couteau
ta langue
dans sa bouche
et basta
jeudi 9 août 2012
Tu veux ma main ?
Sur la terrasse
du bar Les Tilleuls
dans la lumière poisseuse
du début d'un mois d'août
tu vois tomber les ombres
quand tu bouscules la table
le cri strident et continu
des étourneaux dans l'arbre
l'homme assis
de l'autre côté
avale sans un mot
de grandes lampées d'alcool
l'air est chaud, le soleil haut
et les feuilles des arbres
dessinent sur sa joue
des cartes
des routes inconnues
dans les touffes de poils
ces îlots que la mer balaie
certains soirs
tu regardes l'homme
et sa glotte à chaque déglutition
son humeur descendante
ce récif où s'échouent
invariablement
tes voyages
ton incessant
ton frémissant
naufrage
du bar Les Tilleuls
dans la lumière poisseuse
du début d'un mois d'août
tu vois tomber les ombres
quand tu bouscules la table
le cri strident et continu
des étourneaux dans l'arbre
l'homme assis
de l'autre côté
avale sans un mot
de grandes lampées d'alcool
l'air est chaud, le soleil haut
et les feuilles des arbres
dessinent sur sa joue
des cartes
des routes inconnues
dans les touffes de poils
ces îlots que la mer balaie
certains soirs
tu regardes l'homme
et sa glotte à chaque déglutition
son humeur descendante
ce récif où s'échouent
invariablement
tes voyages
ton incessant
ton frémissant
naufrage
... Fouiller la merde
Le garçon assis à la terrasse du café, de l'autre côté de la rue, te regarde.
Il porte un pantalon moulant bleu électrique et boit quelque chose de très fort. Tu te dis que c'est fort, à cause de l'air féroce. Car bien que tu n'aies pas tout récupéré de tes organes, tu te vois parfaitement à travers son regard, soufflant, renâclant, de larges auréoles de sueur sous les bras.
Tu es à quatre pattes sur le trottoir, les doigts tendus entre les croisillons de la grille en fonte. Tu grattes et tentes désespérément d'attraper un morceau de chair noire, qui surnage sur l'amoncellement de débris tout au fond. Tu respires bruyamment, en agitant ton derrière d'avant en arrière. Peut-être, penses-tu, que ce mouvement t'aidera à allonger tes doigts courts.
Ou peut-être pas.
C'est que tu as collé provisoirement ta pommette à ta fesse gauche. Cela te rend particulièrement maladroite, et ridicule, par terre à quatre pattes comme un animal. Et pendant que les gouttes de sueur tombent une à une de ta narine, tu songes qu'on ne mesure pas assez l'utilité de la fesse droite avant de l'avoir perdu.
Le garçon terrible, au pantalon en lycra, lance un large sourire dans ton dos. Cela fait comme une petite décharge sur la raie de tes fesses. Tu regrettes d'avoir mis ce legging blanc. Tu regrettes, mais quand même tu continues à balayer l'amas d'immondices du bout de l'ongle, en bougeant ton derrière.
Bien sûr, tu ignores de quoi il s'agit... Comment savoir avant d'être complètement rassemblée, ce que désire cet autre corps ? Dans ta tête, des pensées décousues fusent et s'éteignent. Une main, tes cheveux, une table. Tu grognes, tu renifles, tu insistes, tout glisse. Tu ne penses pas, tu vois.
Ses lèvres retroussées sur trente deux dents pointues. Le courant électrique qui jaillit du dessous de la table. Le reste de ton corps fendu en deux, et tes doigts qui s'obstinent à remuer sans fin toute cette merde.
- Eh la grosse ! Tu veux ma main ?
Tu es à quatre pattes sur le trottoir, les doigts tendus entre les croisillons de la grille en fonte. Tu grattes et tentes désespérément d'attraper un morceau de chair noire, qui surnage sur l'amoncellement de débris tout au fond. Tu respires bruyamment, en agitant ton derrière d'avant en arrière. Peut-être, penses-tu, que ce mouvement t'aidera à allonger tes doigts courts.
Ou peut-être pas.
C'est que tu as collé provisoirement ta pommette à ta fesse gauche. Cela te rend particulièrement maladroite, et ridicule, par terre à quatre pattes comme un animal. Et pendant que les gouttes de sueur tombent une à une de ta narine, tu songes qu'on ne mesure pas assez l'utilité de la fesse droite avant de l'avoir perdu.
Le garçon terrible, au pantalon en lycra, lance un large sourire dans ton dos. Cela fait comme une petite décharge sur la raie de tes fesses. Tu regrettes d'avoir mis ce legging blanc. Tu regrettes, mais quand même tu continues à balayer l'amas d'immondices du bout de l'ongle, en bougeant ton derrière.
Bien sûr, tu ignores de quoi il s'agit... Comment savoir avant d'être complètement rassemblée, ce que désire cet autre corps ? Dans ta tête, des pensées décousues fusent et s'éteignent. Une main, tes cheveux, une table. Tu grognes, tu renifles, tu insistes, tout glisse. Tu ne penses pas, tu vois.
Ses lèvres retroussées sur trente deux dents pointues. Le courant électrique qui jaillit du dessous de la table. Le reste de ton corps fendu en deux, et tes doigts qui s'obstinent à remuer sans fin toute cette merde.
- Eh la grosse ! Tu veux ma main ?
mercredi 8 août 2012
Une fois coupée en deux... que faire ?
tu passes la matinée à ramasser les morceaux
tu retrouves un bras caché sous l'herbe sèche
ton ventre souillé couvert de mouches dans une flaque
tes yeux, ta langue, ton nez ont ricoché dans les ornières
tu hésites puis tu cours entre les sifflements des voitures
tu ramasses, ça klaxonne, tu as peur et tu cherches
tu vois en plissant les yeux dans un mirage
sous les papiers mâchés par l'averse de la veille
tout luisants de mousse tes ongles roses
cinq de tes dix doigts dans la rigole
tu cherches un cœur
mais tu ne trouves pas
ton cœur
où a-t-il pu rouler ?
tu retrouves un bras caché sous l'herbe sèche
ton ventre souillé couvert de mouches dans une flaque
tes yeux, ta langue, ton nez ont ricoché dans les ornières
tu hésites puis tu cours entre les sifflements des voitures
tu ramasses, ça klaxonne, tu as peur et tu cherches
tu vois en plissant les yeux dans un mirage
sous les papiers mâchés par l'averse de la veille
tout luisants de mousse tes ongles roses
cinq de tes dix doigts dans la rigole
tu cherches un cœur
mais tu ne trouves pas
ton cœur
où a-t-il pu rouler ?
dimanche 5 août 2012
il faut lire Dennis Kelly
"Et là Dieu salive, il est sur le bord de son putain de fauteuil, il bave de plaisir,
Il voit leur amour, leur mariage, leurs bagarres, leurs disputes, leur premier né, la conception et la gestation d'une petite fille et nous-y voilà, et Dieu est là aussi, le jour fameux, ce jour-là, le jour où ma mère se plaint de douleurs, de douleurs terribles, et mon père, qui sait déjà que la vie l'a renié, mon père assis saoul et hébété devant la télé à regarder la vie qu'il voudrait en baignant dans celle qu'il déteste, mon père ne fait pas attention à elle, lui crie dessus, va te faire foutre, tu n'es pas encore à terme, il y a des mois encore, c'est juste des gaz espèce de grosse conne, et le moment est venu, le moment est venu et Dieu salive pendant que mon père refuse, ne veut pas, ne veut pas aller chercher de l'aide, ne veut pas croire qu'il y a quelque chose -
Et soudain
Son appendice éclate.
Et elle meurt
C'était ça le moment attendu.
C'était ça.
Et Dieu retombe dans son fauteuil.
Il s'en roule une petite
Et il sourit, satisfait du travail bien fait.
Il ne regarde même pas quand on m'arrache au cadavre de ma mère sur une table d'opération.
Il ne prête aucune attention aux hurlements de mon père.
Il ne remarque pas mon frère à quatre pattes, tout seul
Et nous, on sait.
On sait qu'à partir de cet instant Dieu ne regarde plus."
Débris, Dennis Kelly, traduction de Philippe Le Moine & Pauline Sales, éditions Théâtrales, 2008
On peut écouter sur France Culture sa pièce Oussama ce héros ici (accrochez vous !)
ou sa pièce Love & Money là, un extrait de cette pièce ici-même
Il voit leur amour, leur mariage, leurs bagarres, leurs disputes, leur premier né, la conception et la gestation d'une petite fille et nous-y voilà, et Dieu est là aussi, le jour fameux, ce jour-là, le jour où ma mère se plaint de douleurs, de douleurs terribles, et mon père, qui sait déjà que la vie l'a renié, mon père assis saoul et hébété devant la télé à regarder la vie qu'il voudrait en baignant dans celle qu'il déteste, mon père ne fait pas attention à elle, lui crie dessus, va te faire foutre, tu n'es pas encore à terme, il y a des mois encore, c'est juste des gaz espèce de grosse conne, et le moment est venu, le moment est venu et Dieu salive pendant que mon père refuse, ne veut pas, ne veut pas aller chercher de l'aide, ne veut pas croire qu'il y a quelque chose -
Et soudain
Son appendice éclate.
Et elle meurt
C'était ça le moment attendu.
C'était ça.
Et Dieu retombe dans son fauteuil.
Il s'en roule une petite
Et il sourit, satisfait du travail bien fait.
Il ne regarde même pas quand on m'arrache au cadavre de ma mère sur une table d'opération.
Il ne prête aucune attention aux hurlements de mon père.
Il ne remarque pas mon frère à quatre pattes, tout seul
Et nous, on sait.
On sait qu'à partir de cet instant Dieu ne regarde plus."
Débris, Dennis Kelly, traduction de Philippe Le Moine & Pauline Sales, éditions Théâtrales, 2008
On peut écouter sur France Culture sa pièce Oussama ce héros ici (accrochez vous !)
ou sa pièce Love & Money là, un extrait de cette pièce ici-même
jeudi 2 août 2012
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