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mercredi 30 décembre 2020

Film en N&B

Peut-être que la poésie
doit tout simplement entrer
dans la littérature
par la petite porte, par la petite peau
comme cette femme noire
invisible
collée contre le mur
par le bruit des mastications
de madame, de monsieur
attendant tous les sens aux aguets
le bruit de la clochette pour courir (sans un bruit)
- madame dit de faire vite (sans poser le talon)
dans la cuisine chercher le rôti ou la tourte
peut-être que la poésie est cette femme invisible
noire qui écoute les chuintements, lapements
claquements de langue
déglutitions lentes ou rapides
cliquetis de fourchettes, odeurs de rots masqués
cette femme noire invisible
réceptacle attentif à la présence
des corps sans filtre
de monsieur, de madame
peut-être que la poésie
est cette mise à nu
noire
sur blanc


extrait de User le bleu, suivi de Sous la peau, Aux Cailloux des chemins, 2020

dimanche 15 novembre 2020


samedi 7 novembre 2020

User le bleu - On en parle

Dominique Boudou a lu  mon nouveau recueil User le bleu suivi de Sous la peau aux éditions Aux Cailloux des Chemins. Il a publié un retour de lecture sur son blog.

 Extrait : "La poésie s'aventure de plus en plus souvent dans les sables mouvants du monde du travail. Peut-être faut-il y voir un précipité de notre modernité épuisée par l'absurdité de la condition humaine soumise comme jamais à la compétition. Avec User le bleu, Murièle Modély ne métaphorise ni les gestes ni les discours qui font courber l'échine au bureau ou ailleurs. Du collègue de base jusqu'au N+1 chapeauté par son N+2 les yeux rivés sur les objectifs à atteindre..."

La suite par là

/

Le poète et revuiste Patrice Maltaverne chronique aussi mon recueil sur son blog Poésiechroniquetamalle :

" Si "Sous la peau" parle davantage des relations familiales (mère fille, fille mère), "User le bleu" évoque avec insistance le monde du travail, son côté très absurde, avec ses sentiments qui n'arrivent pas à sortir (ici, au travail, comme ailleurs, en dehors du boulot), car ce n'est jamais le moment et pas la place. Murièle Modély montre tout simplement l'incommunicabilité qui existe entre les êtres."

 Je les remercie tous deux

mardi 13 octobre 2020


Photo d'Eric Antoine - Le Dos de Caroline - https://www.ericantoinephoto.com/

Lichen

Quand le dermatologue t'a révélé le nom de ta maladie
tu as éclaté de rire
comme tu aurais pu pleurer
ce n'est tout de même pas courant
que le corps nous assène d'un mot
notre vraie nature
eh oui, tu étais une souche
un vieux morceau de bois
mort
humide
couvert d'un lichen plan
- et cet adjectif plan
était la cerise sur le gâteau pour toi
qui ne tenais pas droite


Extrait de User le bleu, suivi de Sous la peau, éditions Aux cailloux des chemins

Photo de Eric Antoine - https://www.ericantoinephoto.com/

 

samedi 26 septembre 2020

Parution de User le bleu, suivi de Sous la peau

Mon nouveau recueil est sorti !
Chez un tout nouvel éditeur né sur les bords de Garonne (sacré pari en ces temps moroses : la vie, les mots plus forts que tout ! :) Cela s'appelle User le bleu, suivi de Sous la peau, avec une lithographie de l'artiste Cendres Lavy...et c'est Aux Cailloux des Chemins

Et je remercie chaleureusement les éditeurs de me permettre d'être à leurs côtés pour le début de cette aventure !

Et voilà ce qu'a dit Hervé Gouault, l'un des éditeurs, de ce nouveau livre :
"Lire Murièle Modély, c'est accepter que tout se renverse ou ne pas la lire vraiment. Ses vers lisent en vous par des détours que vous ne sembliez pas connaître. Et puis ils demeurent en vous. C'en est étonnant de légèreté et de profondeur, d'immanence et d'anecdotique. Leur tissu vous couvre la peau et en-dessous.

Il y aurait du tragique dans cette affaire mais vous partez d'un fou rire, comme ça, en retour de vers. Surtout si vous laissiez les vers crier de votre bouche, entre plaisirs enfantins et jeux d'adulte. Il s'agit du jeu à être, à vivre malgré toutes ces lourdeurs, cet absurde, en soi, au travail, partout, tout le temps."


Vous pouvez vous le procurer sur le site de l'éditeur Si vous souhaitez soutenir ce projet un peu fou (il faut bien l'être pour publier de la poésie... et aussi à venir des œuvres graphiques (c'est l'autre axe de leur maison !) adhérez à l'association de la maison d'édition

samedi 18 juillet 2020

mercredi 1 juillet 2020


« Peut-être que maintenant vous êtes assez construite »

je me répète en boucle la phrase du docteur
mais sur le chemin du retour
je trébuche contre une pierre, et
en me relevant, je m'aperçois 
qu'il me manque une brique ou deux au niveau de l'épaule
j'entends aussi rouler sur le trottoir un de mes boulons
je suis assez construite, certes, mais je fais de drôles de bruits
les murs grincent, craquent, les volets claquent
je ne sais toujours pas si c'est le vent
ou les esprits errant dans la maison

*

dans la rue nous sommes nombreux à balader nos fissures
ça coule en petits chhhh chhhh, ou en crrrr crrrr
des bruits qui grincent, qui craquent, qui claquent
qu'on ne prononce pas
alors on fait semblant, et
on laisse derrière soi des traînées crayeuses, des humeurs baveuses
on se fait des sourires, on dit bonjour
on fuit quand même

*

parfois on colmate 
on fait un enfant ou deux, et
on utilise leurs rires ou leurs larmes comme plâtre
cela marche un temps, puis ils grandissent 
ils s'en vont sur les chemins tracer leurs propres entailles 
avec des pierres coupantes
alors on reste un peu triste 
sauf les dimanches 
quand on se retrouve tous ensemble à table 
à tenter de remplir à la cuillère ou d'une phrase
nos trous


lundi 8 juin 2020

On en parle

Dans son émission Les poètes sur Radio Occitania (confinement n°6), Christian Saint-Paul, parle de Feu de tout bois (Délit buissonnier 1, tiré à part de la revue Nouveaux Délits) et de Radicelles (editions Tarmac)
Dans son éditorial du 26-05-2020, il dit ceci :


« Je m'attarde sur deux publications:

1 - Feu de tout bois avec des illustrations de Sophie Vissière (10 € à commander à Nouveaux Délits, Létou, 46330 Saint-Cirq-Lapopie),

une suite de poèmes écrits dans une langue simple et percutante, abordant sans emphase, comme par inadvertance, des constats sociaux, philosophiques, sans concession à la dure réalité de notre monde qu’elle révèle à sa fille :

« à l’instant même où la claque / nous pousse au premier cri / sache qu’à cet instant précis, des doigts invisibles / enfoncent dans notre gorge une gomme », mais ne se lamente pas et ramène à l’essentiel : l’amour

« sache ma douce enfant que je veux tant remplir, que tout s’estompe / l’amour est une éponge qui fait place nette pour d’autres ».

Et même si « l’arche n’empêche pas l’engloutissement » elle ne s’abandonne pas au défaitisme : « vivre au fond n’est pas bien compliqué / il suffit de s’en tenir au mot du jour / composer, décomposer, recomposer / une croix après l’autre / l’empilement des faits ».
Un souffle bien maîtrisé, une langue sûre qui dessine les contours obscurs et flous de notre monde convenu avec l’habileté de la mère douce qui sait conduire ses enfants sur les bons chemins.
Un ensemble de poèmes qui se rangent dans ce que Michel Cosem recherchait dès les années 70, une poésie à « l’imagination créatrice fondée sur le réel ».

[...]



2 - Radicelles avec des photographies de Vincent Motard-Avargues, préface de Dominique Boudou, éditions Tarmac, 38 pages, 18 €.
C’est un beau livre par sa conception, son papier épais, ses reproductions photographiques d’une haute précision qui flamboient et qui creusent les ombres, tel un soleil qui traverse une journée.
Dominique Boudou dès ses premiers mots dans sa préface, prépare le lecteur à ces poèmes qui, s’ils relèvent plus du sensible que de l’intellectuel, sont de redoutables métaphores du monde hostile qu’il faut apprivoiser.
Ses poèmes sont le combat de Murièle Modély.
L’enfance qui la ramène au créole, à son île de La Réunion, à l’histoire douloureuse du peuple de cette terre grosse de magnificence.
Nul ne peut effacer ses racines, fussent-elles des radicelles qui, bien que fines et fragiles s’infiltrent plus sournoisement dans la mémoire.»

samedi 23 mai 2020

Parfois on entend les battements de cœur
rouler comme des cailloux
sous la chaussure
accrocs tenaces dans la marche du jour
on avance
                   le soleil brille
                                  rien ne s’arrête

*

Parfois on entend le cœur rouler
comme une pierre dans la poitrine
et tout résonne, et tout s’échine
à donner sens à nos échos
est-ce la voix ? est-ce la peau ?
il pleut
nos côtes nourrissent
                l’herbe sauvage
                               des trottoirs sales et inégaux

*

Parfois le poème est aride
il ratatine comme la peau d’un fruit
derrière la vitre
l’été est chaud et moite
               la pensée est avide
                              rien n’étanche les gorges sèches

lundi 27 avril 2020

Un jour
Je cesserai d’écrire
n’aurai plus rien à dire
nada
nothing
nichts
quelques mots
des peaux mortes
peluchant sur la langue

Je serai sèche
le crâne momifié
bouilli
réduit
moisi
la tête vide
les yeux clos
branlant sur mes épaules

Je ne pourrai plus feinter
des mâchoires du cerveau
racler les os
pour en tirer le suc
à la cuillère

le vieux bout
de cervelle
qui aurait
(peut-être)
un dernier
(qui sait)
mot
à
dire

..................si
.....................non

mercredi 11 mars 2020

"ah, mais tu es douée pour le bonheur"
- c'est ça que tu as dit, terriblement surpris
eh oui, je suis douée
tu vois ma peau sait elle aussi 
dévorer le soleil
à pleines dents encore
tu vois sur le bleu de la nuit
mes trente et quelque perles
qui roulent quand je ris
et je ris fort
souvent

et ta bouche fend aussi
- c'est l'été !
la tranche rouge d'un fruit
pourtant de toi à moi
si on réfléchit bien
il n'y a pas de quoi rire, hein

j'ai écrit dernièrement
- je te l'ai lu au lit
qu'il pleuvait des cadavres
qu'une peau chassait l'autre

tu lisais ton journal
je jetais par défi
mon œil
par dessus ton épaule

mon regard noir comme le creux du ciel
mangeait ton duvet doux et les tristes nouvelles
mais je suis douée - tu l'as dit, je le crois

je ramasse mon œil
dépose ma cervelle
sors tout l'attirail
la courbe, l'anguleux,les lignes droites
mes hanches, mes oreilles et ma langue
essaime

republication

mercredi 4 mars 2020

Le dire

Il avait grincé entre ses dents Fourre-toi ça dans le con, elle n’avait pas réagi. Il lui avait jeté son sac à la figure, elle n’avait pas cillé. Elle avait ramassé le sac et l’avait suivi.

Elle allait vite. Malgré ses pieds nus, elle n’avait aucun mal à garder le rythme. Les graines de filaos mordaient la plante des pieds plus fort qu’une colonie de fourmis rouges. Quand il accélérait, elle accélérait d’autant. Elle voyait les grosses gouttes de sueur couler sur son cou tendu. Elle, elle transpirait à peine, même si l’odeur forte qui montait de ses aisselles témoignait de l’effort soutenu. C’est qu’elle le suivait depuis longtemps. Une heure ? Deux heures ? Combien de temps au final ?


Ils s’étaient retrouvés comme chaque après midi en bord de mer. Elle était la seule fille dans la bande. Les gars ne l’aimaient pas, mais acceptaient sa présence parce que c’était elle qui ramenait les bières. Elle qui n’avait pas peur de passer au nez et à la barbe des gros bras du Jumbo pour subtiliser un pack ou deux pendant la livraison des marchandises du petit matin. Non pas qu’elle soit particulièrement discrète ou agile, elle courait juste très vite.

Elle avait toujours couru vite. Elle n’avait pas grand-chose à elle, pas grand chose dont elle put être fière, à part ses deux pieds vieillis avant l’âge à force de fuir des menaces imprécises du matin jusqu’au soir. Deux pieds que le sable, la terre, et le temps, avaient recouvert d’une corne épaisse d’un brun indéfinissable.

Ils ne l’aimaient pas, sauf lui qui l’aimait un peu. Peut-être. Ou qui faisait semblant. Elle s’en fichait au fond. Dans le quartier, elle était la seule qui fréquentait des zoreils. La seule qui pouvait dire, si quelqu’un le lui avait rien qu’une fois demandé, qu’elle avait couché avec un blanc. Qu’elle avait vu la queue flasque, et pâle, et triste, d’un blanc. Il bandait mou, mais bandait pour elle. 

La nuit, chez elle dans le lit, la main contre sa bouche, elle retenait un rire pour ne pas réveiller sa petite sœur allongée contre son flanc. Pour ne pas donner raison à son aînée qui la regardait, depuis qu’avait commencé cette pitoyable histoire, avec un air désapprobateur et une moue de mépris de plus en plus marquée.


Ils avaient éclusé une quinzaine de canettes à eux quatre, quand elle avait décidé de lui dire. Il faisait chaud, les alizés n’atténuaient pas la moiteur de l’été austral. Ils étaient allongés sur le sable, étourdis d’alcool et de soleil, quand elle lui avait dit. Il riait bêtement, sa bouche mince largement ouverte sous les rayons violents, quand elle avait murmuré au creux de son oreille. Il n'avait pas compris, des mots semblaient manquer, et la phrase incomplète restait suspendue devant ses yeux fébriles. Il ne comprenait pas. La couleur de peau n’était pas le seul obstacle entre eux : ils ne parlaient pas la même langue. Cela ne datait pas d’hier et cela n’était pas sur le point de s’arranger.

Il l’avait regardé interdit, puis lui avait montré la bouteille en bafouillant dans une pluie de postillons Fourre-toi ça dans le con. Sa phrase aussi n’avait aucun sens, il le savait. D’ailleurs elle était restée impassible, sûre d’elle et du fait que sa peur ne le sauverait pas.

Alors, ironie de la répétition d’une histoire inversée, il s’était levé pris de panique, et s’était mis à courir. Droit devant. Sans un regard en arrière ou presque. Kroi pas ou sa chaper, mounoir… il l’entendait la petite litanie créole dans sa respiration bruyante de femme lourde. Au début, il lui avait lancé des poignées de sable, comme si cette terre qu’il ne connaissait pas avait le pouvoir de ralentir la traque, comme si l’île - la bienveillance même pour ses airs conquérants, avait le pouvoir d’arrêter cette espèce de rouleau compresseur. Ou sa ou kroi ou sa kachette ? Il voulait échapper à cette fille, à ses cheveux crépus, sa bouche lippue, ses seins énormes qu’il tétait avidement la veille encore, sa peau luisante comme la nuit qui étendait avec ses quelques mots, son ombre monstrueuse sur son corps en sueur.


Il avait quitté la plage, avait pris la route pentue qui menait vers les hauts. Un point de côté lui coupait parfois le souffle et l’arrêtait brutalement : il n’avait pas l’habitude des chemins escarpés. Il ramassait un caillou, un galet, puis le lançait aveuglément vers elle. Parfois il la touchait, d’autres fois non. Des filets de sang coulaient au fur et à mesure sur ses joues et ses bras. Mais elle ne bougeait pas sous les projectiles, elle attendait juste qu’il recommence à courir, que chacun retrouve, au bon moment, sa place.

Ils étaient dans l'île, condamnés à tourner en rond. Il n’y avait aucun moyen d’échapper à cette histoire, la leur, la sienne. Que connaissait-il au marronnage, hein ? Rien ! Il n’avait pas inscrit dans la peau l’endurance, que les dangers et les manques avaient inscrite dans la sienne. Peau trop pâle, pieds trop faibles. Il suffisait d’attendre, oui. Elle le lui avait dit. Et cette phrase qu’il ne voulait pas comprendre, finirait par pénétrer sa chair aussi sûrement que les mailles de la chaîne entravant leur course sans issue.

republication




dimanche 9 février 2020

photo extraite du site de Anaïs Boudot - Série Jigsaw feelings

incompréhensible

ce goût métallique au fond de ta gorge c'est ce mot trop long
que tu ne sais comment avaler c'est ta bouche grande ouverte
c'est le h et le l coincés sous tes molaires l'extension des mâchoires
le cri invraisemblable voilà encore un mot dont tu ne sais que faire
qui va rejoindre l'autre sur la langue dans la chair dans les joues
l’abcès qui cache la misère de pensée et de mots le claquement
sauvage la crispation aiguë de l'articulation temporo-mandulaire
des os la musique élastique le rire stupide mou sous tes regards de veau
le monde à vau-l'eau et ton et son et ces cris qui jamais ni ne sortent
ni ne rentrent mais tu entends ces rires d'animaux qu'on égorge
tu ne bouges pas un cil tu respires bruyamment pesamment tu suffoques
quand même les lettres noires les mouches verticales la cavité buccale
dilatée comme un cul la sens tu la douleur cet élancement CAPITAL
toutes les majuscules qui passent quand même non tu ne bouges pas
tu regardes l'incompréhensible jour sans faire un geste tu ne bouges
pas tu as peur que la peau se fende que se déchirent les commissures tu ne
bouges pas tu as peur qu'un geste élargisse ton sourire inconcevable 

(republication)
(c) Francesca Woodman

mardi 14 janvier 2020

Amnésie du fessier de Benoit Jeantet (extrait de la Revue NAWA)

On est souvent bien seul
à regarder
en direction des potences
et alors
le souvenir des westerns
du mardi soir
nous serre le cœur
Parce que nous n’appartenons
déjà plus
à ce nouveau monde
mais qu’il faut bien
mettre notre petit spectacle
en route
la mélancolie au tableau noir
Puisque l’ultime frontière
c’est chacun dans sa chacune
au sortir de la cabine
de douche
quand nos maigres diligences
se hâtent encore mollement
en direction du Pôle emploi
le plus proche
sans même plus
ce tremblement de chariot
des débuts
sur les routes mal carrossées
des hautes plaines
qu’on rêvait pourtant d’ensemencer
d’un tapis d’herbe
fraîche
avant qu’on découvre
les derniers lions
de prairie
soudain muselés par l’amour
On est souvent bien seul
à errer dans ces bars
de nuit
où les fantômes oublient
de remettre leur tournée
Oui mais ça fait longtemps que
Carver est mort
que les fans de Pasolini souffrent
d’une amnésie du fessier
Et depuis le commencement
jusqu’à la fin des fins
nous marcherons dans la lumière
en attendant que les ombres
se rangent à nos côtés…


Benoît Jeantet
la revue NAWA numéro 7 : http://revuenawa.fr/category/nawa-7/ 
Patrick Welde, Freiheit - sur le site BOUMBANG

dimanche 12 janvier 2020

Il y a les taches insignifiantes
les gestes de trois fois rien
les mains dans la vaisselle
la pelure des carottes
le regard dans le loin
le ciel et les bruits fauves

la coulée virulente
du galop des enfants
les hurlements d'amour
le linge qu'on étend
la fatigue qui flotte
la terre sur les talons

la vie folle et les niches
qu'on creuse dans les murs
les pulsations fugaces
les respirations brèves

il y a aussi
au milieu tout en bas
là sous le feuilletage
et la coque des mots
des traces de baisers
(2012)