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lundi 2 novembre 2009

Conversation #1


Le pont noir #7 © Aurore

Je suis une curieuse...

L'autre jour, la petite famille au grand complet goûtait dans une crèperie de la rue du Taur.
A la table voisine, deux jeunes filles mangeaient.
Elles étaient très jolies et très bien habillées... la vingtaine conquérante et classieuse...
Malgré moi, je n'ai pu m'empêcher d'entendre, puis d'écouter leur conversation...

La plus élégante des deux, dans un petit tailleur noir, disait à l'autre :
"Moi je ne suis pas vénale, tu sais... Vénale, c'est quand on a envie de ce que possèdent les autres... Moi tu vois, j'aime le luxe, j'aime l'argent, mais je ne suis pas vénale... si je veux une belle voiture rouge, et bien je vais travailler pour l'avoir... si je veux du luxe, je vais tout faire pour en avoir dans ma vie... Non, je ne suis pas vénale : vénale c'est envier les riches..."

Un peu plus tard, la même :
"Tu sais, quand j'étais jeune, je traînais avec une bande de filles pas sympas... un peu racaille, tu vois... mais j'étais jeune, je suivais, je n'étais pas méchante... Ca me faisait rire tout ce qu'on faisait ensemble... ça me fait penser à cette fille là, qu'on asticotait tout le temps. Elle avait douze ans et elle faisait encore pipi au lit... c'est une maladie, tu sais... Je crois que ça s'appelle érunésie, quelque chose comme ça...oui c'est ça, c'est l'érunésie... Un jour cette fille, je ne sais plus pourquoi, on voulait l'obliger à sauter du haut d'un mur... (elle lève le bras, pour montrer la hauteur)... Pas très haut, hein... elle serait pas morte si elle avait sauté, bon peut-être qu'elle se serait cassée quelque chose... mais elle serait pas morte... enfin bref, elle n'a pas voulu ! Qu'est-ce qu'on a pu la traiter et l'embêter !...
Ouais, je faisais n'importe quoi avec cette bande... Toutes ces filles, je ne les vois plus, je ne sais pas ce qu'elles deviennent...
Mais l'autre jour, c'est rigolo, je marchais dans la rue, et je la vois : la fille qu'on embêtait...
Je la rattrape et je lui dis : "Bonjour Christelle, tu vas bien". J'ai vu dans son regard qu'elle m'avait reconnu. Elle m'a juste dit bonjour du bout des lèvres, puis elle a baissé la tête et elle est partie... Ca m'a fait mal, tu vois, cette fille là, qui ne voulait pas me voir... Tu me connais, tu sais comment je suis, gentille et tout... je ne voulais pas lui faire peur... mais pourtant elle m'a fui... (silence)
Elle ne serait pas morte, tu sais, si elle avait sauté..."

Je les regarde plus attentivement.
La jeune fille en tailleur est blonde ; de belles boucles régulières lui encadrent le visage, qu'elle a enfantin. elle a du rose aux joues, un rouge discret aux lèvres. Elle boit une bière à la bouteille.
Son amie est brune. Elle porte un pantalon noir et une chemise cintrée ; elle n'est pas maquillée.
Elles profitent d'une des dernières journées ensoleillées, pour boire un coup au soleil...

J'imagine toutes les autres filles, la bande, Christelle...
J'espère qu'elles aussi devisent, entre amies, tranquilles, vêtues d'un petit tailleur noir ou autre...
J'espère également pour elles que les charivaris de l'adolescence fondent doucement... sous les rayons mitigés du soleil du présent.



jeudi 16 juillet 2009

La voix de Leonard Cohen



Meilleur (Better)

Plus forte que l'obscurité :
l'obscurité fausse,
celle qui te ment
celle qui te fait caresser
la jeune fille de ton voisin

Plus puissantes que les banques :
les banques illusoires,
et tu y déposes
de l'argent corrompu
en sacrifice légitime

Meilleur que le café
ce café bleui,
celui que tu bois
pour ton dernier bain
et encore, lorsque tu attends
l'anéantissement
- dans tes chaussures

Plus haute que toute poésie,
ma poésie
qui effleure
chaque chose
et si belle, et si noble
et n'est rien de cela, pourtant

Mieux que le hasard
l'accident secret
ce moment dans ma voiture
et l'obscurité du parking
avec une nouvelle amie

Plus dense que l'art
l'art sordide
celui que Hashem ne commettra pas
mais dans le fracas qui s'ensuit
j'entre discrètement au théâtre, à Broadway
et je m'assieds sans être vu
quelque part, vers Hadassah

Plus juste que la dignité
la dignité absurde
et ainsi je me tiens debout,
sur le toit du garage
le mieux : laisser tomber
tous les œufs
dans un seul panier

Plus riche que la mémoire,
notre mémoire trompeuse
elle est le suc du patriotisme
de l'intérêt national
la chute des époux
dans le Grand spectacle triste

Plus forte que l'obscurité :
l'obscurité fausse
et souillée, et si vaste
et profonde
enfin si froide
pénétrée de grottes
de corridors aveugles
où apparaissent
nos parents morts, qui nous font signe
et l'apparat des religions étrangères

Meilleur que l'amour
l'errance
de ce japonais, subtil et calme,
jusqu'à l'insondable érotisme
d'un homme minuscule
avec son sexe immense
plus clair que la pensée,
mollement étendu
sur un cil de vapeur
vivant, menaçant
après la cuisine
le jardinage
le temps de faire grandir les enfants

Mieux que ma mère,
la vôtre
alors que la mienne est morte
définitivement morte

Meilleur que moi,
tu l'es : plus aimable
plus doux, gracieux et léger
ô toi, toi
plus beau
plus fort
et plus solitaire
je veux te découvrir meilleur
et encore meilleur, à chaque instant

Leonard Cohen, Mt Baldy, 1998.
Traduction et adaptation par Patrice Clos et Isabelle Nouvel.


Adaptation française publiée avec
la permission de Leonard Cohen.


http://www.leonardcohensite.com/poems.php


Lyrics Famous Blue Raincoat

mercredi 8 juillet 2009

A découvrir : BLU

je ne dirai rien d'autre que "Les murs s'animent"
Enjoy it !




jeudi 21 mai 2009

Découvrez : Morgan Riet, poète

Découvrez l'univers de Morgan Riet à travers son blog poétique : http://www.cheminsbattus.spaces.live.com/ ( lien permanent vers ce blog dans la rubrique "écritures")
Et savourez comme je l'ai fait son recueil Poèmes d'identité en ligne sur Calaméo
Publiez sur Calaméo ou explorez la bibliothèque.

vendredi 13 mars 2009

Le dernier métro


©Doo Ramone

En descendant dans le métro, la première agression est celle de la lumière. Il est presque minuit et on se croirait en plein jour. Mais un jour lourd et étouffant. Car la lumière crue accuse le contour des gens et des choses, les rend irréels par surexposition.

Chaque couleur, chaque ligne pénètre l’œil brutalement et le viole.

On se surprend à froncer les sourcils, à accuser la ride du lion… Les gens dans le métro sont de vieux félins grognons.

Grognons et sourds.

Car on baigne aussi dans une bouillie musicale … Ca gargouille dans l’oreille, ça ralentit les pas : morceaux à la mode, scansions d’animateurs, spots publicitaires…et parfois un bref silence où s’accouplent les acouphènes.

C’est Fun radio ou Skyrock ou un enregistrement, on s’en fout…

Les notes, les mots vomis des haut-parleurs éclaboussent les couloirs, se heurtent aux corps, les charrient vers les escalators, les font s’échouer lourdement telles des outres pleines sur les quais.
Il est minuit moins le quart, il y a une rame toutes les quinze minutes… Le temps s’éternise. Les sensations désagréables s’incrustent dans les orifices des quelques personnes encore là.

Cependant chacun connaît son rôle malgré la fatigue : on ne se plaint pas, on ne grogne pas, on accueille le dehors de la façon la plus neutre possible.

Eviter de croiser un regard

Eviter les gestes inutiles

Eviter même de respirer

Il y a un homme d’une quarantaine d’années, il est appuyé contre le mur, le regard au sol, les mains dans les poches, d’une banalité à faire pleurer… à peine vu, déjà oublié.

Un garçon, de dix sept, dix-huit ans, marche lentement en faisant danser son long manteau noir sur ses bottes noires, il a les yeux et les cheveux noirs… C’est le style gothique effacé. Car on ne se laisse pas abuser par tant de noirceur affirmée. Sa carnation de porcelaine, ses lèvres minces et pincées, son regard fuyant disent tout le malaise de la post adolescence.

Une jeune fille en robe courte sur jeans élimé écoute de la musique ou tient à distance tout contact par les écouteurs qu’elle a aux oreilles. Pour être tranquille, des couches successives de bruits peuvent au mieux faire illusion, au pire rendre sourd.

Et il y a moi, femme de trente ans, brune, névrosée, assez bien habillée, plutôt rassurée par la faune de cette fin de soirée. Je fais semblant de lire un roman, mais en fait je regarde les gens par en dessous. Par en dessous car je suis quand même méfiante, les monstres se cachent dans les enveloppes les plus anodines…

Soudain une femme noire, aux cheveux courts et crépus, descend les escaliers. Elle porte un jean moulant et un sweat-shirt entre rose et violet. Des petits escarpins usés et sales. Et un sac de toile taché. Elle respire la petite vie, le manque et la fatigue. Et pourtant on sent une force charnelle.

Elle n’a regardé personne (elle aussi connaît les règles), n’a amorcé aucun mouvement vers l’un ou l’autre... Mais elle déborde de son corps… Peut-être à cause de sa silhouette callipyge, ou de ce jean décidément trop étroit… Peut-être à cause de son odeur, mélange de musc et de sueurs…

Elle s’arrête tout au bout du quai et se regarde dans les vitres opaques du métro. Son visage triste ne dégage rien, tout se passe en dessous de ses reins. Car lentement et en cadence, elle se met à onduler des fesses au son des beuglements à la radio… Et la bouillie infâme redevient une chanson. Chaque personne reçoit les ondulations de son corps comme une caresse gratuite offerte avant la nuit.

L’homme de quarante ans et plus, a senti la vibration. Il a levé les yeux, surpris le mouvement et son regard a amorcé un discret va-et-vient entre le sol et la femme. Il est gêné, ses mains jouent nerveusement avec le pli de son pantalon… Gêné ou excité, va savoir. Le désir à cette heure est difficile à cerner.

Le gothique et la bouchonnée ont remarqué le manège et sourient doucement. Il se cherchent du regard, et tentent une conversation silencieuse à coup de petites mimiques, de signes entendus, de claquement de langues, de haussements de sourcils.

Elle danse. Le morceau s’arrête, un autre recommence. Elle danse encore. Il y a quelque chose de vital dans sa constance dans le mouvement.

Comme la scène dure, une joie idiote titille nos zygomatiques. Nous finissons tous par nous regarder, complices…

Tous, sauf elle…

La noire qui danse seule face au miroir.
La noire les yeux plongés dans son regard.
La noire au visage fermé qui s’expose.

Je la regarde.

Elle, qui a fait exploser nos cercles d’intimité
sans jamais dévoiler la sienne.
Elle, qui n’a pas la moindre idée
du lien ténu qu’elle vient de créer.



écrit de MuLM 2008
photo extrait de l'album de Doo Ramone

mercredi 4 février 2009

L'oeil bande bis

J'ai cité Paul Nougé
"L'oeil bande. L'oeil bande avant le sexe. Il arrive même que l'oeil bande seul"


©Stéphane.egain

Mais ce blog doit son nom au recueil L'oeil bande d'Emmanuel Laugier (Deyrolles éditeur, 1996)

"Au détour......traversant la rue......s'éloigne une nuque......un dos
les jambes.....les tissus.....dans les phares devant
se détachent.....et décollé le visage
trop blanc dans les néons / les feux / les taches serrées en pointes
se renverse maintenant ralenti
et d'où qu'on trouve.....rien.....3 jours et plus un qui
sinon à terre.....la terreur de face

comme la nuque fait contraste avec la veste foncée
je la vois en face s'effacer......toujours la course......le souffle les crachats
jusqu'au pied du trottoir où brille
la couleur de quignons
et des pains raidis partent en miettes sous les becs d'oiseaux
c'est le déboîtement des parties.....les 4 membres tirés de là
à la......des morceaux de viandes sur l'étal"
p.31

"devant nous l'oeil
dans le coin qui appelle
à qui répondre quand répondre du fond de la bouche
quelque chose bégaie
qui ne remonte pas et.....il y a
ce trou......la honte.....un désordre de tessons
par où tout s'écarte à l'intérieur

et dehors l'ombre des mains se plaque sur la figure
et tout ce noir entre en paquets.....prend dans la bouche....presse ce qui
reste d'une bouche dans la bouche.....aspire toute cette tête qui
se serre autour
"
p.33



mercredi 28 janvier 2009

Lendemains de fête : photos


Serpentins (détail)

Serpentins (contexte) - © Mu & Franck L.
le 29-01-09

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© CSMR
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© C. Daviron
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© Marie - http://www.myspace.com/monkinette
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"Au lendemain de fête, succède le dodo sous la couette" © Fred M.
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"Allez on décroche les décos" © Cécile S.
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"Cadavres exquis" © Franck L.