Archives du mot-clé Incontournable

La mosaïque sarantine

Il restait deux volume de Guy Gavriel Kay qui me faisaient de l’œil : Voile vers Sarance et Le seigneur des empereurs qui constituent La mosaïque sarantine.

Si vous suivez ce blog depuis un peu de temps, vous avez déjà entendu parler de Guy Gavriel Kay et de ses fantaisies historiques. Il prend un lieu et une époque historiques, change les noms tout en restant assez proche pour qu’on reconnaisse de quoi il s’agit et tricote son histoire avec un léger soupçon de fantasy.

Cette fois il s’agit de Byzance, au moment où l’empire romain a été démantelé par les invasions venues du nord et de l’est. Byzance c’est donc Sarance, haut lieu du jadisme (le christianisme) d’orient.

Voile vers Sarance commence quand l’empereur Valerius II qui a succédé à son oncle (qu’il a en fait mit lui-même sur le trône), décide de construire une basilique qui sera la plus extraordinaire au monde.

Pour cela il fait venir de Battiare (l’Italie chez nous), le plus renommé des mosaïstes. Crispin de Varène (c’est son nom) va donc entamer le long voyage vers Sarance, un voyage qui ne manque pas de dangers. Son caractère entier et son franc parler ne manqueront pas de lui attirer ennuis et ennemis à la cour la plus flamboyante et la plus tordue du monde connu.

La suite Le seigneur des empereurs, voir Caius Crispin à pied d’œuvre, installé et aux prises avec ce qui doit rester comme son chef-d’œuvre. Autour de lui la ville de Sarance, à laquelle il s’est habitué, ses amis, certains venus avec lui ou rencontré en route, d’autres de Sarance comme la danseuse Shirin ou le conducteur de char de l’hippodrome Scortius, et toutes les intrigues de cour qui vont se cristalliser dans la deuxième partie du roman jusqu’à un final dramatique.

Dans le même temps, venu de l’est lointain un médecin et sa famille arrivent à la ville, alors que dans le désert des événements qui vont changer le monde de préparent.

Je suis un fan de cet auteur, et cette mosaïque sarantine me conforte dans mon opinion.

On y retrouve l’intelligence de l’auteur, sa façon unique de faire revivre un passé historique en le parant de nouveaux noms et en l’épiçant de quelques éléments de fantasy. On retrouve son talent immense pour faire vivre des personnages inoubliables qui vous restent dans la tête, vous accompagnent longtemps après avoir tourné la dernière page. On est bouleversé par sa capacité à nous émouvoir, sans tomber dans le pathos, à nous faire sourire, trembler, pleurer.

Il fait ici de nouveau preuve de son talent de conteur, passant d’un premier volume qui prend son temps pour amener les personnages, les faire évoluer au gré de leur voyage, à un second volume dont la deuxième moitié, qui concentre les événements les plus dramatiques touchant une bonne dizaine de personnages en une journée se lit en apnée (et il faut de bons poumons, cela s’étale sur près de 200 pages). Jusqu’à un épilogue plus apaisé.

Et quelle virtuosité dans les scènes de bravoure, comme ces courses de char épiques, mais également dans la description de l’émotion communicative des personnages quand ils parlent de leur art, ou décrivent tel monument ou telle mosaïque qui les touchent.

Encore une fois, deux romans épiques, touchés par le souffle de l’histoire, contée aussi bien au travers des destins de ceux qui la font que de ceux qui la subissent.

Magique une fois de plus.

Guy Gavriel Kay / Voile vers Sarance et Le seigneur des empereurs (Sailing to Sarantium, 1998) et (Lord of emperors, 2000), L’Atalante / La dentelle du cygne (2019 et 2020), traduit de l’anglais (Canada) par Mikael Cabon.

Killing me softly

Peut-on rire de la pédophilie ? Avec Jacky Schwartzmann oui, on peut rire de tout : Killing me softly.

Madjid Müller est tueur à gage. Il faut dire qu’il a une histoire familiale qui le prédisposait à la violence. Un grand-père nazi, un père anarchiste et une mère au FLN qui ont été tués lors d’un braquage alors qu’ils faisaient partie d’Action Directe, élevé par un oncle truand … Donc Majid est tueur à gage. Son prochain contrat est un peu bizarre. Il faut éliminer un pédophile, OK. Mais le client, victime du vieux pourri, veut assister au meurtre et lui couper la bite (c’est stipulé comme ça dans le contrat).

Comme il y a un gros bonus, Majid accepte. Et bien entendu, comme il le craignait dès le début, tout va partir en sucette.

Du pur Jacky Schwartzmann. Déjanté, original et drôle. Ça commence fort et classique pour présenter Madjid qui va œuvrer lors d’un festival de rock, ça continue avec une incursion dans une maison de retraite avec le client qui se révèle aussi pénible que prévu, et ça se poursuit pied au plancher. Avec quelques belles surprises et beaucoup d’éclats de rire. Jusqu’à une excellente fin qui prouve que Madjid est aussi un très bon père. Le tout en moins de 200 pages.

Le bon titre pour se remettre de la lecture du dernier Benjamin Dierstein et bien commencer une année qui, comme je le disais il y a quelques jours avec un talent de voyance qui m’épate moi-même, particulièrement merdique.

Jacky Schwartzmann / Killing me softly, La manufacture des livres (2026).

14 juillet

C’est un des romans très attendus de ce début d’année, la conclusion de la trilogie de Benjamin Dierstein : 14 juillet.

Juillet 1982 – juillet 1984. L’état de grâce des socialistes n’a pas duré très longtemps. Les attentats se multiplient, à Paris et en Corse. Jacquie Lienard va monter très vite très haut, tout près du Président, dans la cellule anti-terroriste ; Marco Paolini à la DST perd ses illusions les unes après les autres ; Gourv vit caché dans le maquis corse, auprès des indépendantistes et des truands de la Brise de mer ; et Vauthier continue à vendre de la came et à exploiter ses boites de nuit. Au Liban tout va de mal en pis, Mitterrand, Pasqua, Le Pen, Jacques Vergès, Carlos, Prouteau … magouillent chacun de son côté. C’est parti pour le bouquet final.

Voici donc les 800 dernières pages, conclusion d’un roman unique, coupé en trois pour des raisons évidentes d’édition, et pour épargner les petits bras des lecteurs. Mais ce sont bien les 800 dernières d’un seul et même roman qui s’achève ici en juillet 1984.

Toujours la même efficacité, le même mélange virtuose entre personnages réels et personnages fictifs, la même précision dans la description de la vie politique française et internationale. Toujours ces dialogues retranscrits qui amènent parfois un peu d’humour dans un portrait bien sombre.

De Paris au Liban, en passant par la Corse préparez vous à suivre pour une dernière fois nos quatre personnages, n’attendez pas trop de happy end, et sachez qu’à la fin, la boucle est bouclée, que les mystères sont levés, même ceux qui ouvrent le premier tome de la trilogie.

Je n’en dis pas plus, précipitez-vous, vous avez là de quoi commencer l’année avec un véritable feu d’artifice, la moindre des choses avec un tel titre.

Magistral et magnifique.

Benjamin Dierstein  / 14 juillet, Flammarion (2026).

L’autre enquête

Début d’année norvégien avec L’autre enquête de Jørn Lier Horst.

Juste après avoir annoncé en ligne qu’elle avait trouvé des indices importants, une jeune femme norvégienne qui participe à un forum international qui enquête sur le meurtre non résolu d’une australienne sur la côte catalane espagnole, disparaît et ne donne plus de nouvelles. Inquiète, la responsable du forum alerte les autorités norvégiennes, et ça tombe sur William Wisting.

Celui-ci découvre alors ces internautes qui se prennent pour des privés et enquêtent sur internet. Peu de jours plus tard, une camionnette est signalée, abandonnée et couverte de neige. Il se trouve qu’elle appartient à la famille de l’internaute. Sa disparition devient alors plus inquiétante. Les deux enquêtes seraient-elles liées ?

Alors que je n’en avais pas entendu parler il y a 3 mois, voilà le second polar que je lis qui tourne autour de ces forums où les internautes tentent de résoudre des meurtres non élucidés par la police. Si Jørn Lier Horst insiste moins que Frédéric Andrei sur les risques de cette pratique, il en pointe également les dérives.

Sinon on est toujours dans la qualité scandinave, du procédural solide, bien ficelé, bien écrit, bien construit. On continue à suivre la vie de William Wisting et de sa fille Line, et on fait cette fois une incursion en Espagne où le policier va être amené à poursuivre son enquête.

Sans être révolutionnaire, du beau boulot pour un polar que l’on lit avec beaucoup de plaisir, comme tous ceux de la série.

Jørn Lier Horst / L’autre enquête (Grenseløs, 2021), Série Noire (2026), traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier.

Les acharnés

C’est bientôt Noël, alors je me suis fait un cadeau en avance, et je peux vous aider à vos choix s’il vous en reste à faire : tout ce qui est signé Ed Brubaker (scénario) et Sean Phillips (dessin). Là je suis tombé sur de nouveaux épisodes de l’univers de Criminal : Les acharnés.

On se retrouve donc dans l’univers de Criminal, avec certains personnages croisés au fil des histoires. Jacob Kurtz, dessinateur de BD assez obscur est appelé à Hollywood, un producteur veut adapter sa BD pour en faire une série … Qui bien entendu n’aura rien à voir avec ce qu’il dessine et invente. Et il va s’y casser les dents.

Et il y a Angie, une jeune femme, ou grande ado, à la dérive, qui va venir habiter chez lui. Et il y a l’Undertown, le bar où les truands vont boire un coup, où Angie et Jacob ont, ou ont eu leurs habitudes. Il y a aussi de vieux films, des pourris, des vengeances …

C’est superbe, l’histoire vous attrape dès les premières cases, les personnages sont inoubliables, les dessins rendent parfaitement l’ambiance de films noirs auxquels les auteurs rendent hommage.

Et ça m’a donné envie de relire toute la série Reckless. C’est tout aussi génial, on retrouve des thématiques communes, l’empathie pour ceux qui vivent en marge, des victimes qui se rebellent, l’amour du cinéma et des vieux films, de très belles histoires d’amitié. Et toujours cette superbe esthétique de films noirs.

Il y a maintenant 5 volumes autour de ce personnage, tous se lisent séparément, tous sont magnifiques. Voilà si vous étiez à court d’idée, parfait pour tout amateur de polars et de BD.

Ed Brubaker (scénario) et Sean Phillips (dessin) / Les acharnés, Delcourt (2025), traduit de l’anglais (USA) par Alex Nikolavitch.

Ed Brubaker (scénario) et Sean Phillips (dessin) / Reckless Tomes 4 et 5, Delcourt, traduit de l’anglais (USA) par Alex Nikolavitch.

la solitude est un cercueil de verre

Une réédition intéressante et surtout originale : La solitude est un cercueil de verre de Ray Bradbury.

Venice, Californie, en hiver. La station balnéaire et sa fête foraine sont dans les mains des démolisseurs qui vont tout abattre pour moderniser. Le narrateur, un jeune auteur en quête du premier succès, survit difficilement quand il arrive à vendre une de ses nouvelles.

Alors que le brouillard recouvre la ville, les habitants qu’il fréquente, tous plus étranges et paumés l’un que l’autre, commencent à mourir, apparemment de mort naturelle. Mais lui est persuadé d’avoir entendu l’assassin et, aidé d’un flic qui lui aussi veut devenir écrivain, et d’une ancienne star du muet il va commencer à enquêter dans une ambiance de plus en plus brumeuse et inquiétante.

Etrange roman. Un roman d’atmosphère au décor de vieille fête foraine à moitié démolie noyée dans le brouillard très cinématographique. Un décor également en accord parfait avec l’ambiance onirique du récit.

Il faut accepter de se perdre, apprécier les portraits des différents protagonistes. Il faut accepter de ne pas tout comprendre tout le temps, prendre comme elles viennent des digressions poétiques. Passer d’un jardin où retentissent des rugissements de lions, à une sorte de château envahi de coussins. Passer du temps avec un coiffeur qui se rêvait pianiste, avec une ex cantatrice obèse qui ne bouge plus de son fauteuil, avec trois papis assis à un arrêt de bus promis à la démolition.

Cela peut être déstabilisant au début, mais une fois qu’on se laisse prendre au rythme, aux images, à la poésie, à l’étrangeté de ce monde, on se laisse gagner par une émotion douce-amère. Un beau roman pour lecteur curieux.

Ray Bradbury / La solitude est un cercueil de verre (Death is a lonly business, 1985), Denoël / Sueurs froides (2025), traduit de l’anglais (USA) par Emmanuel Jouanne.

Cuirassés

Une nouvelle novella d’Adrian Tchaikovsky, ça ne se rate pas : Cuirassés.

Dans un futur plus ou moins proche. Les territoires du Nord de l’Europe sont devenus socialistes. Le reste de l’Europe et les USA restent résolument capitalistes, et bien religieux. Et ils se font la guerre. A moins que la guerre ne soit menée en fait par les grandes sociétés privées qui gouvernent le monde. Tout ça en envoyant de pauvres couillons mourir pour elles.

Les Héritiers, fils des grandes familles, ne veulent pas que seuls les pauvres s’amusent. Alors revêtus de cuirasses indestructibles bardées du haut du panier de la technologie ils vont sur les champs de bataille massacrer du pouilleux. Puis rentrent chez eux, bien tranquilles.

Mais là, un Héritier manque à l’appel, disparu quelque part en Suède. Le sergent Ted Regan, de la 203° va recevoir pour mission d’aller le récupérer avec un petit groupe, en plein territoire ennemi. Même aidé de deux soldats d’une armée privée, équipés du nec plus ultra de la techno, ça ressemble à une mission suicide.

Voilà une novella qui se lit d’une traite. L’auteur arrive, en moins de 150 pages, à multiplier les coups de théâtre et les scènes de batailles. Il le fait avec un beau sens de la narration qui fait qu’il est très difficile de lâcher le bouquin. Rien que pour ça je le conseille.

Et puis son anticipation de ce futur, pas bien lointain, n’est pas si extravagante que ça. Privatisation d’une bonne partie des armées ; cynisme chaque fois plus marqué de grosses firmes qui envoie au casse-pipe des pauvres bougres sous prétexte de luttes politiques ou religieuses alors qu’il est surtout question de gros sous, de matériel de guerre à fourguer, ou de territoires commerciaux à gagner ; arrogance des quelques milliardaires et leur descendance … Les gadgets sont futuristes, le fond de l’affaire est intemporel.

Bref encore un vraie réussite de cette belle collection.

Adrian Tchaikovsky / Cuirassés (Ironclads, 2008), Le Belial / Une heure lumière (2025), traduit de l’anglais par Laurent Queyssi.

Morning Star

C’est toujours un plaisir de retrouver Walt Longmire de Craig Johnson. Il enquête cette fois dans la réserve Cheyenne dans Morning Star.

Lolo Long, chef de la police de la réserve Cheyenne du Wyoming appelle Walt Longmire : Sa nièce Jaya Long, star de l’équipe de basket du lycée de la réserve, reçoit depuis quelques jours des menaces de mort. Certes Jaya a un caractère de cochon, mais comme sa sœur Jeannie a disparu un an auparavant, la chef ne veut pas prendre de risque.

Aidé de son ami Standing Bear et du Chien, Walt va tenter de comprendre ce qu’il se passe autour de la famille de la jeune fille. Et mettre les pieds dans un sacré pétrin.

Craig Johnson n’est certainement pas un auteur qui a, ou va, révolutionner le roman noir, ou la littérature, mais c’est un sacré conteur. Et c’est vérifié une fois de plus. Impossible de lâcher le roman. Je l’ai lu en moins de deux jours en grappillant ici et là toutes les minutes de lecture que j’ai pu voler.

Comme évoqué dans une autre chronique, c’est l’effet pistache à l’apéro. Je finissais un chapitre et je me disais, allez, juste un dernier … jusqu’à la fin du dernier qui du coup devenait l’avant-dernier etc … Vous voyez ? C’est pas terrible pour avoir une bonne nuit de sommeil.

Cette fois, l’auteur a particulièrement bien réussi sa recette : une forte présence de Henry Standing Bear, un personnage qu’il est si facile d’adorer ; quelques personnages secondaires très réussis, comme Jaya Long et sa tante ; ce qu’il faut d’épices fantastiques ; une bonne louche d’histoire des Cheyennes ; et la dernière touche, pour relever le tout légèrement, la présence en fin de volume de Vic. Laissez mijoter à feu doux, puis montez le feu en fin de roman et servez chaud.

Bref un vrai régal, avec une fin ouverte qui introduit déjà le prochain volume.

Craig Johnson / Morning Star (Daughter of the Morning Star, 2021), Gallmeister (2025), traduit de l’anglais (USA) par Sophie Aslanides.

Le Père Porcher

Les Disque-Monde c’est comme les pistaches à l’apéro, difficile de s’arrêter à une, donc j’en ai lu un second en suivant : Le père Porcher, toujours de Terry Pratchett bien entendu.

C’est la nuit du Père Porcher, il neige, c’est beau, les enfants ont du mal à s’endormir, dans certaines maisons on met les petits plats dans les grands, ailleurs on crève de faim comme tous les jours. Et sur son traineau tiré par 4 cochons roses, le Père Porcher avec son lutin et sa liste fait le tour des cheminées.

Mais attendez, il est bizarre cette année le Père Porcher, il a beaucoup maigri, sa barbe blanche penche un peu et surtout IL PARLE COMME CA, ce qui fait un peu peur. Car oui, il a un remplaçant, parce qu’il a disparu, et si les enfants cessent d’y croire, il disparaitra pour de bon et peut-être que le soleil ne se lèvera pas demain. Alors oui, la Mort, et même sa petite fille Suzanne vont devoir donner un sacré coup de main.

Malgré la présence géniale d’un de mes personnages préférés de la série, à savoir la Mort, ce n’est pas le meilleur volume. La faute à une intrigue assez tarabiscotée pas toujours totalement maîtrisée à mon humble avis.

Mais ne pas être le meilleur volume de cette série unique vous laisse quand même sur le très haut du panier. Avec quelques scènes absolument inoubliables, dont deux en particulier : la présence de Mort dans un grand magasin, avec sa barbe et se « HO, HO, HO » pour le plus grand plaisir un peu inquiet des enfants, et la plus grande panique des parents et du propriétaire, et la confection d’un remède anti gueule de bois par les mages.

Et la Mort est sans doute l’un des personnages les plus sympathique dans sa tentative désespérée de comprendre les humains, avec un sens de l’égalité qui fait plaisir à voir. Source de beaucoup de sourires, rires et de quelques réflexions.

Et puis il y a ces dialogues et ces notes de bas de page qui moi me font beaucoup rire, et réfléchir :

Discussion entre les mages :

  • « Il y a l’inscription, Ridculle, dit le doyen. Vous l’avez lue, je présume. Vous savez ? Celle qui dit « N’ouvrez cette porte sous aucun prétexte » ?
  • Evidemment que je l’ai lue, répliqua Ridculle. Pourquoi j’veux qu’on l’ouvre d’après vous ?
  • Euh … pourquoi, fit l’assistant des runes modernes.
  • Pour voir pourquoi on voulait qu’elle reste fermée tiens » *.

Note en bas de page : Cette discussion contient presque tout ce qu’il faut savoir de la civilisation humaine. Du moins de tous ses vestiges aujourd’hui engloutis, enceints d’une clôture ou encore fumants. »

Voilà, vive la Mort ! Vive la nuit du Porcher ! Vive le Disque-Monde ! et Vive Pratchett !

Terry Pratchett / Le père Porcher (Hogfather, 1996), L’Atalante / La dentelle du cygne (2002), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Pieds d’argile

J’avais envie d’un avant-goût de vacances, une sorte d’apéro, et quoi de mieux que de reprendre ma relecture des Annales du Disque-monde du génial Terry Pratchett ? Nous revoilà en ville avec le Guet : Pieds d’argile.

Nous sommes dans La Ville, Ankh-Morpork. Deux vieux a priori inoffensifs ont été assassinés. Le brouillard hivernal est tombé sur la ville. Et Vétérini le … Le quoi ? Le maire ? Le patron, enfin celui qui commande semble malade, comme s’il était victime d’une tentative d’empoisonnement. Détail étonnant, les golems, ces êtres d’argile qui travaillent sans cesse demandent tous des congés pour une fête religieuse.

De quoi faire tourner le ciboulot des agents du Guet. De leur chef Vimaire, aux simples agents en passant par le capitaine Carotte, Angua, sa copine qu’il vaut mieux éviter de fâcher, surtout quand approche la pleine lune, les inénarrables Colon et Chique et tous les autres.

Terry Pratchett est grand, et Pieds d’Argile est un des très grands volumes de la collection. Où il s’amuse avec les clichés et les références avec une maestria confondante. Les romans policiers procéduraux, le 87° District en tête, les légendes anciennes sur le golem, les films d’horreur, Terminator … Et toutes celles que je n’ai pas vu.

Toutes ces références passent à la moulinette du Disque monde, ce qui fait que j’ai éclaté de rire 3 fois dans les 20 premières pages. Ce qui n’empêche pas de réfléchir et de pointer du doigt ce qui l’insupporte le plus. A savoir l’arrogance des plus riches, leur mépris pour ceux qui n’appartiennent pas à leur classe, mais aussi leur aveuglement et leur stupidité. Et une belle réflexion sur la liberté, celle que l’on gagne, comment on la gagne, mais aussi celle qui fait peur.

C’est extrêmement drôle, c’est prenant, c’est intelligent, c’est pertinent, c’est original, c’est émouvant, c’est Terry Pratchett.

Terry Pratchett / Pieds d’argile (Feet of clay, 1996), L’Atalante / La dentelle du cygne (2002), traduit de l’anglais par Patrick Couton.