Archives du mot-clé guerre

Cuirassés

Une nouvelle novella d’Adrian Tchaikovsky, ça ne se rate pas : Cuirassés.

Dans un futur plus ou moins proche. Les territoires du Nord de l’Europe sont devenus socialistes. Le reste de l’Europe et les USA restent résolument capitalistes, et bien religieux. Et ils se font la guerre. A moins que la guerre ne soit menée en fait par les grandes sociétés privées qui gouvernent le monde. Tout ça en envoyant de pauvres couillons mourir pour elles.

Les Héritiers, fils des grandes familles, ne veulent pas que seuls les pauvres s’amusent. Alors revêtus de cuirasses indestructibles bardées du haut du panier de la technologie ils vont sur les champs de bataille massacrer du pouilleux. Puis rentrent chez eux, bien tranquilles.

Mais là, un Héritier manque à l’appel, disparu quelque part en Suède. Le sergent Ted Regan, de la 203° va recevoir pour mission d’aller le récupérer avec un petit groupe, en plein territoire ennemi. Même aidé de deux soldats d’une armée privée, équipés du nec plus ultra de la techno, ça ressemble à une mission suicide.

Voilà une novella qui se lit d’une traite. L’auteur arrive, en moins de 150 pages, à multiplier les coups de théâtre et les scènes de batailles. Il le fait avec un beau sens de la narration qui fait qu’il est très difficile de lâcher le bouquin. Rien que pour ça je le conseille.

Et puis son anticipation de ce futur, pas bien lointain, n’est pas si extravagante que ça. Privatisation d’une bonne partie des armées ; cynisme chaque fois plus marqué de grosses firmes qui envoie au casse-pipe des pauvres bougres sous prétexte de luttes politiques ou religieuses alors qu’il est surtout question de gros sous, de matériel de guerre à fourguer, ou de territoires commerciaux à gagner ; arrogance des quelques milliardaires et leur descendance … Les gadgets sont futuristes, le fond de l’affaire est intemporel.

Bref encore un vraie réussite de cette belle collection.

Adrian Tchaikovsky / Cuirassés (Ironclads, 2008), Le Belial / Une heure lumière (2025), traduit de l’anglais par Laurent Queyssi.

Au ras du sol

En attendant un nouveau polar, voilà le journal en temps de guerre de Dror Mishani : Au ras du sol.

Le 7 octobre 2023, Dror Mishani était à Toulouse pour le festival Toulouse Polars du Sud. C’est là qu’il a suivi, tout au long de la journée, les événements. Il décide tout de suite de tenir un journal jusqu’au 10 mars 2024. Journal tout d’abord traduit en allemand, puis en français. Un journal où il fait part de son horreur, de son effroi, des incompréhensions avec son entourage, lui qui dès début octobre faisait publier un article appelant à renoncer à toute forme de vengeance.

Un journal qui se conclue ainsi dans l’épilogue : « Il contemple les ruines du bâtiment désert qui se dessinent à sa fenêtre, lutte contre le désespoir, se demande si cela sert à quelque chose de se préoccuper de littérature en un tel moment et ne trouve qu’une seule réponse : oui. »

Dror Mishani était donc chez nous le 7 octobre 2023, nous avions passé une excellente soirée le 6, et je l’avais abordé avec un grand sourire le samedi matin en arrivant tôt sur le site du festival pour lui demander si tout allait bien. Mais tout n’allait pas bien … Il avait été d’une immense gentillesse durant tout le festival, avait participé aux tables rondes, signé des livres, malgré son angoisse et son désarroi.

Ce sont toutes ses qualités, son empathie, son humanité, sa culture que l’on retrouve tout au long de ce journal, éprouvant et passionnant. Ainsi que la qualité de son écriture que connaissent déjà les lecteurs de sa série policière. Il s’y interroge sur l’avenir d’un pays entièrement tourné vers la vengeance, sur celui de ses enfants, sur la place de la littérature dans ces moments-là … Malheureusement il y a très peu de Dror Mishani au gouvernement israélien, chez les dirigeants du Hamas, ou chez les politiques un peu partout dans le monde, y compris chez nous, et c’est bien dommage, tout serait beaucoup plus beau, paisible et agréable.

Nous aurons le plaisir de l’accueillir en octobre prochain pour la prochaine édition de TPS.

Dror Mishani  / Au ras du sol (Unheroic war diary, 2024), Gallimard (2025), traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz.

L’italien

Cela faisait une éternité que je n’avais pas lu de roman d’Arturo Pérez-Reverte, j’ai lu le dernier, L’italien.

Seconde guerre mondiale. Elena Arbués est une jeune veuve, libraire à Algesiras, juste à côté du rocher de Gibraltar. Son mari, un marin espagnol, a été tué par les bombardements anglais sur la flotte française à Mers el-Kébir. Dommage collatéral. Un matin en se promenant sur la plage avec son chien Argos elle découvre un homme évanoui sur la plage. Il porte une combinaison en caoutchouc noire. Elle le traine jusque chez elle, et quand il se réveille, sur sa demande, appelle un numéro. Deux hommes viennent alors le chercher.

Des années plus tard, en 1981, un journaliste veut écrire un roman sur les opérations de sabotage menées par des plongeurs de combat italiens durant la seconde guerre mondiale. Il va pour ça interroger, entre autres, Elena, libraire depuis trente-cinq ans à Venise.

Arturo Pérez-Reverte sait raconter une histoire, ce n’est pas une découverte. Et sait mettre en scène des héros, des vrais. Donc si vous cherchez une belle histoire d’amour, d’aventure et de guerre, avec des personnages dignes d’un film hollywoodien des années 50, style Ingrid Bergman et Humphrey Bogart, L’italien est pour vous.

En prime, vous en apprendrez sans doute beaucoup sur ces plongeurs de combat italiens dont je n’avais jamais entendu parler. J’ai quand même une petite réserve : Tout cela est trop lisse, les personnages sont trop parfaits, trop « à l’ancienne », et la première moitié du livre qui met en place les personnages et l’enquête du journaliste est un peu lente à mon goût. Mais la tension de la seconde moitié et de la fin rattrape cet inconvénient. A vous de vous faire une idée.

Arturo Pérez-Reverte / L’italien, (El italiano, 2021), Gallimard (2024), traduit de l’espagnol par Robert Amutio.

Les dames de guerre : Saïgon

Avec Les dames de guerre, Saïgon Laurent Guillaume entame une trilogie.

Indochine 1953, la guerre est perdue pour la France, même si ce n’est pas encore officiel. Brémond, officier français et ses hommes mènent des opérations plus ou moins officielles appuyés par des Hmongs près de la frontière avec le Laos et la Birmanie. C’est en l’accompagnant lors d’une de ces opérations que le photographe de Life Robert Kovacks perd la vie.

A New York c’est la consternation, Kovacks était une légende. C’est finalement Elizabeth Cole, photographe mondaine qui s’ennuie dans son mariage qui part le remplacer. Sans savoir qu’elle va se trouver dans un nœud d’intrigues impliquant les services secrets français, anglais, américains et chinois, sans compter les différentes factions et mafias locales.

Vous voulez un bon dépaysement avec de l’espionnage, de l’action de l’aventure et de l’Histoire ? Ne cherchez plus vous avez trouvé. Laurent Guillaume s’est de toute évidence amusé à écrire ce grand spectacle en cinémascope.

Donc n’hésitez pas, plongez, d’autant, que comme le dit l’un des personnages, les français (moi compris) ignorent totalement ce pan de leur histoire. Autant on a lu et vu beaucoup d’ouvrages sur la guerre d’Algérie, autant la guerre d’Indochine est complètement passée à l’as.

Et là l’auteur nous y plonge en plein avec de l’aventure, une histoire d’amour, de beaux personnages, des ambiances parfaitement décrites, de la baston, du sang, des larmes, et des personnages émouvants plus grands que nature.

Laurent Guillaume / Les dames de guerre, Saïgon, Robert Laffont (2024).

Le fils du père

Victor Del Arbol n’en finit pas de fouiller dans les traumatismes historiques de la société espagnole, dernier roman en date Le fils du père.

Diego est en prison, en attente de son procès. Un procès pour lequel il plaide coupable, il a torturé un homme pendant trois jours avant de la tuer. Comment ce professeur de littérature de Barcelone, installé, a pu en arriver à de telles extrémités. Nous allons remonter deux générations, dans un village d’Extremadura, à la fin de la guerre civile dans une famille brisée où la violence subie dans un premier temps se transmets de père en fils. Sans oublier les mères …

Dès son premier roman traduit, La tristesse du samouraï, Victor del Arbol est devenu un auteur marquant dont on attend avec impatience tout nouveau roman. Il a depuis acquis une réputation plus que méritée de grand d’Espagne. Une fois de plus, attendez-vous à être sacrément secoués par Le fils du père.

On retrouve des constantes de l’œuvre de l’auteur : explorer l’histoire du XX° siècle de l’Espagne, dans ce qu’elle a de plus sombre au travers de destins individuels. Ici nous suivrons des soldats engagés auprès des forces nazies dans la campagne de Russie, d’autres dans les casernes d’occupation du Sahara occidental, nous verrons les familles se déchirer à la fin de la guerre civile.

Il sera question du rôle trouble de l’église et de la vie dans une campagne où le gros propriétaire local a des droits quasis féodaux. Il sera question de l’impossibilité d’échapper à son passé, de la violence qui engendre la violence, de victimes qui deviennent bourreaux.

Tout cela au travers d’une trame magistralement répartie entre différents lieux et époques, différents protagonistes, avec des personnages torturés et magnifiques pour en arriver, à la toute fin, au point de départ, comment un professeur d’université se retrouve là où est Diego.

Encore une superbe réussite, sombre, âpre et bouleversante.

Victor Del Arbol /Le fils du père, (El hijo del padre, 2021), Actes Sud (2023) traduit de l’espagnol par Claude Bleton et Emilie Fernandez.

Le tournoi des ombres

Ce n’est que le second roman que je lis de Jean-Pierre Perrin, et c’est une nouvelle claque. Direction l’Afghanistan avec Le tournoi des ombres.

Charles, ancien commando longtemps en poste en Afghanistan, ancien proche de Massoud, s’est retiré en Bourgogne où il commence à faire du vin. Il est contacté par Judith, une romancière à succès qui veut écrire un livre sur l’épopée d’Alexandre le Grand dans ce pays, en prenant le point de vue de Roxane, la femme qu’il y a épousée. Elle lui demande de l’accompagner, pour la guider et la protéger, moyennant finances bien entendu. Charles accepte, chacun a ses raisons cachées.

Judith veut venger son ancien amant, flic de l’antiterrorisme qui s’est suicidé. L’homme responsable de son suicide serait dans ce pays. Quant à Charles, il a encore des comptes à régler avec un ancien criminel de guerre de l’époque de l’occupation soviétique. Leur voyage dans un pays en plein chaos les amènera à croiser la route d’un étudiant français à la recherche d’un manuscrit rare.

Premier choc dès la première phrase, une écriture superbe. La bise bourguignonne, le vent sur une passe en Afghanistan, et on est happé par le récit qui débute. Et ce n’est que le début. On est ensuite embarqués, à la suite de Charles et Judith dans un monde chaotique, à la fois magnifique, fascinant et dévasté par la guerre et l’absurdité.

Magnifique roman d’aventure au souffle puissant, des personnages inoubliables et une écriture qui fait défiler sous vos yeux émerveillés des paysages incroyables. Plaqué sur ce décor magistral, une situation humaine insupportable, dont on sent qu’avec la montée en puissance des talibans elle ne pourra qu’empirer. Une érudition constante qui ne se fait jamais pédante, une construction narrative prenante, un véritable talent pour les scènes d’action, et la montée de la tension vers un final époustouflant.

Il n’est peut-être pas nécessaire que j’en rajoute, j’espère que vous êtes convaincus, précipitez-vous sur Le tournoi des ombres.

Jean-Pierre Perrin / Le tournoi des ombres, Rivages (2023).

Le dernier afghan

Les polars russes sont rares par ici. Malheureusement, je n’ai pas été convaincu par Le dernier Afghan d’Alexeï Ivanov.

Guerman, dit l’allemand, chauffeur pour le compte de Chtchébétovski qui possède une bonne partie de la ville de Batouïev décide de changer de vie, pour lui, mais surtout pour son amante Tatiana. Il braque le camion contenant la recette du centre commercial qu’ils acheminent, lui et d’autres Afghans, anciens de l’Afghanistan. L’enjeu sera maintenant de rester en vie et de pouvoir disposer de l’argent.

Sur cet événement symbolique s’achève définitivement la fraternité des anciens combattants, ces jeunes considérés comme des brutes, que le flamboyant Sergueï Likholiétov avait organisés en une union qui avait mis la ville à leurs pieds au début des années 1990.

Dommage que ce roman souffre, à mon goût, de trop de longueurs. Parce qu’il commence très bien avec un récit de braquage parfaitement mené. Parce que ce qu’il raconte est intéressant et complètement nouveau pour le lecteur français qui ne sait rien de la vie de ces soldats revenus d’Afghanistan. Autant côté américain les lecteurs de polars sont familiers des privés, flics ou braqueurs anciens du Vietnam, puis d’Irak ou toute autre guerre américaine, autant on avait ici peu d’équivalent sur le pendant russe. Parce que certaines scènes sont particulièrement réussies, comme le récit de la guerre de Guerman et Sergueï, l’installation des Afghans dans des immeubles réquisitionnés ou les guerres de gangs à Batouïev.

Mais il y a beaucoup trop de longueurs, de chapitres s’attardant sur les vies des différents protagonistes qui n’apportent rien et trainent, trainent … Et plus on avance dans les plus de 600 pages du roman, plus ces longueurs deviennent lourdes, pénibles à la lecture, incitant à sauter allègrement quelques paragraphes pour aller voir comment tout cela va finir.

Dommage, je pense que j’aurais trouvé ce roman passionnant s’il avait été resserré, amputé de 200 bonnes pages. Là, au final, malgré les bons moments, c’est l’impression de lassitude, et l’envie d’en finir qui restent à la fin de la lecture.

Alexeï Ivanov / Le dernier Afghan, (HEHACTbE, 2015), Rivages / Noir (2021) traduit du russe par Raphaëlle Pache.

Le cercueil de Job

Je suis passé à côté des deux premiers romans traduits de l’américain Lance Weller. A la lecture du dernier, Le cercueil de Job, je me dis que j’ai bien eu tort.

Nous sommes au Tennessee en pleine guerre de Sécession. Bell Hood, jeune esclave en fuite tente de gagner une terre sure. Mais la route est plus que périlleuse, entre les chasseurs d’esclaves et les deux armées. Quelque part, pas très loin, Jeremiah Hoke est soldat confédéré par hasard et loin d’être convaincu par les valeurs défendues par ses compagnons d’arme. Quand il se réveille mutilé après une bataille particulièrement sanglante, il décide de quitter l’armée sudiste. Commence alors pour lui une longue errance sur une terre qui ressemble de plus en plus à l’enfer intérieur qu’il vit, hanté par ce qu’il a vu et fait.

Préparez-vous à une lecture parfois éprouvante. Le pays est sombre, les batailles sont d’abominables boucheries vécues au plus près des personnages qui tuent et qui souffrent, bien loin des manœuvres des grands stratèges, l’esclavage est décrit dans toute son horreur. Et pourtant.

Et pourtant on s’attache à Jeremiah Hoke, on comprend son parcours on souffre avec lui, on est témoins de ses doutes. On suit avec un des compagnons de Bell les premiers contacts avec la liberté et avec l’art. Et il y a surtout Bell Hood, lumineuse, qui change ceux qui l’approchent et qui illumine le roman de son éclat.

C’est dense, puissant, tour à tour lyrique, poétique, intime. Un magnifique roman qui raconte un moment fondateur de l’Amérique.

Lance Weller / Le cercueil de Job, (Job’s coffin, 2021), Gallmeister (2021) traduit de l’anglais (USA) par François Happe.

Avant les années terribles

Le dernier roman de Victor del Arbol, Avant les années terribles est publié dans la collection « blanche » d’actes sud. Détail, c’est toujours un excellent roman noir.

Isaïe vit à Barcelone. Il arrivé en Espagne à 17 ans, il est marié et Lucia son épouse attend un enfant. Une vie parfaite. Jusqu’à ce qu’un fantôme de son passé vienne à la porte de son atelier de réparation de vélos. Enmanuel K. fait aujourd’hui partie d’une commission de réconciliation dans leur pays d’origine l’Ouganda. Une apparition qui va obliger Isaïe à retourner dans ce pays où il a connu, et commis, les pires horreurs.

Attention, fini la légèreté et le sourire, avec les romans à venir j’attaque une série éprouvante avec ce roman. On se doute bien à la lecture du résumé ou de la quatrième, que le sujet des enfants soldats n’est pas de ceux qui prêtent à rire ou sourire.

Victor del Arbol le traite à sa manière, toujours humaine, avec sa façon de faire vivre aux lecteurs l’Histoire au travers d’histoires humaines, l’Histoire par les histoires. Et l’on retrouve son humanité, son refus permanent du manichéisme et de la simplification facile et confortable qui verrait s’affronter le bien et le mal.

Pas de chevalier blanc, pas de monstre non plus, mais l’interrogation permanente du lecteur : Comment aurais-je pu survivre à cela ? et comment aurais-je réagi ? Ajoutez la thématique très importante chez lui de la mémoire, et de la façon dont nous-même, falsifions notre propre mémoire, nos propres souvenirs pour les rendre plus acceptables.

Une fois de plus, au travers d’un récit parfaitement maîtrisé et de personnages complexes et attachants Victor del Arbol éclaire un pan de notre histoire récente et nous amène à réfléchir. A lire donc.

Victor del Arbol / Avant les années terribles, (Ante de los años terribles, 2019), Actes Sud (2021) traduit de l’espagnol par Claude Bleton.

Noir d’Espagne

Philippe Huet poursuit sa chronique havraise du début du XX° siècle, mais fait cette fois un détour par l’Espagne en guerre avec Noir d’Espagne.

Sur les docks du Havre Marcel Bailleul sombre dans la dépression depuis l’assassinat de son père Victor. Seule la révélation que l’assassin, ancien soldat proche des croix de feu, est parti s’engager dans la légion Jeanne-d ’Arc auprès des franquistes le réveille. Il n’a plus qu’une idée en tête, partir dans les brigades internationales et le retrouver.

Louis-Albert Fournier, journaliste au « Populaire » rêve lui aussi de partir en Espagne, il se voit grand reporter. Son rêve va devenir réalité.

Des rêves ou des désirs qui vont se fracasser sur l’horreur du siège de Madrid, alors qu’au Havre, discrètement, la famille Hottenberg règne toujours en maître.

Cette série de Philippe Huet c’est du roman noir social à l’ancienne, solide, documenté, construit sur des personnages incarnés. Avec un vrai talent pour décrire des lieux et des atmosphères, que l’on soit dans les grandes demeures de la bourgeoisie havraise, dans un troquet de dockers ou dans le chaos sanglant de la guerre d’Espagne.

On a beau avoir lu tant et tant de romans sur ce conflit, la triple vision proposée ici – côté franquiste – côté brigades internationales avec la guerre interne entre communistes et anarchistes – et pour compléter un journaliste qui voudrait bien être aussi grand que les Kessel ou Hemingway – n’en est pas moins passionnante.

Pendant ce temps au Havre on voit comment, malgré les luttes, pas grand-chose ne change et la grande bourgeoisie capitaliste comprend l’importance d’acheter les media.

Le tout en racontant l’Histoire au travers des histoires individuelles de personnages attachants. Un roman indispensable pour tout amateur de roman noir social.

Philippe Huet / Noir d’Espagne, Rivages/Noir (2021).