Archives pour la catégorie Cinéma

My name is Inigo Montoya …

Une mauvaise nouvelle cette semaine, la mort d’un réalisateur assez sous-estimé (à mon goût), qui sans être un génie du cinéma m’a fait passer certains de mes meilleurs moments devant un écran : Rob Reiner.

Des moments excellents que j’ai pu de plus partager avec mes gamins. Avec une mention spéciale à Princess Bride, vu lors de sa sortie, et qu’on a vu et revu en DvD avec mes enfants. Et quand je dis vu et revu, cela dépasse sans problème la quinzaine de fois.

Et puis la douce nostalgie de Stand by me, les éclats de rire de Spinal Tap, le numéro de cabots géniaux de Nicholson et Freeman dans Sans plus attendre, l’abominable infirmière de Misery et bien entendu la scène mythique du restaurant de Quand Harry rencontre Sally.

J’ai lu qu’il y avait un Spinal Tap II qui était sorti cette année, si quelqu’un sait comment on peut le voir, ce sera le meilleur hommage à lui rendre. Merci pour tout.

Du pur bonheur de cinéma

Il y a quelques jours, j’étais allé voir un film très chiant, sur un père cherchant sa fille, à savoir Sirat. Hier je suis allé voir un film jubilatoire sur un père cherchant sa fille : Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson, avec un trio d’acteurs monstrueux, Sean Penn, Benicio del Toro et Leonardo DiCaprio accompagnés de deux actrices que je ne connaissais pas et qui leur tiennent tête (ce qui n’est pas rien), Teyana Taylor et Chase Infiniti.

Bob (DiCaprio) et Perfidia (Taylor) font partie d’un groupe de évolutionnaires qui braquent des banques et libèrent les migrants enfermés dans des cages. Ils ont une fille, Willa, mais Perfidia se sent plus révolutionnaire que mère et se casse. Je passe sur les détails, 16 ans plus tard, Bob complètement parano et stone (il abuse pas mal de l’alcool et de la fumette) est planqué dans la cambrouse avec sa fille quand Steven J. Lokjaw, un militaire très trumpien qui a traqué leur groupe décide pour des raisons que l’on découvrira de flinguer Bob et d’enlever Willa.

Ce qui va réveiller Bob qui part à la recherche de sa fille, avec l’aide du prof de karaté de celle-ci, le Sensei, à savoir Del Toro.

Bon dieu que ce film est jouissif. Dans la salle, on n’a pas trop le temps de réfléchir, on se contente d’en prendre plein les mirettes, de s’enthousiasmer pour un Sean Penn extraordinaire, raide comme un piquet, bouffé de tics, connard fasciste qui arrive à être en même temps inquiétant, ridicule et pathétique, pour un DiCaprio complètement Dudesque dans son peignoir et ses vapeurs de dope, et Del Toro magique en Sensei à la tête d’un réseau pour aider les migrants. Sans parler d’un groupe de femmes noires très tarantinesques, à la Jackie Brown. On rit souvent, et il y a des idées de cinéma géniales comme la poursuite en voiture de la fin. Donc le pied total.

Et après on discute, et on s’aperçoit que le personnage de Sean Penn avec sa démarche et sa raideur fait penser à Trump, que les situations qui paraissent exagérées ont été rattrapées par la réalité de l’armée américaine qui investit les villes démocrates, que si les fachos sont de sales cons parfois ridicules ils font des victimes, et que les révolutionnaires ne sont pas exempts de lâcheté et de ridicule. Et on se rend compte que dans ce film déjanté P. T. Anderson se permet un final très émouvant, qui aurait très facilement pu tomber dans la guimauve et qui est très réussi.

Du pur bonheur qui en plus fait réfléchir et discuter après.

Ca suffit maintenant

Ca suffit maintenant, j’ai l’impression d’être en deuil, Robert Redford et maintenant Claudia Cardinale, Butch Cassidy et le Kid, Il était une fois dans l’ouest, L’Arnaque, Le guépard, Out of Africa, Le pigeon … Tout un pan de mes grands enthousiasmes au moment de ma découverte du cinéma qui disparait.

Tant de beauté, d’intelligence et d’émotion qui s’en vont alors qu’il reste tant de connerie et de laideur dans le monde. Un monde un peu plus gris depuis quelques jours.

Au cinéma

Deux films cette semaine, un très bon et, de mon point de vue très subjectif, une catastrophe.

Le bon c’est Valeur sentimentale de Joachim Trier.  Deux sœurs, Agnès et Nora. Agnès est mariée, elle a un gamin et est universitaire. Nora est une actrice de théâtre qui a un beau succès mais vit seule et reste sujette au doute et à des tracs paralysants. Alors que leur mère vient de mourir leur père, un réalisateur très connu qui a disparu de leur vie, revient. Et il propose un rôle à Nora. Qui l’envoie paitre. Mais il ne s’avoue pas vaincu.

Superbe chronique familiale, sensible, intelligente, jouée par des acteurs incroyables avec beaucoup d’émotion et sans pathos. Des scènes drôles, d’autres émouvantes, des personnages qui évoluent, qui nous amènent où on ne les attend pas. Très beau film tout en finesse sur l’impossibilité (entre autres) d’un père et de sa fille à se dire qu’ils s’aiment et à se prendre dans les bras.

A l’opposée Sirât d’Oliver Laxe, prix du jury à Cannes, avec Sergi Lopez. Un père et son fils d’une dizaine d’années partent dans le désert marocain à la recherche de la grande sœur disparue qui aurait été aperçue dans une rave party. Bien entendu elle n’y est pas et commence alors un voyage plein sud vers une autre fête.

Insupportable. Si je n’avais pas été assis au milieu d’une rangée je serais parti au bout de 20 minutes max. D’abord, au risque de passer pour le vieux (con) que je suis, je n’aime pas la musique électronique, ou techno ou quel que soit son nom. Et elle nous est assénée tout au long du film. Ensuite le scénario tient sans doute sur 2 pages. Tous les plans sont étirés, étirés, étirés … Et c’est long mais long !

Et puis les personnages accumulent tant de mauvaises décisions, faisant systématiquement la pire connerie possible à tout moment, qu’on s’étonne qu’ils ne meurent pas plus tôt. Oui tant pis pour le spoil, mais il y en a plein qui meurent. Mais c’est tellement ennuyeux, qu’il me tardait qu’ils y passent tous pour que ça se termine. Peut-être supportable si cela avait été un court métrage, mais ça dure 2h.

Quelques films

Rapidement, une petite chronique cinéma, trois films qui étaient à Cannes et même trois films primés.

Commençons par la palme d’or Anora de Sean Baker. Anora est stripteaseuse à New York. Le jour où le patron du bar où elle se produit lui dit d’aller à une table où un jeune homme demande une fille parlant russe, son quotidien change. Elle rencontre Yvan, fils d’un oligarque russe, censé faire des études, mais qui se contente de faire la bringue en dépensant l’argent de ses parents. Il finit par lui demander de lui consacrer son temps en exclusivité, puis par la demander en mariage. Nouveau changement, les parents, pas contents débarquent et ça part en vrille.

J’avoue que depuis Parasite les palmes d’or ne m’ont pas fait envie, ou m’ont ennuyé. Là c’est mieux, même si je trouve que c’est plutôt un petit film, au mieux un bon film agréable plus qu’une palme d’or. C’est surtout le début que j’ai trouvé longuet, avant que les choses tournent mal. Une succession de fêtes allumées, démonstration de ce que peuvent faire d’insensé ceux qui ont tout l’argent du monde. Moyennement intéressant. Puis ça dérape et ça devient plus drôle et plus grinçant, et cela permet à l’actrice principale Mikey Madison de crever l’écran. Bon film, bien joué, amusant, sans plus pour moi.

Vient ensuite L’histoire de Souleymane, de Boris Lojkine pour lequel l’acteur principal, Abou Sangare a obtenu la palme du meilleur acteur. Souleymane court, ou plutôt il pédale, toujours à la bourre. Il pédale pour livrer les repas UberEat pour le compte d’un exploiteur qui lui sous-loue son compte. Il pédale pour arriver à temps au bus de nuit qui va l’amener au foyer où il va pouvoir dormir. Et en pédalant il essaie de mémoriser l’histoire qu’il va raconter lors de son entretien de demande d’asile. Une histoire pour laquelle il a besoin de papiers, faux, qu’il doit acheter, et c’est pourquoi il doit encore plus pédaler pour faire plus de livraisons.

Ce qui est remarquable dans ce film, outre l’interprétation de l’acteur principal, c’est comment le réalisateur a réussi à mettre de la tension et du suspense dans un récit qui pourrait sembler relever du documentaire tant on est collé à la vie de Souleymane. Dans ces deux jours fort prosaïques et pas forcément romanesques, chaque grain de sable vient provoquer un déraillement dans une vie où tout est compliqué et minuté. On en vient à partager le stress du protagoniste, son angoisse quand il doit attendre un repas pas prêt, son impuissance face à des clients pas contents, mais aussi ses petits gestes d’humanité face à un papi solitaire. Autre force du film, éviter tout manichéisme. Les salauds, ordinaires pour la plupart, sont indifféremment blancs ou noirs, les gens humains et sympas aussi. Cerise sur la gâteau, la scène finale est bouleversante. A voir donc.

Dernier film de la sélection, Les graines du figuier sauvage de l’iranien Mohammad Rasoulof, prix spécial à Cannes. Iman est un bon fonctionnaire obéissant, il vient d’être nommé enquêteur au Tribunal révolutionnaire de Téhéran, dernière marche avant d’y devenir juge, consécration suprême, promesse d’un meilleur salaire, d’un appartement de fonction … Pour cela il faut signer des condamnations à mort de jeunes qui depuis des jours manifestent contre le port obligatoire du foulard. Pendant ce temps chez lui, son épouse le soutient totalement, mais ses deux filles, à la limite de l’âge adulte, partagent les aspirations de la jeunesse. Tout pourrait continuer comme ça mais un jour, l’arme qui lui a été confiée pour assurer sa sécurité disparait de chez lui.

Un petit avertissement pour commencer, une des scènes du film est assez rude, à la limite du soutenable. Vous voilà avertis. Sinon, un grand film, qui mêle de façon très judicieuse des images réelles prises par des manifestants avec des téléphones avec celles filmées par le cinéaste. La montée de la tension est parfaite, les rôles très bien définis et parfaitement joués, l’évolution des personnages particulièrement intéressante. Terriblement oppressant et révoltant, un très beau film, qui prouve une fois de plus la vitalité et la qualité du cinéma iranien malgré les pressions qu’il subit.

Quelques toiles

Quelques cinés ces dernières semaines.

On a commencé par le gros budget du moment, le Montecristo de Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière.

J’entends d’ici (derrière mon clavier), les critiques : « Si c’est bien c’est grâce à Dumas », « c’est facile de faire un bon film avec un bon roman », « c’est trop classique » … Pour ma part, je suis redevenu un gamin pendant trois heures, et j’en ai pris plein les yeux et les oreilles.

J’avoue ne pas avoir de souvenir du roman, et j’ai été complètement emporté par le scénario, emballé par les acteurs, enchanté de me retrouver face à un film qui n’hésite pas à faire du grand spectacle. Décors et images superbes, une ambiance bien sombre, de grandes scènes inoubliables …

Bref du grand spectacle, certes très classique, mais très bien réalisé et joué qui vous offre 3 heures de bonheur, comme un gamin.

Deux films moins grands spectacle maintenant.

Le premier très bon : Les fantômes de Jonathan Millet avec la découverte pour moi d’un acteur incroyable : Adam Bessa. Nous sommes à Strasbourg. Hamid s’y trouve après avoir été torturé en Syrie. Il fait partie d’un groupe d’opposants qui cherchent et identifient les tortionnaires du régime qui vivent en Europe. Et il pense avoir repéré son ancien bourreau, qu’il n’a jamais vu car lors des séances de tortures il portait une cagoule, mais dont il connait le pas, la voix, l’odeur, par cœur. Encore faut-il convaincre les autres membres du groupe et recueillir des preuves.

On s’en doute, à la lecture du résumé, ce n’est pas un film drôle. Il est même parfois éprouvant. Lent, prenant son temps, il épouse les doutes et les traumatismes du personnage principal magistralement interprété par Adam Bessa, qui arrive à faire passer ses émotions, ses interrogations, ses souffrances avec une économie de moyens et une puissance qui sont vraiment bluffantes. Superbe interprétation également de Tawfeek Barhom qui joue le supposé tortionnaire. A voir vraiment.

Et maintenant je vais vous faire gagner du temps de de l’argent. N’allez surtout pas voir Dos Madres de l’espagnol Victor Iriarte.

Le sujet est fort, c’est l’histoire des enfants volés, durant le franquisme mais également bien après sa fin, jusqu’en 1990. Une mère va enquêter pour retrouver le fils qu’on lui a annoncé mort lors de l’accouchement. Les retrouver, lui et la mère adoptive.

Je reste persuadé que les plus grands, quand ils maîtrisent leur art, tendent à une simplicité, une évidence qui sont très difficiles à atteindre. Victor Iriarte fait exactement l’inverse. Pas un plan, pas une idée de mise en scène, pas un artifice de narration qui ne hurle au spectateur « regarde comme je suis original et génial ! », et le spectateur a envie de hurler en retour « non tu es juste pompeux et maniéré, ou pour parler plus cru, tu te la pètes grave ». C’est très rapidement insupportable, on a même pris un fou rire en famille tellement c’est grotesque, et le final arrive, contre toute attente, à être encore plus ridicule. Bref à éviter, malgré des critiques professionnels absurdement élogieux.

Un peu de cinéma

Je suis pas mal allé au cinéma ces jours-ci et j’ai eu la main plutôt heureuse.

Je commence par le film le plus léger, celui qui m’a fait passer un bon moment, où j’ai même ri, original dans sa thématique, assez convenu dans son scénario : Le théorème de Marguerite d’Anna Ovion. Marguerite est une génie des maths, une médaille Fields potentielle. Elle fait une thèse à l’école normale (Ulm of course), sous la direction d’un ours mal léché et égoïste (joué par Darroussin). Le jour où elle doit présenter ses résultats dans un séminaire, ça se passe mal, et l’ours la lâche en public. Alors que les maths sont sa vie elle démissionne, et va se heurter à la vie hors de l’ENS. Mais les maths la rattraperont.

Commençons par les faiblesses : Le personnage de Darroussin est raté, pas assez salaud, si on doit faire un sale boulot, il faut le faire salement. Et les étapes du scénario sont convenues, je ne vous raconte pas tout, mais vous devinerez sans doute ce qui va se passer en avance. Et puis ça m’énerve un peu qu’une génie des maths soit obligatoirement présentée comme à moitié autiste, cheveux gras et incapable d’avoir des relations sociales. Mais il y a aussi du bon. Tout d’abord une thématique originale et très bien présentée sachant qu’il n’est pas si évident que ça de mettre en scène des chercheurs en maths. Ensuite Ella Rumpf qui joue Marguerite est vraiment très forte. Et pour finir, quelques excellentes scènes vous feront bien rire. Bref, malgré ses défauts, un bon moment de cinéma.

A voir ensuite sans restriction, La fiancée du poète de et avec Yolande Moreau. Mireille est revenu vivre dans la maison de ses parents qui tombe en ruine. Mireille a baroudé et elle est maintenant serveuse à la cantine de l’école des beaux-arts de la ville, sur les bords de la Meuse. Elle survit en trafiquant un peu, et va finir par louer des chambres (en état moyen) à un étudiant et un jardinier. Viendront s’ajouter un faux américain, plus ou moins chanteur, et d’autres …

Comme Mireille, tout cela est joyeusement déjanté, un vrai film qui vous met la patate, avec de l’émotion, des sourires, des rires, des surprises et le plaisir de croiser François Morel ou Sergi Lopez. C’est allumé, doux, joyeux, ça fait un bien fou. Même le curé (excellent William Sheller) est sympa !

Après on passe à du plus lourd.

Killers of the flower moon de Martin Scorcese, d’après La note américaine de David Grann, avec Leonardo di Caprio et Robert De Niro.

Vous connaissez forcément l’histoire. Au début du siècle il s’avère que la terre de merde dans l’Oklahoma où le gouvernement américain avait parqué les indiens Osage regorge de pétrole. Et ils deviennent immensément riches. De quoi attirer tous les margoulins du pays. Et les tueurs. Les indiens meurent les uns après les autres sans que cela émeuve grand monde. Jusqu’à ce que le bureau qui deviendra le FBI s’en mêle.

Glaçant. De Niro joue un vrai fils de pute hors catégorie. Et Di Caprio un salaud veule inoubliable. Il suffirait de dire que je n’ai pas vu passer les 3h30 (prévoyez juste d’aller aux toilettes avant …). Images, scénario, acteurs, restitution historique, c’est du grand classique, du grand classique très haut de gamme. A voir absolument sur grand écran.

Et pour finir un autre jeune réalisateur Ken Loach et son dernier film The old Oak. Dans un quartier en pleine crise d’une ville du nord de l’Angleterre qui se meurt à petit feu depuis la fermeture des mines, le gouvernement aidé par quelques associations locales installe des familles réfugiées syriennes. Ce qui ne va pas sans problèmes. L’amitié entre TJ, ancien mineur qui tient le pub The Old Oak et Yara une jeune syrienne photographe va permettre de faire avancer les choses.

Là c’est simple, il suffit de dire que c’est du 100% Ken Loach. Qui à plus de 80 ans croit encore en la solidarité, et ose faire preuve d’une humanité qui réchauffe le cœur. Alors ça déplaira sans doute aux esthète (de cons) qui trouveront que c’est trop classique, à tous les fachos, zémouriens et aigris pour qui un musulman est forcément un terroriste pédophile en puissance, et à tous le cons qui utilisent le mot interdit ici qui commence par bisou et finit par ours. C’est beau, émouvant, humain, de gauche. Ouvertement. C’est Ken Loach.

Pour les racistes, tenants du marché tout puissant, et les critiques professionnels qui veulent forcément être toujours surpris coco, parce que l’art doit surprendre, et qui ne seraient pas assez énervés, il y a un Guédiguian qui sort dans moins de deux semaines et au vu de la bande annonce, c’est du Guédiguian 100%.

Deux déceptions au cinéma

Deux déceptions avec des films français ces derniers jours.

La première était un peu annoncée. Un coup de maître, de Rémi Bezançon est le remake, très fidèle dans le scénario de Mi obra maestra, film argentin de Gaston Duprat.

L’histoire : un peintre misanthrope qui a eu son heure de gloire tombe peu à peu dans l’oubli et la misère, et la seule branche à laquelle il peut se raccrocher est son galeriste et ami le plus fidèle. Mais comme il sabote toute tentative de revenir en grâce, même cette branche pourrait casser.

Mon problème avec la version française n’est pas que de sa faute : je connaissais toute les péripéties, le scénario étant très proche de celui de l’original, donc aucune surprise. Malheureusement il reste très proche tout en étant un peu plus sage, et même un peu plus moralisateur.

Mais surtout, après la VO portée par deux monstres qui nous ont tous fait éclater de rire grâce à des dialogues éblouissants, le remake est sage, beaucoup de trop sage, il lui manque la hargne, la verdeur dans l’invective, qui, peut-être, n’est pas traduisible tant l’espagnol d’Argentine est riche dans ce domaine. Je serais d’ailleurs curieux de savoir comment ce film (le premier) a été perçu par des spectateurs qui ne comprendraient pas la VO. Bref, pas mauvais, mais fade par rapport à l’original.

La deuxième était moins prévisible, c’est la palme d’or, Anatomie d’une chute de Justine Triet. Là j’avoue qu’étant allé voir les critiques je ne comprends plus rien, tant elles sont louangeuses, et tant je me suis ennuyé. Et ce pour plusieurs raisons, certaines personnelles (histoire de goût), d’autres plus objectives.

L’histoire : Un couple d’écrivains avec un gamin mal voyant d’une dizaine d’année vit dans un chalet pas loin de Grenoble. Un jour en rentrant d’une promenade le fils trouve le cadavre de son père dehors. Deux hypothèses : soit il s’est suicidé, soit comme le soupçonnent les gendarmes sa femme l’a tué. Le procès le dira.

Je reconnais, c’est bien joué, et en particulier le gamin est très bon. Voilà.

Premièrement, question de goût : ça raconte l’affrontement de deux egos, d’écrivains qui écrivent sur leur nombril. Ça ne m’intéresse pas, je conçois qu’on puisse aimer ce genre de film, mais moi ça m’ennuie.

Ensuite objectivement, la musique est atroce. Je sais c’est voulu, pour montrer une guerre des nerfs, mais c’est long, répété en boucle (tout le début). Ensuite on a droit au gamin qui joue du piano et se trompe tout le temps au même endroit. Insupportable. Je suppose que c’est voulu, mais c’est quand même pénible. L’image est laide. Au mieux moyenne, parfois carrément moche comme certains gros plans très laids. C’est sans doute voulu aussi, ça reste laid. Quel intérêt de payer une place de cinéma, pour se faire casser les oreilles par une musique atroce et voir une image laide ?

Maintenant, attention, je vais spoiler, donc si vous voulez quand même aller le voir arrêtez là.

Il devrait y avoir un doute ou un suspense : a-t-elle tué son mari ou s’est-il suicidé ? Or dès la scène pivot de la dispute il est évident que c’est un suicide tant elle n’a aucune, mais aucune raison de tuer son mari. Donc sur un film qui traine déjà en longueur, tout suspense est totalement tué pour un bon dernier tiers. Et le pire c’est que c’est le gamin de 10 ans qui doit faire remarquer cette évidence à tous les adultes du procès.

Ensuite il y a un avocat général grotesque, dans l’outrance permanente. Comme me disait ma fille on dirait elle et son frère quand ils font assaut de mauvaise foi en se disputant. Ses arguments (comme lire des extraits de ses romans pour l’accuser) sont ridicules.

Le comble du grotesque est sans doute atteint par le témoignage du psy du mari, qui révèle tout ce qu’ils se sont dit, et prend sa défense comme si c’était son meilleur copain. Pas crédible une minute.

Bref le scénario ne tient pas la route, le film est long et laid et la musique atroce.

La veille on avait revu, au cinéma Thelma et Louise. Là il y a de l’énergie, quelque chose à dire, des images somptueuses, une musique incroyable et du culot à revendre (je ne parle même pas de l’interprétation).

Quand je pense que ce téléfilm moyen a ravi la critique et a eu la palme d’or, comme Apocalypse Now, Parasite, La leçon de piano, Rome ville ouverte, Le troisième homme, Orfeo Negro, Le guépard, La dolce vita, La ballade de Narayama, Missing, Barton Fink, Le pianiste, Moi, Daniel Blake etc … J’arrête je me fais du mal.

Deux films et une série

Deux bons films de plus ces derniers temps, et une pépite à voir sur Netflix ou sur internet pour ceux qui maîtrisent l’anglais.

S’il passe encore du côté de chez vous, allez voir The Fabelmans de Steven Spielberg. Un film qui devrait enchanter les fans de cinéma. C’est la chronique sensible de la vie d’une famille classe moyenne aisée juive, avec un père ingénieur dans l’informatique naissante, et une mère femme au foyer ayant sacrifié une potentielle carrière d’artiste. Mais c’est surtout un hommage vibrant au cinéma, à l’imagination, au pouvoir de la prise d’image et du montage, à un art qui révèle la réalité de la vie, et façonne la vérité au gré du réalisateur.

Il y a beaucoup de moments magiques dans ce film, de personnages inoubliables, et la conclusion est absolument magnifique. Ce n’est pas spectaculaire, contrairement à ce qu’on pourrait attendre du père d’Indiana Jones, mais c’est intelligent et émouvant.

Et il y a un autre film en hommage au cinéma, anglais celui-ci, Empire of light de Sam Mendes. Chronique encore, des années 80 dans une ville balnéaire anglaise, autour de la vie de quelques employés du cinéma de la ville. Superbement joué par les deux acteurs principaux, mais également par tous les acteurs secondaires. Chronique sociale comme les anglais savent si bien les faire de Ken Loach à Stephen Frears. On rit, on s’émeut, on rage, on tremble, on ne voit pas le temps passer. C’est tendre mais jamais angélique, cela brasse quantités de thématiques sans faire de grands discours, c’est vraiment excellent.

Et si vous avez le moral en berne et que vous voulez passer quelques moments absolument délicieux, je ne peux que conseiller une série sur Netflix, mais l’on peut en voir aussi des bouts sans payer si l’on cause couramment le patois grand-breton. La série c’est Cunk on earth, et sur internet vous pouvez voir de courtes vidéo « Moments of wonder with Philomena Cunk ».

Philomena Cunk c’est l’actrice que vous avez peut-être découvert dans Death to 2020 et Death to 2021, celle qui joue l’anglaise complètement tarte. Et là elle s’attaque aux grands questions philosophiques, historiques ou scientifiques, avec la même pertinence, mais en se présentant comme un journaliste de la BBC. Elle interviewe de vrais experts qui restent d’un calme qui fait honneur au flegme britannique face à la stupidité de ses questions et de ses remarques. Je crois que je vais avoir du mal maintenant à continuer à dire, quand je fais des interventions dans des classes : « Il n’y a pas de question stupide », Philomena m’a démenti de façon éblouissante. Et hilarante. Un chef-d’œuvre de nonsense ; Cunk digne héritière des Monthy Python.

Quelques films

Je suis pas mal allé au ciné ces derniers temps, petit résumé de ce qui m’a plu et que je conseille, et de ce qui m’a moins plu et qu’à mon avis on peut éviter.

Deux films  excellents, à voir vraiment.

Le premier est espagnol, même si les hispanophones ne comprendront pas grand chose tant on y parle catalan. C’est Nos soleils, de Carla Simón. Quelque part dans la campagne catalane toute la famille Solé travaille dans la propriété qui produit des pêches. Le grand-père, les parents et le frère de la mère, et les enfants. Mais cette année est particulière, le fils du propriétaire qui a repris les affaires en main a vendu le terrain pour y installer des panneaux solaires. C’est donc le dernier été sur place et l’arrêt d’une activité et d’un mode de vie qui dure depuis des générations.

Tout le film repose sur la qualité de l’interprétation des différents acteurs, dont certains ne sont pas professionnels. Une chronique, des gamins plus vrais que nature, des conflits jamais caricaturés, des moments de rire et de larmes, d’émotion et de colère. Il se passe toujours quelque chose, les questions posées sont pertinentes, les images sont belles. A voir vraiment.

L’autre macédonien de Teona Strugar Mitevska, L’homme le plus heureux du monde. Sarajevo aujourd’hui. Asja, 45 ans se rend à un rendez-vous de speed-dating, organisé dans un hôtel qui sent bon l’époque soviétique. Elle s’y retrouve face à Zoran, même âge qu’elle, qui travaille dans une banque. Un Zoran qui a l’air un peu perturbé. Tout commence par des jeux idiots de questions réponses, et sur une question le malaise s’installe, puis tout bascule …

Attention, j’ai pris une grosse claque. C’est que tout commence comme une comédie un peu absurde, un humour grinçant. Et à un moment le film bascule et on ne rit plus du tout. Sans aucune image violente (ou presque), juste sur l’originalité du scénario, l’excellence des deux acteurs principaux qui sont exceptionnels, on bascule vers un toute autre thématique que je ne peux absolument pas révéler ici sous peine de divulgacher le film de façon inadmissible. Sachez seulement que ce n’est pas une comédie, mais que vous allez vous faire sacrément secouer. Un film que l’on n’oublie pas de si tôt.

Vient ensuite un film que l’on peut éviter, mais que l’on peut voir si l’on est comme moi un peu nostalgique des films noirs des années 40-50, Marlowe de Neil Jordan. 1939, Californie, Marlowe est contacté par une belle blonde pour retrouver son amant disparu depuis quelques temps. Ce faisant il va bien entendu mettre le pied dans un nid de vipères, se faire tabasser, casser quelques nez et remuer la fange de bas en haut de la société.

Un grand classique donc, filmé comme tel par le réalisateur, joué comme tel par Liam Neelson, Diane Kruger et Jessica Lange entre autres. Je ne suis pas certain que cela apporte quelque chose au cinéma, ni à l’œuvre du grand Raymond, mais ça se laisse voir, avec de nombreux clins d’œil aux œuvres passées, des éclairages de stores rayés sur les beaux yeux de la femme fatale, des dialogues à la Bogart … Un bonbon au goût d’autrefois, plaisant, sans plus.

Et pour finir, un film qui a eu de très bonnes critiques et où je me suis pas mal ennuyé. Le chevalier noir de l’iranien Emad Aleebrahim Dehkordi. Iman et Payar vivent avec leur père dans un vieux quartier de Téhéran. Payar fait de la boxe, Iman trafique et ils vivent, plus ou moins, des ventes par petits bouts des propriétés héritées de leur mère. Quand il tombe sur un bon fournisseur de cocaïne, Iman pense avoir trouvé comment s’assurer une tranquillité financière. Mais bien entendu ça va déraper.

Là je me suis ennuyé et j’ai regardé deux fois ma montre, et pourtant le film n’est pas très long. Certes on voit une partie de la société de Téhéran, et en particulier une haute société qui vit entre l’Iran et l’étranger. Certes également, le film est cohérent. Mais pour commencer les nombreuses scènes moches, filmées caméra à l’épaule, avec très peu d’éclairage la nuit m’ont fatiguées. Celles se déroulant dans des fêtes, dans le noir avec la musique à fond sont m’ont parues insupportables. Ensuite la vie de ces oisifs ne m’a pas intéressée. Et pour finir on voit arriver les tournants dans l’action trop longtemps à l’avance. Donc ennui.