Et voilà donc la fin.
Cash cash : Nous sommes entre Noël et le nouvel an. Voilà qui ne pas aider Steve Carella et ses collègues qui se heurtent à beaucoup de bureaux fermés. Cerise sur le gâteau, ils sont obligés de travailler avec le gros Ollie qui, en plus d’essayer d’apprendre à jouer Night and day au piano, a décidé de devenir auteur de polars. Et voilà comment les choses ont commencé : le corps d’une jeune femme, nue, est découvert en morceaux, bouffé par les lions du zoo. Manque de chance, si le corps est dans la partie du 87° de la fosse aux fauves, une jambe se trouve dans le 88°, d’où la présence du délicieux Ollie. Ajoutez le représentant d’une petite maison d’édition qui se retrouve abattue d’une balle dans la tête et mis dans une poubelle. Entre autres, et vous voyez que les flics du 87° ne vont pas passer de très bonnes vacances de Noël. Humour garanti comme chaque fois qu’apparaît leur cher collègue du 88°, mais également une construction impeccable, l’apparition de terroristes affiliés à Al Qaïda et une confrontation inédite avec … mais n’en disons pas plus, un excellent épisode.
Roman noir est, en partie, une très malicieuse mise en abime. Sachez que le héros en est l’abominable Gros Ollie. Un politicien est assassiné dans son district, mais il vivait en bordure du 87°, donc il va avoir l’aide de Kling et Carella. Mais le pire est qu’on a volé à Ollie, dans sa voiture, sa sacoche, avec l’unique exemplaire du grand roman policier qui va faire sa renommée. Décidément, Week n’a pas de chance avec ses aspirations artistiques. Il ne dépasse pas la première mesure de Night and Day au piano (trois fois la même note), et on lui vole son chef d’œuvre. Qui aura, vous verrez, un destin extraordinaire. Enormément d’humour, l’apparition d’internet et d’Amazon, des allusions au terrorisme, mais aussi au racisme, Ed McBain continue à être le témoin talentueux, très talentueux de son époque.
Le frumieux bandagrippe commence sur le yacht loué par la maison de disque Bison Records et son patron Barney Loomis pour lancer la carrière de leur prochaine diva de la pop Tamar Valparaiso. Le but, étourdir les invités, leur faire apprécier le talent et la plastique de la très jeune te très belle Tamar et lancer son premier single Bandagrippe sur toutes les télé et radios qui comptent. Le coup de pub va aller bien au-delà de ce qui était espéré quand deux hommes font irruption sur le bateau et enlèvent la future star. Un épisode très drôle qui nous offre une peinture au vitriol du monde de la musique, des mécanismes de fabrication d’une star, mais aussi des multiples plateaux télé et de la façon la plus putassière qui soit de rechercher l’audience. Coup de griffe au passage aux nouvelles méthodes d’enquête qui misent tout sur la technologie et oublient le boulot de flic de la bande de Steve Carella traité (pas longtemps), comme un larbin par les stars du FBI. Un très bon épisode d’un auteur qui n’a rien perdu de sa verve. Et aussi étonnant que cela puisse paraitre on y trouve un Ollie Week très gentleman.
Jeux de mots voit le retour du Sourd. Qui comme d’habitude envoie des énigmes aux balourds du 87°. Anagrammes, extraits de pièces de théâtre, codes, tout va y passer pour les faire tourner en bourrique. Ils détestent le Sourd qui s’y entend pour leur faire comprendre qu’ils sont des idiots, et que, quoi qu’ils fassent, il volera ce qu’il voulait voler, et tant pis pour les cadavres qui pourront s’accumuler en chemin. Encore une preuve du savoir-faire incroyable du maestro d’Isola. Le rythme, le « montage » des différentes scènes, la montée du suspense sont absolument remarquables, toujours avec la même économie de moyen. A noter que pour la première fois Steve Carella se fait aider par son fils qui va lui montrer ce qu’on peut trouver en ligne avec un ordinateur.
Et on termine, la larme à l’œil, avec Jouez violons. Que peuvent bien avoir en commun un violoniste aveugle, une belle femme, la cinquantaine, représentante en produits de beauté, un prêtre et quelques autres ? Rien apparemment, sinon qu’ils sont tous abattus avec la même arme. Un sacré casse-tête pour le 87°. Qui heureusement (?) va recevoir l’aide inestimable du gros Ollie qui fait un régime et serait en train de tomber amoureux ? Et voilà, c’est la fin. Une fin frustrante, on aimerait vraiment savoir comment allait se poursuivre la vie de l’incontournable Ollie. Et comment Steve allait se débrouiller avec les problèmes avec son ado de fille. Et la vie amoureuse de Bert. Et comment allait évoluer Isola, à quels crimes, changements, beautés, bouleversement … Elle allait être soumise.
Mais voilà, Steve, Meyer, Art, Bert et les autres sont à jamais coincés en 2006, et nul doute qu’ils continuent à y traquer le crime, à aimer, pleurer, rire et compatir. Adieu à toute la bande, vous m’aurez offert tant d’heures de bonheur.
Ed McBain / 87° District volumes 51 à 55 :
(51) Cash cash (Money money money, 2001), traduit de l’anglais (USA) par Hubert Tézenas.
(52) Roman noir (Fats Ollie’s book, 2002), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.
(53) Le frumieux bandagrippe (The frumious bandersnatch, 2004), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.
(54) Jeux de mots (Hark !, 2006), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.
(55) Jouez violons (Fiddles, 2006), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martichade.


C’est le numéro 47, Romance, qui prend vraiment la suite du 45. Romance est d’après tous ceux qui la connaissent, hormis son auteur, une assez mauvaise pièce de théâtre. Qui n’a aucune chance d’être montrée hors de la petite salle où elle est montée. Le metteur en scène, les acteurs, les producteurs, tous sont d’accord. Même l’actrice principale, fort belle mais pas très bonne actrice le pense. Quand elle reçoit des menaces de mort, comme le personnage qu’elle joue dans Romance, elle va porter plainte au 87°. Puis elle est poignardée dans la rue, sans grands dommages … Bienvenue dans le monde du théâtre, vous saurez tout sur le montage d’une pièce, son coût, ses vicissitudes. Quand je disais qu’en lisant la série on saurait tout sur la vie à New York dans la seconde moitié du XX° siècle.
La ville sans sommeil s’ouvre sur la découverte du cadavre d’une jeune femme dans un parc. Il s’avère que c’est une bonne sœur. Ce sont Carella et Brown qui sont en charge de l’enquête. En parallèle Kling et Meyer cherchent à attraper Cookie Boy, un cambrioleur qui laisse des boites de cookies aux pépites de chocolat aux victimes de ses forfaits. A l’aube du XX° siècle Ed McBain s’amuse avec le temps, Carella est très inquiet d’avoir bientôt … 40 ans, alors que cela fait maintenant 43 ans qu’il arpente les rues d’Isola avec ses collègues. L’occasion aussi d’évoquer, avec Brown quelques anciennes enquêtes. Et de faire un point sur l’état des quartiers de la ville, du racisme ordinaire (et extraordinaire avec l’affreux Ollie) … Un excellent numéro.
Bienvenue dans la dernière ligne droite et les années 2000 avec La dernière dance. Steve Carella a fêté ses quarante ans, Bert Kling est de nouveau en couple, avec Sharyn, chirurgienne, entre autres en charge des policiers blessés, accessoirement noire. Rien de neuf pour le reste de la bande. Un vieil homme est retrouvé chez lui, mort d’une crise cardiaque d’après sa fille qui l’a trouvé. Sauf que le cadavre a des marques de strangulation. Alors l’a-t ’elle dépendu par peur de ne pas toucher l’assurance ? Ou est-ce plus sinistre ? Pas loin, le gros Ollie enquête sur le meurtre d’une prostituée. Ollie toujours aussi haineux, raciste, pénible, puant … Et bon flic. New York dans le froid, les tensions raciales, ceux qui en souffrent (la grande majorité) et ceux qui en profitent, la difficulté d’une vie de flic, les dialogues impeccables, l’humour. EdMcBain dans toute sa splendeur.
Isola blues hiver 89. Soirée du nouvel an. Reagan est encore président, plus pour longtemps. En rentrant, un peu éméchés du réveillon, deux jeunes parents trouvent leur baby-sitter assassinée, et leur petite fille de 6 mois étouffée dans son berceau. Sale cas pour Meyer et Carella. Dans le même temps Kling sauve la vie de d’un truand portoricain en train de se faire tabasser par trois jamaïcains, et Eileen Burke n’arrive pas surmonter les violences qu’elle a subi en faisant son boulot. La routine du 87° District. Un modèle de construction et d’intrigue, les dialogues et l’humour au rendez-vous. On passe du temps avec Eileen Burke et on voit ses collègues, et en particulier Bert Kling à travers son regard. C’est toujours un plaisir.
Les veuves, ce sont celles d’Arthur Shumacher, abattu de quatre balles, en même temps que son chien. Son épouse inconsolable, son ex, ravie, ses filles, mitigées … Et aussi une amante trouvée peu de temps avant tuée de multiples coups de couteaux. En plus d’être grandes, blondes aux yeux bleus, elles semblent vite toutes être également en danger. Une affaire pour Steve Carella et Arthur Brown. Pauvre Steve qui va devoir enquêter sur son beau-frère, entre autres drames en ce mois de juillet torride où la chaleur rend fou. De son côté Eileen commence une nouvelle carrière de négociatrice lors de prises d’otages, et sa relation avec Kling reste au point mort. Un modèle du genre. Des scènes de tension magnifiques, la peinture de relations raciales compliquées, où le racisme réel, et les réactions qu’il suscite sont attisés par des prédicateurs en mal de publicité. Des quartiers à l’abandon, de braves gens, des enfoirés … Tout en si peu de pages, avec un tel rythme. Un chef-d’œuvre, une de plus du maître d’Isola.
Poissons d’avril voit le retour du Sourd. Steve Carella reçoit des lettres lui conseillant de lire un obscur roman de SF. Et le mois d’avril approche. Dans le même temps, des tagueurs se font abattre la nuit par quelqu’un qui ne semble pas apprécier leurs graffitis, et il semble y avoir une épidémie de personnes âgées atteintes de troubles de la mémoire abandonnées aux portes des hôpitaux. Alors que le printemps tarde à venir, les inspecteurs du 87° ne sont pas près d’être au chômage. Encore un épisode très sombre, presque sans humour, avec le constat désabusé d’un pays où les communautés se font la guerre, où la drogue fait des ravages, et où les plus faibles souffrent, encore et toujours. Décidément, ce début des années 90 est sinistre pour le 87°, et le talent d’Ed McBain pour dépeindre la société américaine et la ville de New York tout en entremêlant ses intrigues vraiment incomparable.
Nid de poulets (quel titre français pourri !) s’ouvre sur le meurtre de Sally Anderson, danseuse dans une revue, loin du 87°. A priori, rien qui concerne les flics de la bande de Carella. Sauf quand la balistique découvre que l’arme utilisée est la même que celle qui a servi à tuer Paco Lopez, un dealer du 87° qui ne manque à personne. Et c’est comme ça que Carella se retrouve en charge des deux enquêtes. Il va y entrainer Bert Kling en pleine déprime depuis qu’il a divorcée de sa mannequin d’épouse qu’il aime toujours et qu’il voit tous les jours sur les couvertures des magazines. Sans être un des meilleurs, un excellent volume qui permet d’explorer le monde des comédies musicales, et remet en scène le personnage d’Eileen Burke, flic qui joue les appâts pour attirer les violeurs et assassins de femmes. Un personnage qui prend de l’importance dans …
Huit chevaux noirs voit donc le retour du Sourd. Fin octobre, alors que l’été semble vouloir faire son retour, les flics du 87° reçoivent une enveloppe anonyme avec dessus huit photos de chevaux noirs. Viendront des matraques, des casquettes de flic … Tout cela ressemble fort à leur pire cauchemar, le retour du Sourd. Mais ils ont d’autres chats à fouetter, avec la découverte du cadavre d’une jeune femme, déposée nue dans le parc à proximité du commissariat. Rien ne bouge, Noël et les fêtes approchent, l’hiver est arrivé, et Carella, Brown et les autres tournent toujours en bourrique sans savoir ce que leur réserve leur pire ennemi. Comme toujours quand ce personnage est présent un chef-d’œuvre d’ingéniosité et de suspense. Ed McBain se permet même le luxe de rappeler la définition du suspense par maître Hitchcock ! Et quel sens du dialogue, quel humour, avec une mention spéciale pour la description de la mauvaise humeur de certains inspecteurs à l’approche de Noël et de sa joie obligatoire. Un vrai délice, du pur génie sans avoir l’air d’y toucher.
Quatre petits monstres (Tricks en anglais), se déroule en une nuit, la nuit d’Halloween. Quatre gamins dévalisent les marchands d’alcool, et descendent les propriétaires sans somation. Un magicien disparaît après une représentation dans un lycée. Un cadavre est découvert, coupé en morceaux. Eileen va se déguiser en pute pour piéger un tueur de prostituées. Autant dire que nos amis du 87° ne vont pas passer une nuit paisible. Un petit détail amusant, au détour d’une phrase Ed McBain signale que la tradition d’Halloween est en train de démarrer à Londres et prédit que dans quelques années même les petits anglais se promèneraient dans les rues déguisés en criant « treat o trick » il n’avais pas prévu que la mode se répandrait dans toute l’Europe … Sinon, un modèle de construction et de suspense. Ajoutez-y l’humour de l’auteur, et quelques mises en scène macabre et vous aurez un parfait épisode de pur plaisir.
N’épousez pas un flic, le 31° volume commence avec le mariage de Bert et Augusta, la mannequin avec qui il est en couple. Et dès la nuit de noce Augusta est enlevée. Commence alors une course contre la montre où McBain fait preuve de son sens du rythme et des dialogues habituels. D’autant plus efficace que l’abominable Ollie est de la partie. Un excellent numéro plein d’humour.
Calypso, ici c’est la musique. Et c’est un guitariste de Calypso qui se fait tuer un soir d’octobre sous une pluie battante. Son agent qui marche avec lui, sur le coup de minuit, sauve sa peau et décrit l’agresseur comme mince et jeune. Puis une prostituée est également tuée, avec ce qui semble être la même arme. Mais quel rapport peut-il bien y avoir entre les deux ? Bien entendu, Steve Carella, Meyer Meyer et les autres finiront par le savoir. L’occasion de répéter l’attachement viscéral de Carella, et donc de l’auteur à la ville de New-York, présentée comme La Ville, l’endroit parfois haï, violent, injuste … Mais le seul où il puisse vivre.
Avec Coup de chaleur on passe du froid au chaud. En pleine canicule Steve Carella et Bert Kling sont appelés par une femme qui, en rentrant chez elle d’une semaine de voyage, a découvert son mari mort depuis plusieurs jours. Tout semble indiquer un suicide. Un homme dépressif, alcoolique … Mais quelque chose fait tiquer les deux policiers : Pourquoi la clim était-elle éteinte alors que tout le monde meurt de chaud en ce mois de juillet ? Pendant ce temps un prisonnier récemment libéré veut se venger, et le mariage de Kling n’est pas au mieux … un bon cru, avec quelques dialogues très drôle entre Steve et les compagnies de téléphone, et la première apparition d’un personnage qui travaille dans l’informatique.
Steve Carella croyait que rien ne pouvait l’étonner. Pourtant le démarrage de Après le trépas va le laisser sans voix : l’homme qui l’accueille devant le cadavre sanglant de sa femme lui annonce « bien content qu’elle soit morte ». Et il sait ce qu’il fait, il est avocat d’assises. Les flics du 87° aimeraient bien pouvoir coincer ce mari arrogant et trop sûr de lui. Une intrigue bien tordue, le portrait touchant d’une femme originale et malheureuse, de jolis coups de théâtres, la morgue d’un avocat qui nargue des flics du haut de sa culture et de sa richesse, la ville à la veille de Noël (avec une description très McBain de la veillée au 87° !), et Bert Kling qui se fait mener en bateau pour un épisode délicieux.
Branle-bas au 87° démarre commence par la découverte de 6 cadavres, dont un bébé, jetés en plein hiver dans une tranchée ouverte dans le rue. Leur sang a gelé et c’est mêlé à la boue. Steve Carella et Bert Kling (qui hésite à demander son amie mannequin en mariage, ce qui donne quelques dialogues assez savoureux) sont en charge de l’enquête. Une enquête qui va les mener dans les quartiers les plus déshérités de la ville, livrés aux gangs qui se font la guerre. Des quartiers qu’il décrit avec une précision toute journalistique sans jamais cependant lasser le lecteur avec cette conclusion : « Une vie d’écrasante pauvreté, de fureur impuissante et de frustration désespérée attendait ceux qui survivaient. Il ne fallait pas s’étonner que la police de ce secteur ait des dossiers sur plus de neuf mille membres de gangs des rues. » Et malgré ce constat désespérant, et une situation qui, on le voit, n’est pas nouvelle (gangs, tags sur les murs, morts quotidiennes de jeunes, assassinats, drogue …), Ed McBain garde son sens de l’humour et du rythme.
Adieu cousine commence par une nuit de septembre. Sur le coup de une heure du matin, une jeune fille ouvre les portes du 87° hagarde, les mains en sang. Au même moment Steve est appelé par un flic en patrouille, le cadavre d’une jeune femme, tailladée de multiples coups de couteau est trouvé dans l’entrée d’un immeuble désaffecté. Les deux jeunes femmes sont cousines, la première a réussi à échapper au tueur, un homme qu’elle n’avait jamais vu. Le genre d’affaire où on ne retrouve jamais le tueur. A moins que … Une intrigue au cordeau et un éclairage intéressant sur les mœurs en 1975, ce qui était considéré comme légal ou moral il y a plus de 40 ans …
Le 21° volume, 80 millions de voyeurs nous amène dans le monde de la télévision. Stan Gifford est un amuseur, ancien acteur de cabaret qui a maintenant son émission de télévision regardée en direct par des millions de spectateurs, dont Steve Carella. Et c’est en direct, pendant son show, qu’il s’écroule, mort empoisonné. Comme les studios se trouvent dans le 87° district, c’est Steve et Meyer Meyer qui sont en charge de l’affaire. En parallèle Bert Kling doit protéger une jeune femme, harcelée par une brute qu’elle ne connait absolument pas. Le problème est que la demoiselle a déjà eu affaire à Bert, et qu’elle ne le supporte pas. Humour, intrigue parfaite, dialogues étincelants, et cette manière incroyable qu’a Ed McBain de nous intéresser aux procédure les plus arides de l’enquête policière, ici l’identification d’un poison possible à partir du travail de la police scientifique, magie de l’écriture d’un maître ! En prime, la peinture sans concession du milieu de la télévision. Quand je vous disais qu’en lisant le 87° district on avait une idée complète de la société américaine dans toutes ses composantes.
La mort d’un tatoué démarre comme une affaire assez facile à résoudre. Un couple sauvagement assassiné chez lui. Personne n’a rien entendu, l’homme tient dans la main un fusil qui va être vite identifié, son propriétaire fait donc un coupable parfait. Reste à le trouver. Sauf que quelques détails ne collent pas. C’est Carella et Kling qui sont aux manettes. Un Bert Kling qui est tombé amoureux, mais va avoir du mal à rester fidèle, une des jeunes et séduisante personne rencontrée lors de l’enquête ayant décidé qu’il était à son goût. Nous sommes en 1969, les femmes prennent de plus en plus l’initiative et le jeune Kling va se retrouver fort perturbé. Et par le plus grand des hasards, les flics du 87° vont résoudre une vieille affaire, vieille de 5 ans, joli clin d’œil de l’auteur à lui-même.
Tout le monde sont là commence à minuit. Entre minuit et deux heures du matin, cette nuit d’octobre, une danseuse de cabaret est assassinée, une femme vient se plaindre que des fantômes ont volé un collier et une broche dans le coffre-fort de sa somptueuse villa, un inconnu, blanc, a lancé une bombe dans une église fréquentée par des noirs et des portoricains. Et ça, ce n’est que pour l’équipe de nuit. La routine du 87°. Un nouveau volume assez différent dans sa forme. Pas de grande enquête ici, mais une multitude de petites affaires, résolues dans la journée (ou la nuit). La chronique de 24 heures du commissariat, pour un tableau de la bêtise, de la haine, du racisme, de la cupidité, du désespoir ordinaires. Tout ça en moins de 200 pages, sans prêche, avec humour et humanité. Du grand art.
Pour le 17° Dix plus un, volume nous sommes au printemps. Or comme le dit Ed McBain « Rien n’a le droit de mourir au printemps. Il y a une loi qui le dit (…) Cet article interdit formellement la mort entre le 21 mars et le 21 juin, mais il y en a toujours qui transgressent la loi, il n’y a rien à faire« . Et un homme va se faire abattre, d’une balle en pleine tête. Puis un autre, et un autre … Sans lien apparent. Le cauchemar des flics du 87° semble prendre forme : Un canardeur. La même chose qu’un tireur d’élite militaire, mais sans l’excuse de l’armée. Dialogues scintillants, humour noir, intrigue savamment tricotée. Du pur bonheur.
La hache se déroule en hiver. Un début de mois de janvier déprimant, sans neige, plafond bas, nuages gris, froid. Un homme est retrouvé dans le sous-sol d’un immeuble, une hache plantée dans le crâne. Ed McBain manie ici magnifiquement le comique de répétition, avec un pauvre Steve Carella confronté à plusieurs « couples » mère-fils particulièrement difficiles. Lui et son collègue vont affronter le froid, la folie, le racisme, et pour finir la tristesse d’un meurtre pour quelques misérables pièces … Mais je n’en dis pas plus pour ne rien dévoiler de l’intrigue. Un régal.
Cause toujours, ma poupée, est sans doute le plus dramatique de cette série de cinq. Bert Kling ne se remet toujours pas de la mort de sa fiancée et se rend insupportable, Steve Carella va se retrouver en très grand danger, et même si la victime, sauvagement assassinée à coup de couteaux est mannequin, la folie sordide n’est pas très loin. Une vraie course contre la montre parfaitement orchestrée par le Maître.
Nous sommes maintenant en 1960. Et il pleut sur Isola dans La main dans le sac. Genero, un des flics de base du 87° voit une silhouette en manteau oublier un sac à un abris bus. Quand il veut le rendre, la silhouette a déjà pris le bus. Une grosse surprise attend Genero, dans le sac : une main. Un suspense parfaitement maîtrisé, des dialogues toujours au cordeau, un tour dans le milieu des impresarios de seconde zone et des clubs de striptease, et un petit coup de flash sur Hernandez, flic d’origine portoricaine qui subit les agressions du flic le plus imbécile et raciste du 87°, et qui se trouvera au centre d’une historie à venir.
Juillet et canicule pour une incursion dans le quartier portoricain de la ville dans Mourir pour mourir. Un truand qui a déjà échappé plusieurs fois à la police a été repéré dans le quartier. Tout le 87° va venir au rendez-vous, devant une population partagée entre ceux qui voient dans le tueur un héros qui affronte une police raciste pour qui tout portoricain est un délinquant, et ceux pour qui il est un tueur qui jette le discrédit sur toute une population et tout un quartier. Mais même au sein du 87°, entre Hernandez qui veut prouver qu’on peut être d’origine portoricaine et être un bon flic, respectueux de la loi et de la population quelle que soit son origine, et Parker sale con raciste, tout n’est pas qu’ordre, calme et sérénité. Ajoutez à cela des jeunes qui rivalisent de provocations et de violence arbitraire juste pour « se faire respecter » et appartenir à tel ou tel gang en vue, et vous avez un épisode toujours aussi prenant, mais particulièrement noir, sombre et social. Un épisode qui nous montre que les problèmes liés à une immigration mal reçue et mal intégrée, à des jeunes de quartiers difficiles qui se sentent repoussés et rejetés et réagissent violemment, ne date pas d’aujourd’hui. Et que malheureusement les discours et le manque de réactions intelligentes sont les mêmes depuis, au moins, 1960.
Démarrage particulièrement dramatique pour Le dément à lunettes. Un massacre en apparence arbitraire et absurde dans une librairie : trois morts. Steve Carella et Bert Kling sont envoyés sur place. Claire, la fiancée de Bert est une des victimes. Un volume particulièrement émouvant qui illustre bien comment cette série permet de suivre l’évolution de la société des années 50 à nos jours. Ici, au centre de l’enquête, la question de l’avortement, interdit en 1961 aux US. Avec toutes les conséquences de l’interdiction sur les jeunes femmes qui, pour une raison ou une autre, veulent avorter et sont obligées de la faire de façon illégale, au risque de leur vie. Avec également les questions autour de ceux et celles qui luttent pour le droit, et les questions autour de l’application de la loi par les flics. Tout cela, comme toujours sans jamais tomber dans le pamphlet ou le prêche, juste en racontant avec cette facilité apparente qui est la marque du génie d’Ed McBain.
C’est l’été, la chaleur est étouffante, un passant se fait descendre dans la rue dans la grande tradition des règlements de compte de l’époque de la prohibition. Peu de chance qu’il s’agisse d’un problème de gangs, les méthodes ont changé. Et comme la victime était maître chanteur, les suspects sont légion. C’est Crédit illimité.
Mais que dire alors de Soupe au poulet ? C’est l’automne, les journées sont belles après la chaleur estivale. Sauf cette fin d’après-midi où une femme rentre dans la salle des inspecteurs, un flingue à la main, une bouteille de nitro dans le sac. Elle prend tout le monde en otage le temps que Carella rentre. Puis elle le tuera. C’est lui qui a arrêté son mari qui vient de mourir en prison. Un chef-d’œuvre d’humour, de rythme, de suspense tout en légèreté et en finesse. Et en prime, de magnifique pages sur Isola, ville femme, ville tentatrice, ville sensuelle à la tombée de la nuit.