Parmi les personnages que j’ai plaisir à retrouver tous les ans, il y a le capitaine Wyndham et le sergent Banerjee d’Abir Mukherjee. Ils reviennent dans Les ombres de Bombay.
1923, Calcutta est une véritable poudrière. Des élections sont proches, et les heurts entre musulmans et hindouistes se multiplient. C’est dans ce contexte inflammable que le sergent Banerjee se retrouve accusé du meurtre d’un intellectuel hindou. Pour arranger le tout une personnalité musulmane en vue de Bombay est annoncé en ville.
Comment le très droit Banerjee s’est-il trouvé dans cette situation impossible ? Et que pourra faire le capitaine Wyndham pour le tirer de là ? Il vous faudra lire ce nouvel opus pour le savoir.
Décidément voilà une série hautement recommandable. Tout fonctionne à merveille ici. Une intrigue parfaitement menée, même si on peut deviner assez tôt ce qui se trame réellement, mais c’est parce qu’en tant que français on sait bien que les anglais sont perfides.
Ensuite les personnages sont vraiment intéressants, et surtout ils évoluent de façon très convaincantes. Wyndham, qui ne se fait guère d’illusions, prend petit à petit conscience des horreurs commises par ses semblables, et Banerjee construit peu à peu ses opinions politiques, non sans humour, comme avec cette réflexion : « En chemin, je me suis dit que chaque fois qu’un Indien demande un prix trop élevé à un Anglais, c’est du vol, tandis que l’inverse, c’est du capitalisme.» En parallèle les relations entre les deux hommes sont très finement décrites, passant de la subordination à une véritable amitié.
Pour finir, le contexte est superbement rendu, avec cet équilibre délicat : en dire assez pour que le lecteur ignare comme moi comprenne, mais pas trop pour ne pas tomber dans le didactique lourdingue. Avec ici un passage par Bombay qui rappelle une évidence que l’on oublie trop ici : l’Inde était, est, un véritable continent, et comme le dit Banerjee en arrivant à Bombay : « Pour un Bengali, Bombay est à bien des égards plus étrange que l’Angleterre. »
Une très belle série que l’on se réjouit de voir prendre de l’ampleur et que l’on espère longue.
Abir Mukherjee / Les ombres de Bombay, (The shadows of men, 2021), Liana Levi (2024) traduit de l’anglais (Ecosse) par Emmanuelle et Philippe Aronson.