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Le Père Porcher

Les Disque-Monde c’est comme les pistaches à l’apéro, difficile de s’arrêter à une, donc j’en ai lu un second en suivant : Le père Porcher, toujours de Terry Pratchett bien entendu.

C’est la nuit du Père Porcher, il neige, c’est beau, les enfants ont du mal à s’endormir, dans certaines maisons on met les petits plats dans les grands, ailleurs on crève de faim comme tous les jours. Et sur son traineau tiré par 4 cochons roses, le Père Porcher avec son lutin et sa liste fait le tour des cheminées.

Mais attendez, il est bizarre cette année le Père Porcher, il a beaucoup maigri, sa barbe blanche penche un peu et surtout IL PARLE COMME CA, ce qui fait un peu peur. Car oui, il a un remplaçant, parce qu’il a disparu, et si les enfants cessent d’y croire, il disparaitra pour de bon et peut-être que le soleil ne se lèvera pas demain. Alors oui, la Mort, et même sa petite fille Suzanne vont devoir donner un sacré coup de main.

Malgré la présence géniale d’un de mes personnages préférés de la série, à savoir la Mort, ce n’est pas le meilleur volume. La faute à une intrigue assez tarabiscotée pas toujours totalement maîtrisée à mon humble avis.

Mais ne pas être le meilleur volume de cette série unique vous laisse quand même sur le très haut du panier. Avec quelques scènes absolument inoubliables, dont deux en particulier : la présence de Mort dans un grand magasin, avec sa barbe et se « HO, HO, HO » pour le plus grand plaisir un peu inquiet des enfants, et la plus grande panique des parents et du propriétaire, et la confection d’un remède anti gueule de bois par les mages.

Et la Mort est sans doute l’un des personnages les plus sympathique dans sa tentative désespérée de comprendre les humains, avec un sens de l’égalité qui fait plaisir à voir. Source de beaucoup de sourires, rires et de quelques réflexions.

Et puis il y a ces dialogues et ces notes de bas de page qui moi me font beaucoup rire, et réfléchir :

Discussion entre les mages :

  • « Il y a l’inscription, Ridculle, dit le doyen. Vous l’avez lue, je présume. Vous savez ? Celle qui dit « N’ouvrez cette porte sous aucun prétexte » ?
  • Evidemment que je l’ai lue, répliqua Ridculle. Pourquoi j’veux qu’on l’ouvre d’après vous ?
  • Euh … pourquoi, fit l’assistant des runes modernes.
  • Pour voir pourquoi on voulait qu’elle reste fermée tiens » *.

Note en bas de page : Cette discussion contient presque tout ce qu’il faut savoir de la civilisation humaine. Du moins de tous ses vestiges aujourd’hui engloutis, enceints d’une clôture ou encore fumants. »

Voilà, vive la Mort ! Vive la nuit du Porcher ! Vive le Disque-Monde ! et Vive Pratchett !

Terry Pratchett / Le père Porcher (Hogfather, 1996), L’Atalante / La dentelle du cygne (2002), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Pieds d’argile

J’avais envie d’un avant-goût de vacances, une sorte d’apéro, et quoi de mieux que de reprendre ma relecture des Annales du Disque-monde du génial Terry Pratchett ? Nous revoilà en ville avec le Guet : Pieds d’argile.

Nous sommes dans La Ville, Ankh-Morpork. Deux vieux a priori inoffensifs ont été assassinés. Le brouillard hivernal est tombé sur la ville. Et Vétérini le … Le quoi ? Le maire ? Le patron, enfin celui qui commande semble malade, comme s’il était victime d’une tentative d’empoisonnement. Détail étonnant, les golems, ces êtres d’argile qui travaillent sans cesse demandent tous des congés pour une fête religieuse.

De quoi faire tourner le ciboulot des agents du Guet. De leur chef Vimaire, aux simples agents en passant par le capitaine Carotte, Angua, sa copine qu’il vaut mieux éviter de fâcher, surtout quand approche la pleine lune, les inénarrables Colon et Chique et tous les autres.

Terry Pratchett est grand, et Pieds d’Argile est un des très grands volumes de la collection. Où il s’amuse avec les clichés et les références avec une maestria confondante. Les romans policiers procéduraux, le 87° District en tête, les légendes anciennes sur le golem, les films d’horreur, Terminator … Et toutes celles que je n’ai pas vu.

Toutes ces références passent à la moulinette du Disque monde, ce qui fait que j’ai éclaté de rire 3 fois dans les 20 premières pages. Ce qui n’empêche pas de réfléchir et de pointer du doigt ce qui l’insupporte le plus. A savoir l’arrogance des plus riches, leur mépris pour ceux qui n’appartiennent pas à leur classe, mais aussi leur aveuglement et leur stupidité. Et une belle réflexion sur la liberté, celle que l’on gagne, comment on la gagne, mais aussi celle qui fait peur.

C’est extrêmement drôle, c’est prenant, c’est intelligent, c’est pertinent, c’est original, c’est émouvant, c’est Terry Pratchett.

Terry Pratchett / Pieds d’argile (Feet of clay, 1996), L’Atalante / La dentelle du cygne (2002), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Masquarade

Une petite pause drôle et intelligente avec la relecture du Disque Monde de Terry Pratchett : Masquarade.

Du côté des montagnes loin d’Ankh-Morpork, Mémé Ciredutemps et Nounou Ogg se retrouvent seules pour leurs réunions. Magrat, la plus jeune est maintenant la Reine du Royaume. Et une congrégation de sorcières c’est une vieille, une mère et une jeune. Or la jeune la plus prometteuse, Agnès Créttine est partie à la Grande Ville, pour chanter. Il faut dire qu’elle a une voix exceptionnelle.

Voilà Mémé et Nounou en route pour une soirée à l’opéra. Où il se passe de drôles de choses, et où sévit un fantôme.

C’est donc l’opéra et son monde qui sont passés à la moulinette du génial Pratchett dans cet opus. Avec son sens de la formule inégalé :

A propos de Mémé : « Bien sûr, Mémé Ciredutemps faisait grand cas de son indépendance et de son autonomie. Mais, dans ce genre d’affaire, on a toujours besoin d’un entourage auquel montrer qu’on est fièrement indépendant et autonome. Ceux qui n’ont besoin de personne ont besoin autour d’eux de gens au courant qu’ils n’ont besoin de personne ».

Ou « Les coups de pieds et de poings cessèrent seulement lorsqu’il parut évident que la populace ne s’en prenait qu’à elle-même. Et, comme le Q.I . d’une populace équivaut au Q. I. de son membre le plus crétin divisé par le nombre de participants … »

L’opéra, sa folie, sa démesure, mais aussi la magie de la musique, les privilèges de la beauté, une réflexion sur l’utilisation du pouvoir. Intelligent, drôle, pertinent, du très bon Pratchett, appréciable même pour quelqu’un qui ne connaît rien à l’opéra comme moi.

Terry Pratchett  / Masquarade, (Maskerade, 1995), L’Atalante/La dentelle du cygne (2001), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Les tribulations d’un mage en Aurient

Comme la rentrée est un peu molle, j’ai poursuivi la relecture du Disque Monde de Terry Pratchett : Les tribulations d’un mage en Aurient.

Loin, très loin d’Ankh-Morpok, figé dans une obéissance séculaire, un pays, retranché derrière une muraille. L’empereur est sur le point de mourir, les seigneurs de la guerre aiguisent leurs couteaux. Mais un petit livre, « Ce que j’ai fait pendant mes vacances », sème le trouble et pourrait soulever une Révolution, mais une révolution très polie. Ce livre fait état d’un « Grand Maje ». Et le très compétent, très organisé et très ambitieux seigneur Hong se dit qu’il y a là une carte à jouer pour prendre le pouvoir.

Les espions de Vétérini, à Ankh-Morpok l’ont averti d’un risque en cas de changement en Aurient. Il convainc donc les mages d’envoyer sur place le Grand Maje, qui ne peut être autre que le pauvre Rincevent … Sur place une autre force est en marche, La Horde d’Argent, menée par le nonagénaire Cohen le Barbare. Ca va saigner.

Quand Terry Pratchett rassemble dans un même ouvrage, Rincevent, l’homme qui n’a de cicatrices que dans le dos tant il excelle quand il s’agit de fuir le danger, et Cohen et sa bande spécialistes de la survie et du massacre des ennemis, et qu’en plus il les plonge dans le pays de l’obéissance et de la politesse, ça ne peut que marcher.

Et ça marche, du feu de Dieu même. L’auteur dit tout le bien qu’il pense de l’obéissance absolue et du culte du chef, de façon drôle et détournée bien entendu. C’est hilarant, fin et tellement juste. Il dit tout aussi bien tout le bien qu’il pense de ceux qui décident, dans leur coin, qu’ils vont tout changer pour faire le bonheur de gens qu’ils ne connaissent pas. Là aussi, c’est drôle et pertinent.

Moi qui devient de plus en plus réfractaire en vieillissant à la moindre idée d’autorité ou d’obéissance à un chef ou à des ordres, j’ai bu du petit lait pendant plus de 400 pages. Un des meilleurs de la série, ce qui n’est pas peu dire.

Terry Pratchett  / Les tribulations d’un mage en Aurient, (Interesting times, 1994), L’Atalante/La dentelle du cygne (2001), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Accros du roc

J’étais malheureux, j’ai perdu le 16° volume des Annales du Disque-Monde du génial Terry Pratchett. Sans doute prêté et pas rendu. Alors je me suis fait un cadeau de Noël et j’ai racheté Accros du roc.

La Mort a un petit coup de déprime, il voudrait pouvoir oublier, comme les humains, mais il se souvient de tout. Alors il va essayer les méthodes humaines, la Légion Etrangère, l’alcool … Mais pendant ce temps il faut bien que quelqu’un fasse le boulot, et c’est sa petite-fille, Suzanne, qui grandit dans un pensionnat de filles de bonne famille qui va s’y coller.

Pendant ce temps à Ankh-Morpok débarque un jeune barde venu faire fortune. Malheureusement pour lui, dès le premier jour, on lui casse sa harpe. Avec deux amis rencontrés sur place il va trouver une guitare, dans une vieille boutique regorgeant d’instruments étranges. Rien d’extraordinaire, jusqu’au premier soir où il place ses mains sur les cordes dans une taverne plutôt mal famée … Un moment qui va secouer le Disque-Monde, et même l’Université de l’Invisible.

Que dire sinon que c’est un très bon volume de la série ? On retrouve les mages ce qui est toujours un grand plaisir. Planteur Je-m’tranche-la-gorge fait un manageur totalement convainquant, comme toujours la Mort est émouvant dans se recherche d’une humanité qui l’attire mais qu’il ne comprend pas.

Et puis quelles pages sur le pouvoir de la musique ! Une fois de plus, sans avoir l’air d’y toucher et en faisant le pitre, Terry Pratchett arrive à mettre des mots sur des émotions qu’on a tous ressenties un jour, mais qu’on serait bien incapables de décrire, et encore moins de décrire d’aussi belle manière. Pour moi l’un des Maîtres de la littérature tous genre confondus, ignoré de tous, sauf de ses millions de fans, juste parce qu’il ne se prend pas au sérieux.

Ceux qui ne l’ont pas lu se privent de quelque chose, les autres me comprennent.

Terry Pratchett / Accros du roc, (Soul music, 1994), L’Atalante/La dentelle du cygne (2000) traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Disque Monde n°15

Comme j’avais eu une semi déception avec La longue terre, pour me remettre j’ai relu le 15° volume des Annales du Disque-Monde du génialissime Sir Terry Pratchett : Le guet des orfèvres.

Les choses changent au Guet de nuit. Le capitaine Vimaire démissionne pour se marier, le Caporal Carotte prend de plus en plus d’importance, mais surtout, pour représenter la diversité de la population d’Ankh-Morpork, le guet a intégré un nain, un troll et même une femme. Ne manquerait plus que des morts-vivants.

C’est à ce moment qu’une nouvelle menace plane sur la cité, alors que certains voudraient absolument voir le retour d’un roi, et que les tensions entre les nains et les trolls sont exacerbées par quelques individus qui ont tout à gagner au chaos.

Encore un très très bon volume, très drôle dans son détournement de toutes les séries policières qui voient arriver petit à petit au côté des italiens et irlandais des latinos, des noirs, et même des femmes. Avec une transposition géniale des guerres et inimitiés qui remontent à l’antiquité, avec la mise à nu des mécanismes d’embrigadement, d’utilisation de la haine à des fins politiques … Bref, tout notre monde décrit dans celui, loufoque, de Sir Pratchett.

Et puis c’est drôle, très drôle, on rit souvent. Et l’intrigue est parfaitement menée. On a l’impression très satisfaisante que l’auteur fait confiance à notre intelligence. Il se trompe peut-être mais c’est quand même très agréable.

Bref, j’adore, à la relecture comme lors de la découverte.

Terry Pratchett / Le guet des orfèvres, (Men at arms, 1993), L’Atalante/La dentelle du cygne (2000) traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Disque monde n°14

Une dernière revisite et j’attaque la rentrée et la préparation du festival TPS qui approche à grands pas. Encore de l’humour avec Nobliaux et sorcières de Terry Pratchett.

Mémé, Nounou Ogg et Magrat reviennent de leur précédent périple (voir Mécomptes de fées). Au royaume de Lancre, le mariage de Magrat et du roi Vérence est programmé (à la grande surprise de ladite Magrat). Mais en parallèle, Esmé se rend compte que quelque chose ne tourne pas rond. Une menace depuis longtemps oubliée se rapproche. Ils veulent revenir. Ils sont charmants, beaux, ensorceleurs, enchanteurs … Ce sont de véritables saloperies qui n’aiment rien tant que voir souffrir leurs proies. Ce sont les elfes, et une porte vers Lancre pourrait bien leur être ouverte.

Dans la bataille à venir, les sorcières pourront compter sur l’aide parfois douteuse de quelques mages venus pour le mariage, et l’on aura des révélations étonnantes sur la jeunesse de Mémé (et oui, Mémé a été jeune).

C’est toujours un régal de retrouver les sorcières. Et quand en plus elles sont accompagnées de la crème des mages, bibliothécaire inclus, c’est doublement bon. Pour un épisode assez sombre et rude, émouvant, même si on rit beaucoup.

Un volume dans l’ombre du poids des croyances, de l’emprise qu’exercent les elfes, des figures particulièrement sinistres dans le paysage du Disque-Monde. Une réflexion sur l’assujettissement, sur la croyance dans l’illusion, sur la peur. Mais également sur les regrets des occasions manquées, sur les tournants de la vie qui ont tout changé.

Sans oublier les répliques qui tuent de la paire Mémé / Nounou Ogg, quelques scènes d’anthologie à la sauce Disque-Monde, dont une scène de beuverie puis de gueule de bois très réussie. Et côté magie et fantazy, un volume où les sorcières vont devoir faire appel à toute leur puissance, non sans donner quelques bonnes leçons à des jeunettes un peu présomptueuses.

Bref, comme chaque fois que les sorcières sont dans le coup, un excellent cru.

Terry Pratchett / Nobliaux et sorcières, (Lords and ladies, 1992), L’Atalante/La dentelle du cygne (1999) traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Disque monde n°13

Or il advint qu’en ce temps-là le grand dieu Om s’adressa à Frangin, l’Elu :

« Psst ! »

Ainsi commence (ou presque) le 13° volume des Annales du Disque-Monde du génialissime Sir Terry Pratchett : Les petits dieux.

Dans la Citadelle de l’Eglise du grand dieu Om règne la terreur. Du plus jeune novice au plus haut archevêque. La terreur de la Quisition, et de son non chef officiel, le Diacre Vorbis qui n’a pas son pareil pour détecter toute trace de blasphème ou d’hérésie et d’envoyer le coupable (à peu près tout le monde) entre les mains des inquisiteurs.

C’est là que vit le novice Frangin, grand costaud, pas idiot mais disons … lent dans la structuration de sa pensée. Et d’une foi et d’une innocence totales. Autre petite caractéristique, il n’oublie jamais rien. Et c’est à lui que va s’adresser une tortue borgne, dernière incarnation en date du grand dieu Om qui ne vit pas ses heures les plus glorieuses. Il reviendra, d’ici la fin du volume, à Frangin de sauver quelques milliers de vies humaines, car vous imaginez bien que Omnia avec son intransigeance et sa manie de torturer et brûler ceux qui ne croient pas comme elle ne s’est pas fait que des amis parmi ses voisins.

« Beaucoup se sentent appelés par la prêtrise, mais ce qu’ils entendent en réalité, c’est une voix dans leur tête qui leur explique : « C’est du travail en intérieur, sans grosses charges à soulever, est-ce que tu veux rester laboureur comme ton père ? » »

Et puisqu’on parle religion, un petit exemple de latin pratchettien :

« Cujus testiculos habes, habeas cardia et cerebellum : Quand on retient solidement l’attention des gens, les cœurs et les esprits suivent. »

Que dire ? c’est génial, c’est fin, c’est un poil critique sur les religions, surtout très très critique sur les appareils religieux, rudement secoués, et gentiment critique sur les besoins des gens de croire en des dieux, qui ici n’existent qu’en fonction du nombre de vrais croyants.

C’est très politique, les travers de ceux qui sont prêts à tout brûler pour « sauver le peuple » de la tyrannie de l’inquisition au risque de quelques dommages collatéraux ne sont pas épargnés. Les logiques guerrières non plus, et la cité concurrente qui ressemblerait fort à Athènes et à ses querelles de philosophes est tout aussi gentiment moquée.

On éclate de rire souvent, ce n’est jamais manichéen, c’est humain, très humain, et c’est bien nous que l’auteur décrit ici, sur ce monde porté par quatre éléphants qui voguent sur le dos d’une tortue.

C’est génial.

Terry Pratchett / Les petits dieux, (Small gods, 1992), L’Atalante/La dentelle du cygne (1999) traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Disque Monde n°12

Un petit Terry Pratchett pour bien commencer l’année, et un bon, puisqu’il met en scène mes trois sorcières préférées : Mécomptes de fées.

Du côté des montagnes du Bélier, pas loin de chez Nounou Ogg et Esme Ciredutemps, une sorcière meurt. Elle était aussi marraine fée et lègue sa baguette à Magrat, encore jeune, qui complète le trio. Et elle lui laisse une lettre lui demandant d’aller à Genua, loin très loin, empêcher un mariage catastrophique, et surtout lui recommande de NE PAS y aller avec Nounou et Esme. Résultat immédiat le trio, accompagné de Gredin le monstre effrayant qui sert de chat à Nounou part traverser le Disque Monde à destination de Genua où les attendent une Marraine spécialiste en magie des miroirs qui semble avoir des comptes à régler avec Esme, et une Dame qui cuisine un délicieux gombo, vit dans les marais, et semble connaitre un ancien Baron.

Comme souvent, on rit beaucoup. L’auteur s’amuse et nous avec.

Il s’amuse avec les clichés touristiques, des Carpates où un vampire va passer une très mauvaise nuit à l’Espagne. Il s’amuse avec les clichés des ressorts comiques avec un trio classique composé d’une enthousiaste toujours prête à tout tester (surtout si ça titre plus de 40°), Nounou ; une naïve qui se fait tout le temps avoir, Magrat ; et la ronchon de service pour qui rien ne vaut son chez soi, Esme. Et il s’amuse avec les contes de fées classiques, de la belle au bois dormant au petit chaperon rouge, sans oublier de leur flanquer un bon coup de dépoussiérant. Il s’amuse à récréer une Louisiane à la sauce Disque-Monde tout en rendant un bel hommage à sa cuisine et à sa culture populaire.

Et puis, parce ce que c’est Pratchett, en toile de fond, on retrouve son humanisme, et sa profonde conviction qu’il n’y a rien de pire que d’imposer sa volonté aux gens sous prétexte de ne vouloir que leur bien. Pas d’homme ou de femme providentiel chez lui, mais le portrait glaçant d’une bonne marraine qui fige tout dans un univers de conte d’où rien ne doit dépasser. Pour le bien de tous bien entendu.

A noter que c’est une des rares fois où l’on a un aperçu de la puissance de l’immense Esme, qui habituellement n’a besoin que de son chapeau et de son regard foudroyant pour se faire craindre et respecter. Et l’on comprend pourquoi, si elle autorisait qu’une telle chose (impensable) existe, elle serait la chef des sorcières.

Bref c’est très drôle, c’est émouvant et c’est intelligent, comme toujours.

Terry Pratchett / Mécomptes de fées, (Witches abroad, 1991), L’Atalante/La Dentelle du cygne (1998) traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Disque Monde n°11

Un peu de joie et de bonne humeur en ces temps moroses, ça ne peut pas faire de mal. Voici donc le retour d’un des meilleurs personnages de Sir Terry Pratchett, Mort revient dans Le faucheur.

Quelque part, quelques insignifiantes entités grises ont décidé que la Mort ne faisait pas bien son boulot, et devenait de ce fait mortel. Faut-il le rappeler ici ?« oui la Mort est un mâle, un mâle nécessaire ». Et comme le dit très bien la quatrième « il s’ensuit un chaos général tel qu’en provoque toujours la déficience d’un service public essentiel ».

Le mage Vindelle Pounze par exemple meurt, mais comme son esprit attend en vain notre héros, il réintègre le vieux corps, au grand désarroi de toute l’université. Des âmes en peine trainent partout, et loin de la Ville, un ouvrier agricole très très habile avec sa faux essaie de comprendre à quoi ressemble vivre dans une ferme et dans un village.

La mort est un des personnages les plus marquants de la série qui en compte pourtant un bon nombre. L’auteur a parfaitement réussi un mélange détonnant d’étrangeté et d’humanité. Il faut rappeler ici pour ceux qui ne connaitrait pas encore le génial Disque-Monde que la Mort est un brave type, qui se contente de venir chercher les défunts, essaie de faire son travail du mieux possible, mais ne comprend pas du tout, du fait de sa nature, ce qui nous anime, pauvres mortels. Le voir s’essayer à la conversation, ou au jeu de fléchettes dans le bar du village vaut son pesant de cacahouètes. Mais même s’il ne ressent pas, la Mort comprend vite, apprend à perdre, et surtout paie très rapidement sa première tournée !

Côté ville, l’accumulation de force vitale va chercher à créer un monstre, mais je vous laisse découvrir lequel. Sacré Terry Pratchett. Les mages sont égaux à eux-mêmes, ridicules, contents d’eux mais doutant quand même, très attachés à leurs repas. Image de l’université anglaise ? Image pour le moins d’une société très masculine, très blanche, pas très jeune, qui ne voit aucune raison de céder la moindre miette de son pouvoir, mais, et c’est l’effet Disque-Monde, un pouvoir ici très relatif. Et finalement, ils sont très humains et très attachants ces mages.

Bref, un excellent volume, avec de nombreux éclats de rire, et matière à réflexion, comme d’habitude.

Terry Pratchett / Le faucheur, (Reaper man, 1991), L’Atalante/La Dentelle du cygne (1998) traduit de l’anglais par Patrick Couton.