Compactage de déchets métalliques susceptibles de s'enflammer et/ou d'exploser
La présente invention a pour objet un procédé de compactage, sans risque d'inflammation et/ou d'explosion de déchets métalliques susceptibles de s'enflammer et/ou d'exploser lorsqu'ils sont compactés de façon classique.
Ledit procédé est avantageusement mis en oeuvre au cours du traitement de déchets métalliques irradiés, contenant notamment du zirconium et/ou du magnésium et/ou des alliages de ces métaux. Il sera ci-après plus particulièrement décrit en référence à ce contexte nucléaire mais ceci n'implique aucune limitation quant à sa mise en oeuvre dans d'autres contextes. L'homme du métier comprendra aisément, à la lecture du texte ci-après, que l'invention dans son principe -celui de l'inertage interne- est transposable dans de nombreux domaines.
On propose présentement une solution au problème général du compactage de déchets à tendance pyrophorique. De tels déchets sont notamment générés au cours du procédé de retraitement des éléments combustibles nucléaires irradiés. Ainsi, par exemple, le cisaillage desdits éléments génère-t-il d'une part du combustible en solution et d'autre part, des morceaux de tubes ou coques, généralement en zircalloy. Lesdites coques sont, à ce jour, après rinçage, disposées dans des fûts ; lesdits fûts, sans réduction de volume, étant ensuite cimentés. Il en est de même pour le stockage d'autres matériaux et notamment celui d'autres éléments de structure desdits combustibles tel que grilles, embouts, ... et celui de magnésium. On a cherché, selon l'invention, à optimiser le volume de stockage définitif ; à diminuer l'encombrement desdits fûts. Le compactage de tels fûts pose toutefois problème dans la mesure où d'une part lesdits fûts renferment de l'oxygène et des fines et où d'autre part le compactage met en jeu une énergie susceptible de faire réagir violemment lesdites fines. Le risque d'explosion et/ou d'inflammation lors du compactage de tels fûts existe donc. On propose selon l'invention de réduire et contrôler, voire éliminer ce risque.
Le procédé de compactage selon l'invention autorise donc, sans risque d'inflammation et/ou d'explosion, la réduction de volume sous l'action d'une compression, de déchets métalliques pourtant susceptibles de s'enflammer et/ou d'exploser lorsqu'ils sont soumis à une telle compression, de façon classique.
Ledit procédé selon l'invention consiste à exercer ladite compression sur un conteneur renfermant lesdits déchets et saturé en gaz inerte.
On réalise, comme indiqué ci-dessus, un inertage interne de sorte que, durant le compactage, les déchets restent en permanence sous atmosphère inerte. Ledit inertage fait intervenir un gaz inerte. On a exclu l'inertage solide ou liquide du fait des grandes quantités de matériaux inertes nécessités et de l'incompressibilité de ces matériaux...
Le procédé de l'invention peut être mis en oeuvre de la manière suivante. Les déchets sont chargés en vrac dans un conteneur adéquat. Pendant ce chargement, un gaz inerte est injecté, par bullage dans ledit conteneur, afin de remplir, en atmosphère inerte les vides générés par le foisonnement desdits déchets dans ledit conteneur : vides entre les déchets et vides entre lesdits déchets et les parois du conteneur. L'air et donc l'oxygène se trouve ainsi chassé dudit conteneur. Ledit conteneur est saturé en gaz inerte. On ne génère, en principe, pas de surpression dans ledit conteneur, ceci est inutile. Ledit conteneur est chargé à la pression atmosphérique.
On munit le conteneur ainsi chargé d'un couvercle. On se doit d'assurer l'étanchéité avec un tel couvercle que si le gaz inerte utilisé est plus lourd que l'air. Ledit conteneur, chargé et éventuellement obturé (bouché hermétiquement) est alors introduit dans une jupe de compactage pour y être compacté sous l'action d'un piston.
Le diamètre de la jupe de compactage est évidemment adapté aux dimensions du conteneur à compacter. On préconise un jeu limité -quelques millimètres- entre ledit conteneur et ladite jupe. Le piston dont le diamètre est également adapté au diamètre de ladite jupe selon les principes habituels de conception d'une presse comprime alors ledit conteneur, les déchets et le gaz inerte présents au sein dudit conteneur.
Dès lors que la pression exercée atteint un certain seuil, le gaz inerte s'échappe au travers de fissures générées sur les parois dudit conteneur et remplit alors le jeu -espace résiduel- entre ledit conteneur et ladite jupe de compactage. Les déchets sont ainsi en permanence inertes.
Il convient que ledit conteneur se fissure, craque par pliage sous l'action de la compression exercée par le piston plutôt que sous l'action d'une surpression générée à l'intérieur dudit conteneur. A cette fin, en fonction de la pression de
compactage retenue (liée, elle, à la nature des déchets à compacter et à la réduction de volume souhaitée), on choisira le conteneur adéquat. On dispose, pour cette optimisation, de deux paramètres : la nature du matériau constituant ledit conteneur et son épaisseur. On peut prévoir, pour la mise en oeuvre du procédé de l'invention, un inertage supplémentaire, par injection de gaz inerte -avantageusement le même que celui qui a été injecté dans le conteneur mais en tout état de cause un gaz plus lourd que l'air- avant le début de l'opération de compactage, autour du conteneur, dans le jeu entre ledit conteneur et la jupe de compactage. Ce complément d'inertage n'est nécessaire que dans le cas où le volume de gaz inerte présent dans le conteneur est bien trop faible pour combler le jeu entre ledit conteneur et ladite jupe de compactage.
Le ou les gaz inertes intervenant dans le procédé de l'invention sont avantageusement choisis parmi l'argon et l'azote. On n'exclut pas l'intervention d'autres gaz inertes. En tout état de cause, le choix du gaz est lié au type de pyrophoricité des déchets à compacter.
L'homme de l'art concevra aisément que si l'argon est utilisé pour le chargement du conteneur, l'étanchéité au niveau du couvercle est superflue. Si l'azote est utilisé à cette même fin, on pourra se dispenser de l'étanchéité d'un tel couvercle si et seulement si le compactage est mis en oeuvre rapidement après ledit chargement.
Le procédé de l'invention -inertage interne et éventuellement externe- élimine tout risque d'inflammation et/ou d'explosion lors du compactage de produits à tendance pyrophorique. II est bien entendu que ledit procédé est mis en oeuvre après les précautions d'usage élémentaires. On cherchera toujours à limiter l'apport en comburant (eau, par exemple, que l'on réduira par séchage préalable des déchets), l'apport en combustible (les fines, dont on s'efforcera de limiter la création et la dispersion, en réduisant la vitesse de compactage) et l'apport en énergie (lié, lui— aussi à la vitesse de compactage).
Comme précisé ci-dessus, le procédé de l'invention peut notamment être mis en oeuvre pour le compactage de déchets métalliques radioactifs, tels que ceux contenant du zirconium et/ou du magnésium et/ou des alliages de ces métaux. Il est avantageusement mis en oeuvre pour le compactage de coques en zircalloy.
On comprendra que, dans ce contexte, il est mis en oeuvre en ambiance nucléaire : à l'intérieur d'une cellule, par téléopération à distance.
L'invention est illustrée sur les figures jointes à la présente description.
- Fig. 1 schématise, en coupe longitudinale, un dispositif de compactage pour la mise en oeuvre du procédé de l'invention (inertage interne) ;
- Fig. 2 schématise un détail de la partie supérieure d'un dispositif de compactage pour la mise en oeuvre du procédé de l'invention (inertage interne et externe).
Sur ces deux figures, les mêmes références désignent les mêmes objets. On a représenté en 1 le conteneur à compacter. Il a été préalablement chargé en déchets 2 et saturé en gaz inerte 3 puis positionné dans la jupe de compactage 4 sur le tas 5. Ledit tas 5 est une pièce massive posée sur le sommier inférieur de la presse qui reçoit les effort de compactage.
On a représenté en 6 le jeu entre ledit conteneur 1 et ladite jupe de compactage 4. Ce jeu 6 limité sera saturé en gaz inerte 3 dès l'apparition des premières fissures dans la structure du conteneur 1, sous l'action de la pression exercée par le piston 7.
Sur la figure 2, le jeu 6 entre le conteneur 1 et la jupe de compactage 4 est plus important. Pour assurer à tout coup sa saturation en gaz inerte lors du compactage, on a prévu, préalablement audit compactage, de le remplir en gaz inerte (G). Avantageusement, ledit gaz inerte G est le même que celui 3, à l'intérieur du conteneur 1. On a représenté en 8 un joint et en 9 une couronne de collecte. En faisant intervenir ces éléments, on limite la dispersion de fines dans la cellule de compactage. L'invention est également illustrée par l'exemple ci-après.
On a compacté selon l'invention des coques en zircalloy. La présence d'eau dans ce type de déchets est à proscrire, afin d'éviter le dégagement d'hydrogène. Or, lesdites coques, dès lors qu'elles sont sèches et à fortiori décomposées en petits débris, avec présence de fines, sont susceptibles de s'enflammer, même sans apport d'énergie particulier.
L'inertage pendant le compactage desdites coques séchées est donc indispensable.
Les coques sont séchées dans un appareil adéquat, sous gaz inerte. Elles sont ensuite chargées, avec bullage d'azote dans un conteneur en acier inoxydable de 901 environ. Le diamètre extérieur dudit conteneur est de 390 mm, sa hauteur
de 800 mm. L'épaisseur de l'acier est d'environ 1 mm. Le volume de coques chargées dans ledit conteneur est d'environ 82 1. La densité du mélange coques/ azote est d'environ 1 (la densité théorique du métal est de 6,2 - 6,6).
Le conteneur ainsi chargé est transféré dans la cellule de compactage. On aménage avantageusement dans celle-ci une couronne de collecte au-dessus de la jupe de compactage pour collecter le gaz inerte qui s'échappe au travers des fissures du conteneur pendant le compactage.
La pression exercée est d'environ 200 MPa.
On obtient une galette d'environ 150 mm de hauteur présentant une densité de 4,1.
On prévoit le transfert et le conditionnement d'une telle galette dans un conteneur définitif de stockage.