[go: up one dir, main page]

email print share on Facebook share on Twitter share on LinkedIn share on reddit pin on Pinterest

SAN SEBASTIAN 2024 Compétition

Audrey Diwan • Réalisatrice d'Emmanuelle

“Je voulais une histoire qui rompe peu à peu avec les codes de ce monde asphyxiant”

par 

- La réalisatrice française réfléchit sur les objectifs et l'élaboration de son nouveau film, inspiré du roman d'Emmanuelle Arsan

Audrey Diwan • Réalisatrice d'Emmanuelle
(© Jorge Fumebuena/SSIFF)

La réalisatrice française Audrey Diwan, lauréate du Lion d'or de Venise avec son film précédent, L'Événement [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Anamaria Vartolomei
fiche film
]
, évoque pour nous les recherches et le travail d’élaboration qui ont abouti à son nouveau film, Emmanuelle [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Audrey Diwan
fiche film
]
, inspiré du roman d'Emmanuelle Arsan, qui a fait l’ouverture de la compétition du 72e Festival de San Sebastian.

Cineuropa : Comment avez-vous été amenée à vous intéresser au roman d'Emmanuelle Arsan ?
Audrey Diwan :
J’ai lu le livre par curiosité, sans penser en faire un film. Il contient une longue conversation entre Emmanuelle et un (vieil) homme sur ce qu’est l'érotisme, la limite entre ce que nous montrons et ce que nous cachons. Au moment du premier film Emmanuelle, le public voulait élargir le cadre pour en voir davantage. Je me suis demandé si l’érotisme pouvait continuer d’être un langage du cinéma aujourd’hui, mais en faisant le geste inverse : en resserrant le cadre pour inviter le spectateur à investir le hors-champ, à user de son imagination. En créant une sorte de narration collaborative. C'est cette réflexion sur la forme qui m'a d'abord émoustillée.

Votre Emmanuelle parle d’une femme en quête d’un plaisir perdu. Pour vous, le film est-il la chronique de cette quête ou celle d'une libération qui se fait à travers elle ?
Pour que le désir de faire un film monte, pour la forme ne suffit pas. J'ai su que je ferai Emmanuelle le jour où je me suis mise à imaginer cette femme sans plaisir. J’ai été portée par mon personnage. Comme vous le dites très justement, on est à la fois dans une quête de sensations et un mouvement de libération. Nous vivons dans un monde où la notion de plaisir est souvent liée à celle de performance. Nous devons nous s'amuser, recevoir des bénéfices, ne jamais cesser de chercher à atteindre la perfection, même physiquement, tout particulièrement en tant que femmes. Je trouve que toutes ces idées évacuent celle de plaisir. Et génèrent de la solitude. Je voulais une histoire qui brise lentement les codes de ce monde oppressant.

Le film traite de la question du combat entre l’instinct et la raison. Comment entendez-vous les termes de ce sujet (très présent dans le travail de Sade) dans le film ?
On parle ici d'une raison capitaliste. Ici, la raison n’est pas une forme de limitation morale, mais une injonction à consommer davantage, à rechercher la meilleure expérience, même si elle est totalement artificielle. À l’inverse, l’instinct nous rappelle à l'état de nature, à faire confiance à nos sensations.

Le personnage de Kei peut être compris comme le fantôme du désir d’Emmanuelle (existant ou pas). Que représente-t-il pour vous ?
Dans le film, je ne voulais pas qu'il y ait des opposants à la quête d’Emmanuelle, mais des gens qui lui révèlent des parties différentes de son désir ou des obstacles intimes qu’elle veut surmonter. Pour moi, Kei est comme un miroir pour cette femme, qui l'invite à formuler avec des mots ce qu’elle veut, tout au fond d’elle. Il la ramène à elle-même. C’est sa fonction.

Pourquoi avez-vous choisi Noémie Merlant ? Qu’est-ce qui vous a intéressée ou attirée en elle pour ce rôle ?
C’est une actrice puissante et une femme puissante. De Portrait de la jeune fille en feu [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Céline Sciamma
fiche film
]
aux Olympiades [+lire aussi :
critique
bande-annonce
fiche film
]
, en passant par le film qu'elle vient de réaliser elle-même, Les Femmes au balcon [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Noémie Merlant
fiche film
]
, toute la filmographie de Noémie interroge le corps de la femme. Elle a beaucoup réfléchi à la manière dont on présente le corps de l'actrice à l’écran, et comme elle a des idées très précises et convaincantes sur la question, elle est très libre quand elle joue. Rendre du pouvoir à la comédienne signifie créer de la liberté à l’écran. On devrait garder ça à l’esprit.

Les deux endroits où se passe le film, l’hôtel et la ville de Hong Kong, jouent pour moi un rôle important dans le film. Comment avez-vous travaillé avec ces deux espaces diamétralement opposés ?
Je voulais faire un film qui recoure aux sensations. L’hôtel, par nature, est un décor. Il a été conçu pour le plaisir de ses clients, mais tout est factice. Le son est trop feutré, l’odeur toujours la même, la musique aussi. Je voulais créer peu à peu un sentiment de claustrophobie. C’est un paradis artificiel qui se transforme lentement en prison. L'idée est de donner à Emmanuelle l'envie d’ouvrir en grand la porte de cet endroit et d'aller respirer la moiteur de Hong Kong.

(Traduit de l'espagnol)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Lire aussi

Privacy Policy