Dans l’arrière-boutique des ship managers
Dans l’arrière-boutique des anthropologues
« J’arrive à faire face à à peu près tout »
« Le respect de la diversité n’est pas une donnée française »
Une audience à la Cour nationale du droit d’asile
Grothendieck mon trésor (national)
bonjour,
v’là la suite.
à part ça, j’ai un gros problème : je n’ai
pas trouvé le chocolatier de mon confrère d’africaine queen. aurions nous le
droit d’introduire de la fiction dans les articles ou de les bidonner
?
bernard. Ivry est une ville industrieuse avec sa fabrique de
plumes métalliques devenue manufacture des oeillets devenue ateliers d’artistes,
avec son souvenir sucré de Pierrot Gourmand, avec les deux mille six cents
entreprises dont elle se flatte, avec ses tas de gravats déversés au hasard vers
les quais, normal, c’est là que passe le fleuve. Au bord de l’eau, ou presque,
il y a aussi des fleuristes, des cinémas, et, un peu plus loin, l’imprimerie
du Monde. On dénombre quatre sites dans la région parisienne.
Ivry. Tremblay pour le groupe le Figaro. La Courneuve pour l’Humanité
et Libération et, accessoirement, La Tribune pour qui voudrait
suivre au jour le jour les variations boursières. Saint-Ouen pour le groupe
Amaury c’est à dire le Parisien et l’Equipe qui franchement n’est
plus ce qu’elle était. Sans oublier Paris XV eme arrondissement pour
Le journal officiel et, à tout seigneur tout honneur, la ville de Sens
pour Le Tigre qui est imprimé, lui, sur papier lys naturel. Le coeur du conflit c’est bien que l’imprimerie
du Monde reste à Ivry. Telle est la substance de toutes les réunions et
des propos tenus par les délégués de la CGT. Au siège du boulevard Blanqui, on passe de la
bibliothèque au bureau du secrétaire général. Mon oeil ne m’a pas trompé, Marc
joue au rugby. La première chose que je vois, sur le mur, est une affiche
intitulée «la troisième mi-temps d’Alain», destinée à fêter le départ à la
retraite du dénommé Alain, un bandeau rouge sur le front, genre Herrero. Quant à
Marc, il a joué à Pontault-Combault, ça n’est pas Lannemezan ni Tyrosse, mais ça
vous en impose un peu quand vous connaissez la fédérale trois en région
parisienne, il a joué troisième ligne, il a fini deuxième ligne, non pas qu’il
ait grandi en vieillissant, mais forcément il courait moins vite. En face, il y
a une belle lithographie du comité intersyndical
QUI CASSE L’IMPRIMERIE
CASSE LE CULTURE et une bibliothèque pleine à craquer de livres où je repère un
petit buste de Lénine masqué par une photographie de sa femme et sa fille, une
brochure du même, Du rôle et des tâches du syndicat (jamais lu, dit-il,
avec un grand sourire), Ma voix ouvrière de Bernard Thibault (lu, avec le
même sourire), tous les tomes du Dictionnaire biographique du mouvement
ouvrier de Maitron, une troïka de choc, Ho Chi Minh/Guevara/Krasucki.
J’en profite pour rappeler que Krasucki était un vrai merle chanteur, capable de
siffloter l’allegretto de la septième symphonie à ses compagnies pour tenir le
coup à Auschwitz. Avec l’arrivée de Martial et Didier, l’enquête reprend
ses droits. L’âme tranquille, je leur demande confirmation de ce que j’ai
entendu dire, autrefois, par des ouvriers du livre devenus ouviers du livre
après quinze ans dans les roulements à billes ou vingt ans dans les industries
chimiques, confirmation de ce que j’ai lu dans des ouvrages reconnus d’histoire
sociale. Vous êtes bien l’aristocratie ouvrière ? Ma question jette un léger
froid. En réponse, une feuille de paye vole jusqu’à moi. La feuille est jaune,
ce n’est pas ce qu’on appelle un bas salaire mais évidemment il doit être mis en
rapport avec les contraintes du travail, la nuit, les weeks-ends, les jours
fériés à part le fameux 1 er mai. Toutefois, oui, le métier est noble, nous
fabriquons un produit différent chaque jour. Le raisonnement se déroule ensuite
selon une logique imparable : « c’est comme le métier d’infirmière ; tous les
métiers sont nobles comme les gars du nettoiement ; ce n’est pas comme les
traders ni les drh ». Tous les trois sont heureux de consacrer une part
importante de leur vie aux luttes. Pour autant, ils n’en seraient pas moins
heureux s’ils avaient davantage de temps pour « faire des choses que j’aime ».
Marc ce serait les musées d’art contemporain ; il voudrait voir le MACVAL et il
a gardé un beau souvenir de l’exposition Léger à Pompidou ; sinon il a déjà vu
le film d’Eastwood, Invictus, avec Mandela et les Springboks, je l’aurais
parié. Didier ce serait les sports de combat et le bricolage et le jardinage
quand il fait beau ; ainsi n’a-t-il pas trop de regret à nourrir cet hiver ; il
a un petit jardin, des salades, deux trois pieds de tomates, et même quelques
framboises pour les gamins. Quand c’est le tour de Martial, les deux copains
esquissent un large sourire. Franchement, je ne sais plus lequel des trois,
laisse échapper le mot-clef : bonsaï. Martial a une passion pour les bonsaïs, il
a un petit balcon où il officie, il lit des revues de bonsaïs, il les lit même
dans le train qui les conduit à des congrès en province ; il a commencé à
prendre des cours mais ses activités syndicales l’ont obligé à arrêter.
Heureusement l’hiver les bonzaïs sont un peu comme les ours, ils hibernent. Si j’ai bien suivi, l’hiver semble la saison la plus
favorable à l’action syndicale voire au grand soir. C’est peut-être pour cette
raison que la révolution d’octobre a eu lieu en novembre sous les tourbillons
des premières neiges. Cela dit, si le printemps est pour bientôt, on y a déjà vu
quelques jolies surprises.