[go: up one dir, main page]

jeudi 13 décembre 2012

He's Alive : He's Aliiiiiive !

Il se passe quelque chose en ce moment dans le milieu du jazz. Quelque chose qui fait penser que cette musique n’est pas encore pas tout à fait morte. Son corps souffre indéniablement, mais il bouge encore et le souffle est encore chaud.

Il y eut le disque des trois cinglés qui composent The Bad Plus, celui des rosbifs du Roller Trio. On découvre maintenant, Rusconi, un trio de suisses complètements déglingués. Même causes, même effets. L’ensemble est soudé comme les ouvriers de Florange, qui s’y connaissaient depuis un bail question soudure, cimenté comme une famille de portugais, colmaté comme un joint de baignoire ; personne n’entreprend de capturer la lumière pour ne l'avoir que pour soi, personne ne marche sur les pieds de son voisin ; sans s'excuser tout du moins. Les trois hommes s’avancent et lancent leurs idées dans une sorte de bordel organisé. C’est lyrique, parfois sombre, et parfois même carrément inquiétant, mais aussi joyeux de temps à autre, facétieux, irrévérencieux. L’institut médico-légal peut encore garder ses instruments au chaud ; l’autopsie, c’est pas pour maintenant.






mercredi 12 décembre 2012

Destins croisés


Ravi Shankar disait ceci à propos de John Coltrane :

« J'écoutais beaucoup Louis Armstrong, Cab Calloway ou Miles Davis, mais j'associais leur musique à des pièces enfumées avec drogue et alcool. Quand j'ai connu Coltrane, il avait cessé de boire, il était devenu végétarien. Je n'arrivais pas à le croire, il avait l'air si clean, si comme il faut ! Surtout, il était humble. Nous nous sommes rencontrés trois ou quatre fois à New York, il posait des questions sur les ragas, l'improvisation. Je lui disais : j'entends des perturbations, des sons perçants, quelque chose qui hurle dans votre musique. « C'est exactement ce que je veux apprendre de vous, m'a-t-il répondu, comment puis-je mettre de la paix dans ma musique ? » Hélas, il est mort alors qu'il devait me rejoindre, pour six semaines, à Los Angeles. Il avait donné mon prénom à son fils : Ravi Coltrane est aujourd'hui saxophoniste de jazz, comme son père ! »

Le plus célèbre des joueurs de sitar est mort ce mardi, à l’âge de 92 ans. La conversation va donc pouvoir reprendre là où le sort l’avait laissée.





lundi 10 décembre 2012

A 4 sur un vieux !

Je crois que je ne parlerais pas tant du catholicisme ou de l’Eglise catholique si on n’en donnait pas une image si distordue, si éloignée de la réalité.

Dernier exemple en date, samedi soir : je suis affalé dans mon canapé, je fais défiler les chaines paresseusement, sans y penser. Sur la 2, l’émission de Bruce Toussaint commence avant d’en finir prochainement – la télé est une jungle pleine de bons sentiments. Générique débilitant, micro-trottoir bidonné, sommaire. Applause ! Au menu entre autres choses, la sortie idiote et opportuniste de Cécile Duflot, vous connaissez ! Visez mon doigt suspendu au-dessus de la touche Prog + de la télécommande.

Pour représenter l’Eglise catholique, on a invité le Père Guy Gilbert, vous souvenez-vous du Père Gilbert ? Qui ne se souvient du père des loubards, qui porte le même vieux perfecto depuis 30 piges. Aïe, me dis-je, ça commence mal. Je n’ai rien contre le Père Gilbert, pour tout dire, mais je me demande si on n’aurait pas pu trouver un peu mieux que lui, un peu plus…enfin… – et un peu moins daté sans verser dans le jeunisme – pour représenter les catholiques de France. On n’aurait pu mais on n’a pas voulu. Applause ! Ce n’est pourtant pas les interlocuteurs qui manquent dans l’Eglise catholique. Il y a quantité de prêtres, quantité de responsables qui auraient pu porter la voix du diocèse parisien, mais non, on a choisi le Père Gilbert. Le Père Gilbert coûte que coûte. Le Père Gilbert, connu pour être une sorte de mascotte cathodique. Les médias avaient besoin d’un catholique pour démontrer par l’exception qu’on était tous des ringards rétrogrades. C'est l'office du père Gilbert. Le Père Gilbert, au-dessus de la mêlée des bourgeois qui feuillettent à n’en plus finir des catalogues Ciryllus pour démontrer qu’on peut très bien être prêtre catholique et super cool tout à la fois. Enfin, cool, cool, c’est quand même vite dit : cool, tel que l’on pouvait l’être il y a 30 ou 40 ans. Aujourd’hui, il faudrait penser à prochainement renouveler le stock, un prêtre en survète Nike peut-être ou en baggy, parlant le verlan, hyper branché question breakdance, je ne sais pas. Ou un curé qui sillonnerait les raves et goberait des cachets d’ecsta ! Comme si les gens étaient incapables de détacher la question de l’orientation idéologique du vêtement. Je suis fatigué, moi…

L’Église a-t-elle besoin de représentants cool, qui n’aurait par exemple pas peur de dire des grossièretés ou de se comporter comme un va-nu-pieds ? L’Église a-t-elle besoin d’un Père Gilbert pour démontrer qu’elle accepte sans mal en son sein les diversités d’opinion ? C’est la question à cent mille !

Passent le folklore et la télégénie du prêtre de cuir vêtu. Pins et badges anarchy in the UK ! Applause ! Get louder ! Le Père Gilbert dissipe assez vite quelques doutes. Il lui faut dix minutes en tout et pour tout avant que l’affaire ne sa gâte. C’est qu’il est avant tout catholique : il est contre le mariage gay, il défend la chasteté en tant qu’idéal d’amour. Pire, il se dit contre l’avortement. Personne n’applaudit. Silences sur silences. Voilà qui vous fait perdre toute cool attitude en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Comment ? Aussitôt, Clémentine Autain bondit (car Clémentine est devenue chroniqueuse), l’œil indigné : « Il ne peut y avoir aucune liberté pour les femmes sans celle qui leur cède le droit [inaliénable ?] de disposer de leur corps. » Derechef, l’indispensable Guy Birenbaum, œil rivé sur son écran tactile, sapé comme l’as de pique, s’empresse de signaler que Twitter est en émoi. « Sur internet, dit-il, l’air à peine réveillé, ce genre de propos ne passent pas ! » A cet instant là, j’ai comme une sorte de hoquet. Ou de rire pathétique. Il s’agit peut-être d’un vague remugle. Je sifflerais bien un verre de bas armagnac, moi… Et ça continue. C’est le tour de Pierre Arditi de marquer son désaccord. En peu de mots, en moins d’arguments encore, c’est la curée homéopathique.

Le hic, c’est que le Père Gilbert, a désormais passé l’âge de la vivacité d’esprit ; s’il ne l’a jamais eu. Il balbutie et bredouille et bute désormais sur chaque mot tandis que se succèdent attaques et contre-attaques, survenant de partout. Tir groupé. Le voilà cerné, du haut de ses presque 80 balais, à peine remis d’une convalescence, des suites d’un AVC. Il parvient à placer le mot « vie » après de mémorables efforts entre deux saillies mais sans préciser ce qu’il entend par là. Sa tentative s’évanouit, s’évapore. On ne l’entendra pas parce que l’on n’a pas le temps, qu’il faut passer à un autre sujet, parce que c’est comme ça la télé. Les autres le savent. Le père Gilbert a oublié. Il a perdu la main. Si l’on avait invité ce soir là quelqu’un d’autre que lui, moi par exemple, j’aurais sans doute dit à Clémentine Autain qu’elle définissait sans se moucher la liberté des femmes, comme nombre de féministes, en fonction d’une limitation de celle des hommes. Car, cela va de soi, si toute femme est aujourd’hui libre d’avorter sans rien demander à personne, cela implique qu’elle peut prendre cette décision sans demander l’avis de la personne avec qui elle a conçu l’enfant ((oui, conçu, même si personne n’a fait exprès) ou l’hypothèse d’un enfant). Je lui aurais peut-être aussi dit que la vie n’est pas seulement une question de biologie (essaie donc de voir plus loin que le bout de ton nez, Clèm ! je peux t’appeler Clèm ?), que la question n’est pas de savoir si un embryon peut être qualifié d’être humain après 3 mois de gestation, mais d’envisager la question sous un angle plus philosophique. Mettre un terme à une grossesse, ce n’est peut-être pas tuer un être humain (à dire vrai, je n’en sais rien) mais c’est en tout cas, empêcher une vie d’éclore. L’embryon avorté, n’est pas un être humain mais ce pourrait en être un, ce pourrait être moi, vous, Clémentine Autain, Pierre Arditi ou Guy Birenbaum. Je sais, Guy, ça ne passe pas chez les twittos... Quid, aurais-je sans doute ajouté, de cette liberté (qui conditionne l’ensemble de la liberté féminine selon Clémentine Autain (comme s’il y avait une liberté pour les femmes et une liberté pour les hommes, toutes deux de nature différentes)) alors que l’arsenal contraceptif (dit-on !) est aujourd’hui supérieur à tout ce que nous avons jamais connu. Hélas, la discussion en restera là, prisonnière des préjugés, des arguments tout faits, des capacités désormais limitées du Père Gilbert et de cette ligue improvisée qui ne pouvait décemment laisser dire une opinion interdite.

Je suis fatigué, moi…

jeudi 6 décembre 2012

Etrange poétique de la concordance du temps

Quand on est vieux, parfois, on meurt.

C’est le cas de Dave Brubeck, par exemple, mort la veille de son 92ème anniversaire. La veille, alors que le monde du jazz s’apprêtait à souffler les bougies à sa place. Il est grand temps de s’en aller, s’est-il peut-être dit. Je trouve la sortie élégante. Je dois pourtant confesser avoir très peu écouté Brubeck. Je connais Take 5, évidemment, et Blue Rondo a la Turk comme à peu près tout le monde et voilà tout. Et puis, quelques enregistrements sur lequel on le retrouve au piano, de passage, on ne sait par quel hasard. Chez les amateurs de jazz, il est de bon ton de se moquer de Brubeck ou de le mettre à l'écart, de négliger son apport, de railler son coté « jazz pour les masses » ; il s’agit au mieux d’un tropisme, au pire d’un snobisme. En ce qui me concerne, je n’ai pas d’avis sur la question. Je reconnais au jeu de Brubeck une certaine qualité, un toucher particulier et à ses compositions les plus fameuses, un petit quelque chose d’élégamment alambiqué mais cela ne va pas plus loin. Sa musique, tout du moins le peu que j’en ai entendu, me laisse froid.

Par une étrange coïncidence, Oscar Niemeyer, pape brésilien de l’architecture moderne et autre vieillard célèbre s’est éteint le même jour, à 104 ans. Un âge qui donne le tournis. Voilà un homme se dit-on, qui a dû vivre l’Histoire comme personne, surtout celle particulièrement troublée du Brésil. On lui doit l’étrange cathédrale de Brasilia, le siège des Nations-Unies (en partie), d’autres bâtiments gris, lisses et froids. Je n’en sais pas plus, à vrai dire, c’est la coïncidence que je trouvais troublante. En même temps, je suppose que ces deux hommes ne sont pas les seuls à être morts le 5 décembre 2012. Il s’agit donc d’une coïncidence qui n’en est pas vraiment une.

Quelques jours plus tôt (cocorico) José Bénazéraf, 90 ans, réalisateur de films chauds et intellos, en dépit des apparences - tels que : Joë Caligula – Du suif chez les dabes ; Le Désirable et le Sublime ; L’Enfer dans la peau – les avait précédés. Je ne sais plus qui a dit que tout homme était un obsédé sexuel par nature et qu’avec l’âge, il devenait de plus en plus obsédé mais, hélas, de moins en moins sexuel. L’adage semble se confirmer à la lecture de la filmographie de Bénazéraf. Finis les titres Nouvelle Vague, à partir du milieu des années 70, les productions de Bénazéraf commencent à se corser : Adolescence pervertie (1974) ; La Veuve lubrique (1975) ; La Bonne Auberge (ici on baise) (1977) ; Je te suce, tu me suces, il nous… (1979) ; Chattes chaudes sur queues brulantes et La Madone des pipes (1983) ; Le Port aux putes (1985)… avant de se terminer chez le psy avec le cultissime Acteurs porno en analyse, tourné en 1998. Si la sortie de Brubeck fut élégante, on remarquera que celle de Bénazéraf fut astucieuse. Ce qui fera dire à Langlois (l'un des fondateurs de la cinémathèque) que les films de ce pornographe assumé qui filmait des culs sur des citations de Baudelaire et de Kierkegaard, « charriaient des pierres et des diamants ».

lundi 3 décembre 2012

Faut-il déloger Cécile Duflot ?

Taper sur l'Eglise catholique est en passe de devenir un véritable sport national. La preuve, on ne compte plus le nombre de licenciés. Ce qui ne signifie pas que tout le monde soit doué pour sa pratique. Le football a aussi ses footballeurs du dimanche. Ce sport n'est pas bien compliqué, il est vrai et majoritairement soutenu qui plus est - et c'est pour cela qu'il est pratiqué par le plus grand nombre. Les règles en sont simples et quiconque assiste à une partie peut sans peine les comprendre. Mais que voulez-vous, il y en a qui ne sont bons à rien. A rien du tout. Cécile Duflot par exemple a réussi à se prendre les pieds dans ce tapis des plus fins, si bien qu'on finit par se demander si elle sait nouer sans aide les lacets de ses propres chaussures.

Ainsi, dans une interview au Parisien, la Ministre du Logement a parlé des fameuses réquisitions de logements vides et en a appelé à la solidarité de l'Eglise Catholique. Je la cite :

« Je le ferai sans mollesse, comme l'avaient fait De Gaulle ou Jacques Chirac (...) J'ai bon espoir qu'il n'y ait pas besoin de faire preuve d'autorité. Je ne comprendrais pas que l'Église ne partage pas nos objectifs de solidarité. »

Hélas, son tir au but est passé plus de 2 mètres à coté du poteau gauche et a occasionné, comme le veut la tradition, un renvoi aux vingt-deux des plus expéditifs ; l'Eglise ne l'ayant pas attendu pour agir. Il se trouve que l'opération de renvoi s'est effectuée avec l'aimable participation de Charles Gazeau, délégué épiscopal pour la solidarité du diocèse de Paris et diacre au sein de ma paroisse - un homme bon comme le bon pain et peu enclin à l'emportement.

Nous espérons que Cécile appréciera et qu'elle ne laissera pas échapper la prochaine occasion de se taire...



samedi 1 décembre 2012

L'antisémitisme sans frontières mais jamais sans sponsor


Une soixantaine de footballeurs professionnels, dont Didier Drogba (Shanghaï Shenhua), Eden Hazard (Chelsea) ou encore Jérémy Ménez (Paris-SG), ont adressé une lettre à l'UEFA pour protester contre la décision de confier à Israël l'organisation de l'Euro 2013 des moins de 21 ans (5-18 juin). Frédéric Kanouté (Beijin Guoan), André et Jordan Ayew (Marseille) ainsi que les internationaux français Yohan Cabaye (Newcastle), Abou Diaby (Arsenal), Alou Diarra, Rod Fanni, Steve Mandanda (Marseille) ont également signé ce texte.

Ils estiment que l'instance européenne du football ferme les yeux sur la récente offensive israélienne sur la bande de Gaza et expriment «(leur) solidarité avec le peuple de Gaza qui vit depuis trop longtemps en état de siège, et dont on refuse les droits humains les plus fondamentaux : la dignité et la liberté», selon la lettre. «Les derniers bombardements israéliens sur Gaza, provoquant la mort d'une centaine de civils, ont été une nouvelle offense à la conscience du monde», dit la lettre. Source L’Equipe.fr



Je ne saurais dire ce qui est le plus consternant dans cette affaire : que la grande majorité des signataires ne soient même pas en mesure de jouer l’Euro puisqu’étant de nationalité africaine pour la plupart ; qu’aucun des 59 signataires ne semble se demander pourquoi Israël est contraint de jouer les compétitions européennes de football bien qu’étant un pays ne se situant pas en Europe (même pas en partie, comme c’est le cas de la Russie ou de la Turquie) ; qu’aucun des 59 signataires ne se soit insurgé contre la décision de la FIFA d’attribuer il y a quelques années au Qatar (pays éminemment démocratique) l’organisation d’une prochaine coupe du monde (compétition que nos 59 pourraient théoriquement tous jouer au contraire de l’Euro israélien) ; qu’aucun des 59 signataires ne semble faire grand cas des attentats commis sur le sol israélien, qui font aussi leur lot de morts, qu’aucun ne semble à même de se mettre à la place d’un homme ou d’une femme qui perdrait son enfant, fauché dans la fleur de l’âge parce que juif, mais aussi parce qu’il aurait pris le mauvais bus, aurait choisi la mauvaise terrasse pour boire son coca frais, la mauvaise discothèque pour danser un samedi soir…

jeudi 29 novembre 2012

La brève histoire de Peter Sims

Pete La Roca, né Peter Sims en 1938, n’est sans doute pas le plus fameux des batteurs de jazz. Moins stylé que Tony Williams, moins inspiré qu’Elvin Jones, moins tutélaire qu’Art Blakey, moins aventureux que Max Roach. Sa carrière en dents de scie explique peut être cela ou c’est peut-être plus sûrement ce qui l’explique. 3 albums en qualité de leader et une poignée d’autres dans la peau du sideman, à une époque où les musiciens de jazz enregistraient à peu près tous les matins pour leur compte et pour celui des autres. Il n’empêche que parmi ces quelques disques, on retrouve un des plus beaux, enregistrés chez Blue Note, Basra, sorte de contrepoint - ou d'écho - de ce qu’avait été le Olé de Coltrane, 4 ans plus tôt. Il n’empêche, aussi, qu’on le retrouve soutenant des musiciens que l’Histoire devrait davantage chérir : Joe Henderson, Kenny Dorham, Freddie Hubbard, Art Farmer, Charles Lloyd ou encore Jackie McLean, sur des sessions de choix.

La vie d’un musicien de jazz, il est vrai, est un sacerdoce. Un sacerdoce qui n’a besoin d’aucune autorité pour défroquer ceux qui perdent cette volonté qui permet d’affronter toutes les tempêtes. Les gigs se succédant dans des bouges infâmes, devant un public de paumés, ne sachant pas eux-mêmes comment ils ont atterri là – et on ne dit pas ce qu’il faut faire pour les dégoter. Les discussions unilatérales avec les maisons de disque, de plus en plus réticentes à enregistrer du jazz. Le travail permanent, acharné, que nécessite la pratique de l’instrument. La concurrence des autres musiciens, dont certains ont les dents qui raclent le linoléum. Manger peu. Se camer beaucoup. Dire adieu à une vie de famille digne de ce nom. Pete La Roca n’avait peut-être pas cette flamme là, cette capacité à avaler toutes ces saletés de couleuvres. Aussi, le batteur métronomique, mi-batteur, mi-percussionniste, préféra prendre le virage du conformisme en 1968 et devenir avocat. On gage que ses plaidoiries devaient être calées sur le bon tempo et maîtriser la science du point d’orgue.

Plusieurs vies plus tard, le batteur italien Aldo Romano l’avait convaincu de sortir de son silence, cause sans doute d’un amour de jeunesse. Pete avait donc ressorti pour un temps cymbales, caisse claire et tom basse. Il jouait encore il y a 4 ans au Duc des Lombards. La vie lui a demandé de tout remiser il y a dix jours. Il est vrai qu’en toutes choses, les bons comptes font les bons amis.




mercredi 28 novembre 2012

Dialogue avec Mirliton - Jumpin' the shark


(Eclats de rire)

Mirliton se réajuste. Il regarde par la fenêtre. Un silence lourd de non-sens emplit la pièce. Je sais que nous pensons tous les deux à l’arbre du logo. Mais nous n’en disons rien. Nous résonnons intérieurement de  nos rires, comme deux entrepots vides.

- Ils ont battu les écolos en terme de légende urbaine de bordel, c’est dire !
- Ah mais là, ils ont même battu le Nigéria.
- Ne stigmatise pas.
- Je ne stigmatise pas, c’est Fela qui le dit…
- Ah, si c’est Fela qui le dit... (Mirliton se chatouille le menton) C’est un peu comme True Blood… ça va trop loin…
- Ah mais putain, ouais, putain ! exactement comme True Blood. Fantastique fulgurance !
- Tu peux filer avec si tu veux…
- Attends, je réfléchis.
- Tu veux un verre d’eau ?
- Non, ça devrait aller…
- ...
- Ouais, tout compte fait, je veux bien un verre d’eau.
- (Mirliton me sert un verre d’eau, je bois une gorgée) Finis ! (...) Les verres à moitié vides me portent sur les nerfs. (J’obtempère ; je déglutis si fort qu’on entend un voisin de plaindre…) C’est bon ?
- Ouais.
- Recommence, s’il te plait.
- (il soupire)
- Pour des raisons de fluidité merde... T’es vraiment un conard quand tu t’y mets…
- C’est un peu comme True Blood, ça va trop loin.
- C’est exactement ça putain ! C'est une affaire de point de bascule : au début on aime bien, ensuite, on aime encore mieux parce qu'on se dit, putain, ils sont pas gênés quand même, ces mecs, ils n'ont honte de rien, ça fait presque envie, on aimerait soi aussi ne pas avoir honte, de la même façon, s'en battre le couilles, on admire cette liberté d'être mauvais, et de l’être de manière toute fait assumée,  cette liberté d'être nul, d'être vulgaire, d'être absolument ridicule et cette faculté d'afficher le pire mauvais goût, et puis, et puis, vient le point de bascule, ce grand plongeon dans le grand n'importe quoi, cette surabondance d'effets, d'impudeur, de personnages, de créatures, vient le temps où l’on finit par avoir honte d'avoir aimé ça, ne serait-ce qu'un instant, on se justifierait presque auprès de ceux qui prétendent ne jamais avoir trouvé ça à leur goût :

Non mais... J'aimais ça avant, oui, c'est vrai, j'avoue, mais au tout début, c'était quand même différent, enfin pareil mais différent quand même, parce que au début, c'était plus subtil, il y avait là comme une sorte de science très exacte du grotesque, de l'outrance, cela ressemblait à sorte d'opéra qui ne serait pas cousu de fil blanc... Ensuite, il faut le reconnaitre, les scénaristes ont commencé à manquer d'idées et ça a clairement commencé à tourner en rond... Mais au début, au début...
… Mais au fond de soi, on sait qu'on a apprécié... que l'on s'est divertit d'une chose particulièrement infamante... Et on a honte...

- Tu veux tousser ?
- Oui, si ça ne te dérange pas.
- Ça ne me dérange pas. Fais comme chez toi.
- Je suis chez moi.

(Je tousse, mais pas trop fort)

- Il y a un terme pour ça.
- Hein ?
- Y'a un terme dans les séries pour expliquer ça, tu dois connaitre sûrement : ça s'appelle "jumping the shark". Ca vient de la série "Happy Days", quand Fonzie a sauté au dessus d'une piscine remplie de requins, je crois. C'est à ce moment là que les fans ont commencé à penser que la série déclinait.

mardi 27 novembre 2012

Quand les mouettes suivent un chalutier, c'est parce qu'elles pensent que des sardines seront jetées à la mer



J'ai vérifié ce matin dans mes statuts et j'y ai lu en toutes lettres que je me contrefoutais totalement de l'avenir de l'UMP.

vendredi 23 novembre 2012

Malus


Au début, je dois le concéder, l’amerloque trio de jazz baptisé The Bad Plus ne me faisait marrer que modérément. Etait plutôt du genre à provoquer chez moi ce genre de début d’érection qui ressemble vaguement de loin comme de près à une demi-molle, si vous préférez l’image. Bien sûr, ces types étaient déjà très forts, très portés sur les recettes d’alchimie délicates et mystérieuses, mais ces trois gars me semblaient quand même manier davantage l’art de tourner en rond que maîtriser celui d’aller droit à l’essentiel. Ce qui constitue dans bien des cas une qualité autant qu’un défaut. Quand The Bad Plus a débarqué, dans ce milieu du jazz si coincé du cul il faut bien le dire, avec sa besace remplie d’idées saugrenues – à la manière d’un gaulliste en chemise Burberry qui décideraient subitement de traverser la rue en ignorant le passage piéton ou de sortir de chez lui sans pièce d’identité et moins d’un euro en poche - les montures à écailles ont dégringolé du nez de certains. Leur en fallait-il beaucoup ?

Hé les mecs ! Si on reprenait des morceaux de Nirvana pour voir ?

C’était là l’audace qui en fit sursauter plus d’un… alors qu’ils étaient en demi-sommeil.

- On pourrait même chanter, pourquoi pas ? T’en penses quoi toi ? Tu sais, d’une manière un peu flegmatique, à la Dean Martin, comme si on avait le cul dans un fauteuil.

- Ou comme si on était un peu bourrés. On inclurait ça et là des soupirs savants, des pulsations supplémentaires et tout un tas de blanches placées aux mauvais endroits.

C’était une idée, c’était l’idée en tout cas – plutôt léger, n’est-ce pas ? – mais une idée un peu falote, qui n’avait d’autre portée que celle qu’occupait déjà son volume corporel. Ou à peine plus. En quelque sorte, ça ne retournait les méninges que d’une poignée d’anti-conformistes tellement anti-conformistes qu’ils finissent par être conformes entre eux, que d’une autre poignée de puristes s’effarouchant pour un rien, comme des vierges déjà contaminées par la routine.

Mais d’autres – ce grand conard de moi, entre autres – se disaient qu’il y avait peut-être bien quelque chose d’intéressant chez ces gars là, qu'il ne suffisait peut-être que d'attendre pour voir. En toute discrétion. Pour voir et entendre autre chose que l'étalage de quelques idées potaches, certes savamment exécutées, mais qui ne pourraient jamais défriser que l’expert-comptable de l’O. N. J.

Et ce jour est arrivé. Ce jour où le trio décida de faire tapis, banqueroute et l’obscène exposition de ses vraies idées. Le titre du bijou semble ainsi parfaitement concorder avec cette nouvelle naissance : Made Possible. Made possible by what ? by who ? Un ingénieur du son tout d’abord qui imprime avec délicatesse sur la musique du trio toute une gamme de figures et d’atmosphères synthétiques. Et puis nos trois nickelés bien sûr, qui ont enfin abordé le problème par une autre face. Ce qui a changé radicalement dans ce trio, c’est cette capacité à le concevoir comme un ensemble totalement imbriqué, comme une entité impossible à morceler, à séparer, que l’atmosphère soit écorchée, héritée de Stravinsky ou de type rouleau compresseur. En quelque sorte, ces types se sont découverts une capacité à fabriquer de la musique, non pas les uns à la suite des autres, mais en parfaite simultanéité, à milles lieux de ce que peut faire un Brad Mehldau de la forme trio aujourd’hui ou de ce que pouvait en faire Bill Evans, dans un tout autre genre. Rendu possible par quoi ? Par rien, sans doute. C’était déjà là, si l’on réécoute par pure curiosité les précédents albums du trio. Il ne suffisait que d’attendre que ces trois pommes pleines de vers tombent de l’arbre. Que les lois de l’attraction fassent leur travail. Etre là au moment élu et tendre l’oreille. La musique est aussi – enfin parfois – affaire de patience.

mercredi 21 novembre 2012

Emprise

Hier soir, j’ai eu l’impression étrange de n’avoir plus d’odeur. Ou plutôt d’exhaler une odeur qui m’était étrangère. Je ne m’en suis rendu tout à fait compte qu’hier soir alors que je sortais du métro pour aller chercher la plus grande de mes filles au Conservatoire. Il faisait froid. Autour de moi les gens puaient comme d'habitude, rien d'alarmant, rien d'anormal, les uns le parfum bon marché, les autres la sueur mauvais-marcher, il y avait les odeurs cloitrées du métropolitain, viciées, des bouches d’aération qui soufflaient leur air chaud, chargé de microbes et de miasmes, les odeurs d’haleines lourdes de tabac, d’estomac retourné et de plats mal digérés, les odeurs de pisse coagulée, mal essuyée, imprégnant les tissus synthétiques des vêtements humains, les odeurs de muqueuses excitées, de salive mille fois avalée, de morve pâteuse, et mon odeur à moi avait disparu, s’était tout simplement évaporée. Rien de cette vague odeur de sueur qui n’appartient qu’à moi et qui fait parfois valdinguer les sens de mon épouse en fin de journée, rien de cette indéfinissable odeur de mâle latin, vaguement sucrée, qui appelle au stupre.

Au beau milieu de l’après-midi, j’avais déjà commencé à concevoir quelques soupçons, mais je m’étais dit que cette odeur qui n’était pas la mienne appartenait logiquement à quelqu’un d’autre. Une collègue était entrée dans mon bureau vers 15 heures et j’avais cru qu’elle amenait avec elle cette odeur de propreté matinale, anachronique, héritée de je ne sais quel gel douche, que je sentais pourtant depuis le matin, allant et revenant, comme prisonnière de mes deux narines. Dans un wagon, quelques heures plus tard, mes soupçons s’étaient déportés sur une jeune femme, mais en sortant du métro, seul avec moi-même, je n’avais pu que me résoudre à cette horrible réalité : cette vague odeur inhumaine, inorganique, provenait bel et bien de ma personne.

Une odeur de gel douche, aussi indéracinable qu’un séquoia en zinc, me privant d’identité odorante sans aucune gêne. Que mettent-ils dans leur saloperie de gel douche pour que leur odeur dure aussi longtemps, pour qu’elle soit assez puissante pour vous priver totalement de la vôtre une journée entière. Ce matin, au réveil, j’ai regardé mon flacon d’Ushuaia aux minéraux marins avec méfiance et circonspection. Et avec un soupçon de haine bileuse et angoissée, coincée en plein milieu de ma gorge. J’aurais donné tout un royaume pour avoir un vieux savon noir sans odeur. De quels minéraux il s’agit pour commencer ? Le packaging comme on dit, n’en dit rien. Il prétend seulement qu’ils viennent de l’Océan Arctique. J’ai quelques doutes là-dessus, je dois dire, j’imagine mal des types partir en expédition pour récolter des minéraux marins, croupissant dans cette saloperie de mer glacée, rien que pour concevoir un gel douche (douche et shampooing, ce qui me dégoûte rien que d’y penser) destiné à des gens comme moi. Cela me parait inconcevable. Absurde. Ireéel. Disproportionné. Simplement fou. Il faudrait me dire également en quoi les minéraux marins de l’Arctique seraient si recommandés pour l’hygiène, puisqu’on y est. Eux, qui sont par ailleurs, comme le dit l’argumentaire packagé, reconnus pour leurs vertus vivifiantes. Reconnus ? Mais par qui ? Les bélugas, les otaries et les morses ? Qu'on me donne des noms. Vous avez déjà rencontré quelqu’un qui prétendait connaitre les vertus vivifiantes des minéraux marins de l’Arctique ? Moi pas. Et pourquoi seraient-ils meilleurs, ces minéraux, ou plus vivifiants que les minéraux de l’Océan Indien, Atlantique ou de la Mer Caspienne. Jusqu’où va l’escroquerie ? Bien plus loin que je ne pourrais l’imaginer, je parie. Et pourtant, et pourtant, ce matin, j’ai encore trahi ma propre odeur, recouvert mon corps de cet immonde gel bleu, avec l’humiliante impression d’être une cuvette de chiottes. Pure lâcheté, pure lâcheté, je le sais bien…

mardi 20 novembre 2012

Amère loque

En ce moment, je lis Gains de Richard Powers, récemment paru aux éditions du Cherche-midi. Je ne sais trop quoi en penser encore mais quelque chose me semble remarquable au fur et à mesure que j’avance dans la lecture de ce roman : sa construction et le travail qu’il a sans doute nécessité. Je devrais d’ailleurs parler de construction(s) puisqu’il y en a bel et bien deux, parallèles, se répondant l’une l’autre : l’histoire d’une femme, malade et désemparée, et celle d’une grande entreprise de produits cosmétiques. On le voit gros comme une maison : les deux lignes qui dessinent la course de ces deux destins (l'un fabuleux et l'autre d'une terrible banalité) se rencontreront bientôt, fusionneront ou entreront violemment en collision. Cela ne gâche étrangement rien. Ce travail de construction n’en reste pas moins remarquable, tout autant que cette minutie, ce goût du détail qui permet à l’ensemble de tenir debout, sans vaciller un seul instant.

Si j’en parle ici, c’est parce que c’est en ce domaine que la littérature américaine me semble supérieure aux autres. Kundera avait peut-être raison en proclamant la mort du roman européen. L’Europe est trop riche de romans, trop opulente de romanciers aussi intimidants qu’encombrants. Riche de Balzac, Cervantès ou Tolstoï. Elle a trop écrit, trop conçu, trop vu naître d’œuvres démesurées, prenant toutes les formes, traitant tout sujet. Tout a été dit et l’on vient trop tard. Les européens savent cela, ils n’ont plus d’illusions à ce sujet. Aussi leurs romans davantage non construits que déconstruits sont des romans de jean-foutre, de fainéants, des romans de peu de choses. Les américains, quant à eux, ne semblent pas avoir été touchés par la sentence de mort prononcée par Kundera. Peut-être ne soupçonnent-ils même pas son existence. A moins qu’ils préfèrent ignorer ce vieux grincheux nostalgique. Ils ont encore l’innocence de concevoir des romans comme des édifices, de les construire pierre après pierre, d’y plonger leurs mains, de s’y rompre le dos.

En pensant à cela, j’ai donc aussi pensé à Kundera, par association d’idées. Je me souviens l’avoir lu compulsivement lorsque j’avais 18 ans. Comme on lit les oeuvres d'une sorte de maître à penser. Tout Kundera, tout ce qui était paru, ce qu’il avait retraduit, essais, recueil de nouvelles et romans, comme une sorte de collectionneur, de conservateur d’autres mémoires. Je me demande si Kundera résisterait à une seconde lecture. Je me souviens notamment que La vie est ailleurs avait produit sur moi une impression des plus fortes. Que m’en reste-t-il aujourd’hui : peu de choses, je dois l’avouer. Le relire me semble pourtant depuis quelques jours une urgente nécessité. A laquelle je succomberai sans doute. Par curiosité malsaine peut-être...peut-être pour mieux connaitre le jeune adulte que j'étais alors...

lundi 19 novembre 2012

Lettre ouverte à Boby - Avant fermeture de ban


Boby,


Te répondre ici à un commentaire posté ailleurs pourrait sembler étrange ou pour le moins surprenant. C’est que je sais Nicolas relativement à cheval sur la question. Tu ne liras peut-être pas ma réponse, mais j’ai préféré privilégier le respect du taulier à l’efficacité.

Revenons à ton commentaire. Je l’ai, sois-en certain, apprécié à sa juste valeur. Tout d’abord, il est argumenté, ce qui est plutôt rare ces temps-ci. Ensuite, il aborde plusieurs points qui fondent non seulement mon avis sur la question du mariage gay, mais qui ont grandement contribué à m’inciter à briser ma coquille ; car se dire catholique aujourd’hui, quand on est de gauche, et quand la majeure partie de sa famille ou la majorité de ses amis ne le sont pas, ressemble étrangement à une sorte de coming out. Il convient aussi d’en faire un deuxième lorsque l’on est de gauche au sein d’une communauté catholique ; ce dernier étant étrangement mais logiquement le moins douloureux. Mais c’est une autre histoire. Je ne mets, sache-le, pas les deux situations sur le même plan. Révéler à autrui que l’on est catholique peut susciter incompréhensions et rejets (parfois) mais la souffrance (je prends le soin de mettre le mot en italiques) du catholique qui se décide à s’assumer n’est en rien similaire à celle d’un individu homosexuel affrontant le jugement moral de sa famille ou de ses amis. Le mouvement n’est pas le même, les tenants et les aboutissants non plus.

Je vais essayer de te répondre, point par point. Tu écris, pour commencer :

« Le symbole peut améliorer l’égalité, hé ! Oh ! Et grandement ! C’est l’une des principales raisons pour lesquelles je suis partisan de cette réforme. Le mariage en soi ne m’importe guère, personnellement, comme tu peux t’en douter. D’autant que là, avec un compagnon du tiers de mon âge, je te dis pas les nouveaux remous ! Sacro-sainte morale judéo-chrétienne.

Mais j’ai vu tant de souffrances. »

Il me semble que ton commentaire comporte une contradiction et je ressens du reste cette contradiction chez nombre des partisans du mariage gay. C’est bien le symbole, qui vous intéresse au premier chef, bien que vous vous empressiez de mettre en lumière l’inégalité de droits. Le mariage est certes aussi, entre autres choses, un symbole. Mais c’est un symbole auquel vous ne croyez pas vous-même. Je n’ai entendu que ça, ces derniers jours. Nous voulons les droits, nous voulons le symbole mais on se contrefout de celui-ci. Le mariage en soi n’a aucune importance mais il faut à tout prix que les couples homosexuels puissent y avoir accès. Franchement, c’est à n’y rien comprendre. Et c'est un peu insultant vis à vis de ceux qui se sont mariés et qui croient encore à la valeur de l'institution.

La suite est plus intéressante. Tu poursuis ainsi, en réponse à ce que j’avais dit à propos de la distinction mariage civil/mariage religieux :

« Là est la pierre d’achoppement, Dorham ! Je me fiche de ce qui peut être un enjeu pour les catholiques ! Ils représentent une minorité de pensée dans la République, et je ne leur reconnais pas le droit de bloquer l’évolution d’une institution laïque et républicaine, et de prétendre régenter ma vie. Qu’ils réfléchissent, qu’ils s’interrogent, qu’ils s’expriment au sein de leurs Eglises. Mais qu’ils ne viennent pas me dire ce que je dois penser et faire. »

Il y a beaucoup de choses là-dedans si bien que je ne sais pas trop par quel bout le prendre. Commençons peut-être par le début. Tu te fiches de ce qui peut être un enjeu pour les catholiques. Que dirait-on si j’écrivais pour ma part : « je me contrefous du désir des homosexuels d’être reconnus et acceptés dans notre société. » Les homosexuels sont pourtant une minorité également, encore plus minoritaire que la communauté catholique – je pourrais du reste te démontrer que ton assertion est contestable puisque ce sont les catholiques pratiquants qui sont minoritaires, en réalité, une majorité de français se dit catholique – et cette question me préoccupe pourtant, m’intéresse, tout autant que sa future résolution, si la chose est possible tant on sait que l’homme aura toujours au fond de lui ce petit quelque chose qui l’empêchera toujours d’accepter naturellement ce qui lui est étranger.

Par ailleurs, il ne me semble pas que les catholiques aient à cœur de régenter la vie des homosexuels, ni même que cette question les préoccupe. Ce serait plutôt l’inverse qui se produirait si la Loi était votée. Sur la question du mariage gay, force est de constater que la population est divisée. Selon l'enquête réalisée fin octobre par BVA pour Le Parisien/Aujourd'hui en France, 58% des Français se disent favorable au mariage homosexuel, alors qu'ils étaient 63% en 2011, avant l'élection de François Hollande dont c'était en effet une promesse de campagne. L'avis des Français devient même minoritaire pour le droit à l'adoption pour les couples de même sexe et passe de 58% à 48%. On constate que plus la parole se libère, plus le débat avance, plus la population éprouve de la méfiance vis à vis du projet de Loi. Vous êtes donc loin de constituer une majorité très nette. C’est peut-être cela qui vous incite à demander aux catholiques de se taire et de tailler le bout de gras entre eux, dans leurs églises, portes fermées de préférence.

Tu poursuis ainsi, sur l’épineuse question de la laïcité, laquelle refuserait à tout catholique le droit d’émettre un avis sur les évolutions de son pays – en qualité de catholique.

« Tu apprécies le « Sieur 23 ». Soit. Mais ce qu’il a dit, il l’a dit dans un cadre que la loi de 1905 ne lui autorise pas. Les français ont voté, notamment sur cette proposition de « mariage pour tous ». La démocratie veut que l’ensemble des français se plie au suffrage universel. »

On me dira que je ne suis pas un laïcard convaincu et cela sera sans doute vrai mais je trouve ta conception de la Loi de 1905 terriblement restrictive. La démocratie, ce serait en quelque sorte pour tout le monde, sauf pour les croyants. Il serait permis aux croyants d’intervenir dans le débat public, à la condition qu’ils nient leur foi, en quelque sorte. André 23, à mon sens, n’a aucunement porté atteinte à la laïcité en intervenant comme il l’a fait. A ce que je sache, aucune Loi n’assigne à résidence la parole des hommes d’Eglise. Les propos du Pape ne sont pas frappés d’interdiction, ni celui des évêques. Tu imagines peut-être que leur pouvoir est supérieur à ce qu’il est en réalité mais je te rappelle que la séparation de l’Eglise et de l’Etat n’est pas en péril parce qu’un cardinal porte une déclaration sur la voie publique. Ces propos n’ont pas encore la capacité de faire retoquer une loi, comme on le voit très bien du reste puisqu’elle semble en bonne voie. Je trouve cet argument assez amusant, du reste, car on se félicitait il y a peu des déclarations d’André 23, lorsqu’il fustigeait les actions récentes de Civitas et des intégristes, comme on se félicitait de la levée de boucliers de l’Eglise lorsque le précédent gouvernement traita les Roms avec une brutalité inouïe. Il me semble que les hommes d’Eglise sont tout à fait légitimes dans le débat public et que leur parole, parfois éclairée, parfois plus obscure parce que toute humaine, ne met pas en péril l’équilibre laïc, tel que défini par la Loi de 1905.

Ce que tu dis du suffrage universel est tout aussi restrictif que ce que tu dis de la laïcité. Prétendre qu’élire un Président est semblable au fait de voter pour une série de mesures est absurde et faux. Absurde et faux parce que de ces mesures, chacun sait qu’un certain nombre ne verront jamais le jour, et ce, sans pression populaire. Le plus naturellement du monde. C’est le résultat de la confrontation entre un programme et la réalité du pouvoir. On peut prendre l’exemple du vote des étrangers aux élections locales. Cette Loi ne verra pas le jour, pour des raisons qui légitiment cela très bien. Dont acte. Dans ce cas, que prévoit la constitution ? Pourrait-on considérer qu’il y a pour ainsi dire rupture de contrat ? Bien sûr que non. Le quinquennat continuera comme avant et se terminera à la même échéance. Il peut donc en être de même, vis-à-vis de la Loi sur le mariage gay.

Tu évoquais dans un commentaire précédent la détresse de nombre d’homosexuels. Je la connais pour avoir connu et fréquenté des homosexuels qui souffraient en effet très intimement et très profondément. Heureusement, aucun n’a mis fin à ses jours. Toutefois, je crois que vous vous illusionnez en pensant que cette loi guérira de l’homophobie ou qu’elle aidera les homosexuels à vivre mieux dans notre société. Le regard d’un père sur son fils homosexuel ne changera pas parce que le mariage lui sera désormais ouvert. Le regard des badauds à la sortie des mairies, les jours de mariage gay, ne sera pas différent parce que les couples auront désormais le droit d’adopter des enfants. Des pères et des mères diront encore à leurs enfants : « tu n’es plus notre fils, tu n’es plus notre fille ». Il y aura toujours des abrutis pour se moquer, de loin, pour crier des « sales pédés » devant les mairies tandis qu’on jettera des poignées de riz sur un couple de femmes ou d’hommes. Quel sera alors leur sentiment ? Je ne dis pas qu’il faille se résigner à cette violence, à cette sorte de rejet compulsif mais il me semble de mon droit d’affirmer que l’arme que vous avez choisie ne sera d’aucune efficacité en la matière. Pire, elle sera contre-productive. Elle contribuera à détruire une institution déjà mal en point, à en faire un simulacre.

Ma position sur la question est donc la suivante. Créer les conditions d'une égalité de droits, oui. Donner aux homosexuels le droit de se marier : pour ma part, je le refuse :

dimanche 11 novembre 2012

La fête des voisins


La charia ne passera peut-être pas, mais en tout cas, les identitaires sont passés sous mes fenêtres ce samedi. C’est déjà un début. Il faut toujours commencer quelque part. Remontés comme des horloges suisses, un peu éparpillés, pas très nombreux, mais colère-colère, colère-colère hein, et bien décidés à montrer qu’ils sont là, là depuis et pour longtemps ; une poignée de résistants risquent une incursion en quartier boboïde.

On est chez nous, on est chez nous ! De Poitiers à Paris !

A cette heure là, j’étais seul. Ou relativement seul. Les enfants faisaient leur sieste. Mon épouse était partie pour son cours de danse hebdomadaire. Attiré par le bruit, je me suis posté à la fenêtre. Je regardais passer les identitaires, comme une vache stupide les trains, en me demandant ce que ça fait de savoir qui on est, et je regardais les gens normaux qui, des trottoirs, les regardaient passer sans oser le moindre mouvement.

Jeanne d’Arc, Marianne !

...dans le même sac à n'importe quoi. Deux immeubles plus bas dans la rue, une gonzesse fait prendre l’air à son drapeau tricolore : applaudissements nourris, exaltés, un excrément du cortège se désolidarise des autres, pivote et agite une dizaine de drapeaux similaires en guise de reconnaissance. Les résistants se saluent bien – et l’on comprend que si deux résistants peuvent encore se saluer, c’est qu’ils ne résistent tout à fait à rien – comme deux routiers se faisant des appels de phare sur la Nationale 4.

On est chez nous ! On est chez nous ! Non au voile dans la rue !

A l’étage qui se situe pile poil au-dessus de celui de la résistante, un drapeau rouge apparaît soudain. Je ne parviens pas à l’identifier mais les Arabes ! qui fusent de la bouche des manifestants m’aident à supposer qu’il s’agit peut-être d’un drapeau marocain ou tunisien. Je n’ai pas réussi à en savoir plus. Et je dois dire que je m’en fous. Des huées montent en tout cas de la cinquième colonne. Toute cette pitrerie ressemble à une pièce de théâtre qui en rassemblerait plusieurs. Des scènes, ici et là, qui s’ignorent et peinent à faire sens. La tête du cortège, elle, évolue inexorablement, précédée par un camion-scène sur lequel un speaker hors d'âge crache des slogans mollasses. La logistique on est chez nous, conçue pour réveiller les bons français. Moyens hollywoodiens !

Hou, hou !

Le voisin marocain ou tunisien a remballé son bout de drap mais il est toujours à sa fenêtre, gesticulant, recueillant les quolibets de la foule. Satisfait peut-être de l’honneur. A l’étage du dessous, le drapeau français plane toujours, de gauche à droite, comme le font les drapeaux dans les stades de foot. Je me demande si ces gens là se salueront demain. S'ils se saluaient déjà la veille. Ce n’est pas un affaire de nation me dis-je, encore moins de civilisation, c’est juste une affaire de voisinage. La France se divise pour des questions de mur mitoyen… Et accessoirement, empêche mes gosses de faire tranquillement leur sieste.

Réveillez-vous, réveillez-vous ! Non aux islamistes... racistes... fascistes.

Je me demande s’il y a dans ce cortège des gens que je connais où dont j’ai entendu parler. La petite gonzesse, par exemple, qui via youtube a fait un temps le tour de la réacopshère, celle qui rêvait de défendre la chrétienté avec du vin et du saucisson. Wrong time, Honey ! Je me fous de connaître la fin de l’histoire. Je ferme ma fenêtre en haussant les épaules et je reviens dans le salon. Je suis bien content finalement d’être là où je suis. Même si le radiateur de mon salon est en rade et attend d'être purgé. La dernière fois qu’il y a eu une manifestation dans mon quartier, j’étais en bagnole et j’essayais désespérément de rentrer chez moi. Des CRS partout, des rues interdites à la circulation, des embouteillages monstres. Pour cette saloperie de techno parade. Meilleure recette la techno parade. Il y a donc bien un problème d’identité dans ce pays. D’identités plutôt. Les identités des autres ont vocation à perturber l’espace public et à vous empêcher de vivre comme vous le voulez dans votre quartier. A rentrer votre bagnole dans votre garage. Sans vous fader des slogans à la con et des drapeaux à la noix.

Je n'ai rien contre la démocratie, je le signale. Elle a sans aucun doute ses bons cotés. Cela dit, je la trouve un poil sans gêne !

mercredi 7 novembre 2012

To be continued...


Je ne sais pas s’il faut se réjouir de la victoire d’Obama. Bon, d’accord, je m’en suis réjoui. Normalement, je devrais m’en foutre, raisonnablement m’en foutre comme tout citoyen français, mais ça m’a fait un brin plaisir. Et je suis au regret d’avouer que je n’ai aucun argument pour étayer ce sentiment. C’est sans doute un peu la faute des républicains ; s’ils n’avaient des idées si saugrenues. Ils nous auront vraiment tout fait. Ils nous ont fait le coup du vendeur de cacahuètes bipolaire. Puis celui du cowboy de Série Z qui prétendait pouvoir combattre le marxisme parce qu’il avait lu et compris Marx – franchement, j’ai vraiment du mal à imaginer Ronald Reagan un livre entre les mains. Et puis encore le fils d’un ancien président, porté sur la bouteille, le créationnisme et encore plus analphabète que le cowboy précité. Et voilà qu’ils voulaient nous faire le coup du mormon. Du mormon. Heureusement non polygame. Marié à une femme atteinte de sclérose en plaques. Vous voyez le topo ? Et bien ça n'a pas pris. Le monde peut donc souffler. On attend néanmoins la suite avec une grande impatience même si l'on sait que nous n'aurons rien à nous mettre sous la dent avant 2016. Que vont-ils nous pondre d'ici là, nos amis républicains ? Vont-ils investir un ancien dompteur de fauves dyslexique ? Ou un témoin de Jehovah ou une ancienne joueuse de hockey sur gazon devenue scientologue ? Ces républicains sont décidément impayables. Pas étonnant en fait que leur totem soit l’éléphant, lourds comme ils sont.

Hier, j’ai regardé un reportage de Laurence Haïm sur Canal Plus. Franchement, ils exagèrent sur Canal Plus. Dans le genre Obamaniaque, ils se posent là. Le reportage n’était pas du tout orienté, comme on peut s’en douter. Les républicains étaient tous racistes, ignorants, fanatiques, anti-tout et les démocrates irradiaient quant à eux d’espoir et d’énergie positive. Pour équilibrer un tantinet le discours, il y avait bien ça et là quelques remarques sur le cynisme des politiciens américains (Obama compris) mais franchement, on n’avait pas de peine à deviner où allait la préférence de la correspondante-aux-Etats-Unis grassement rémunérée par la chaine cryptée. Pendant le reportage, je me suis surpris à sourire pendant que Michelle Obama annonçait son mari sur la scène de la dernière Convention Démocrate, de la façon suivante : « l’amour de ma vie, disait-elle, le père de mes deux filles et le Président des Etats-Unis d’Amérique… » Un sourire vous trahit davantage que tous les mots. Qu’aurait-on dit, me suis-je demandé, si Sarkozy s’était ainsi fait annoncer par Carla Bruni avant son grand meeting de Villepinte ? Même chose pour François Hollande, d’ailleurs. Quelle putain de cirque, n'est-ce pas ? Ces amerloques sont vraiment d’étranges animaux.

Et pourtant, j’ai souri. Et pourtant, la victoire d’Obama, cet homme de droite finalement, m’a réjoui. Sottement. Parce que l’Amérique est ainsi faite qu’elle vous prend toujours par les sentiments. Parfois, on se demande si ce pays existe vraiment, s’il n’est pas qu’une simple superproduction hollywoodienne sans fin, le spectre de Cecil B. aux manettes – enfin, peut-être pas Cecil B. parce que si Cecil B. était aux manettes, il aurait joué de son influence pour propulser le mormon en tête de casting. Un grand film, oui. Un film éternel. Michelle appelle son mari sur scène, visez cela. Les notes de « Signed, Sealed, Delivered, I’m Yours ! » de Stevie Wonder résonnent dans la salle, l'amour de sa vie, le père de ses deux filles et le Président, chemise ajustée, pas de cravate s'avance devant un public qui hurle et irradie d'espoir et d'énergie positive ; ça en jette un max, tout de même, se dit-on. C'est un spectacle de première qualité. Qu'avions-nous, nous français, à nous mettre sous la dent ? Une blonde boudinée qui singeait son père, un vieux coco qui en faisait des caisses comme un acteur de seconde zone dans une pièce de boulevard, deux petits hommes, l'un nerveux, l'autre impassible, sapés (et coiffés) comme des ploucs ? Je me souviens - pour poursuivre ce petit jeu des comparaisons - qu’à son meeting de Villepinte, Sarkozy s’était radiné – avec cette démarche raide, bizarre, scoliosoïdale, qui permet de le reconnaitre entre mille – sur la musique du film Superman ! Oui. Du film Superman.

Enfin... Tout cela est idiot, je le sais bien. C’est idiot. Mais ce n’est pas plus idiot qu’autre chose…

jeudi 25 octobre 2012

Après (avant en fait !) le mariage pour tous, le mariage complémentaire !

Je ne cesse de le répéter mais je suis comme tout le monde. J’avance tête baissée, je fais ce que j’ai à faire ; à savoir n’importe quoi. Parfois, je m’arrête et je me dis à moi-même : putain, je suis quand même pas mal timbré en fin de compte. Ce matin, par exemple, j’ai insulté tout un quai de métro à voix très haute. Pour trois fois rien ; les gens avançaient en troupeau comme d’habitude et j’étais coincé, comme un sombre crétin, hésitant à forcer le passage pour entrer dans une rame. Quelques minutes plus tôt, en pleine rue, j’avais balancé mon bouquin sur la chaussée – ce qui est plutôt ridicule, j’en conviens – avant de venir le reprendre, penaud, des mains de mon épouse qui l’avait ramassé sans même me regarder. Comme si tout était normal, finalement. Cette dignité qu’elle a, mon épouse. Ses larges et fines épaules, son long cou et sa nuque noble, elle ramasse tout ce que je jette, comme une vieille habitude, comme si je n’existais pas sur le moment, comme si l’objet venait de traverser tout seul son champ de vision, comme si personne ne l’avait jeté, comme s’il s’était matérialisé, à travers un vortex, venu de nulle part ou d’un ailleurs invisible, et que, rattrapé par les dures lois de la gravité, il était soudain venu s’abattre non loin d’elle ; et puis elle continue sa route et tous ceux qui la croisent comprennent ce qu’il y a lieu de comprendre : ne faites pas attention, mon époux est taré mais pas au point qu’on envisage de le faire interner prochainement à Sainte-Anne. Je ne suis même pas certain qu’elle ait honte de moi-même. Tant mieux du reste, parce qu'avoir honte, c’est un truc que je fais très bien sans l’aide de personne.

Lune de Mars

Évidemment, les cyniques diront qu'il vaut mieux avoir de bons yeux ! 


mercredi 24 octobre 2012

En plus, elles venaient de manger de l'ail...



Blogoland est hystérique. Rendez-vous compte. Deux gonzesses en train de se rouler une pelle devant des vieillards pro-vie, ça en jette plus que tout. C’est carrément la rebellitude incarnée, figée pour la postérité. Elles sont jeunes, elles sont jolies, elles sont même un peu bandantes, elles ne semblent pas faire partie de ce genre camionneur qui rebute tant – sans qu’il se l’avoue – l’hétérosexuel pourtant gay friendly, voilà une pointe de fantasme, gardée secrète, dans un gumbo fumant de révolte ultra-positive et non violente. Genre Gandhi qui serait super bien gaulé. Voyez comme on s’aime, voyez comme on s’aime… Doisneau ressuscité dit-on. Et puis blablabla et gna-gna-gna, re-gna-gna-gna… Parent 1 et parent 2 à l’assaut des grands-parents. Les Vivants galocheurs à l’assaut des bientôt morts. Amusant. Intéressant. On distingue un brontosaure (et même deux, purée !!!) en arrière plan qui fait un grand O-shocking ! avec sa vieille bouche fripée. Et d’autres qui semblent un peu s’en contrebalancer, il faut dire, y en a même une qui se marre ; si on vous dit, qu'ils sont tous choqués ! C’est le progrès, ça : la galoche en réunion. Le happening est bien sûr toléré. Non, il est recommandé. Le mariage pour tous avait besoin d'icônes. Transposons maintenant la situation. Mettons que je me radine un peu colère en pleine Gay Pride, pour inciter les galocheurs et les galocheuses à poil et rainbow à revenir dans le giron sacré de l’hétérosexualité… Comment m’en sortirais-je ? Avec quelques ecchymoses, quelques membres retournés ? une volée d’insultes, dans le meilleur des cas. Moins bien en tout cas que ces deux jeunes filles… M’enfin, si Blogoland est heureux, je suis heureux moi aussi…

Blablabla
Blablabla
Blablabla
Blablabla
Blablabla
Blablabla
Blablabla
Blablabla

jeudi 18 octobre 2012

L'homme-bagage

Il fut un temps où l’homme n’occupait davantage d’espace que celui qu’occupe naturellement son propre volume corporel. En ce temps comme au nôtre, il y avait certes, déjà, des hommes plus ou moins gros et il ne venait à l’esprit de personne – sauf à celui d’êtres sans cœur et dénués de compassion – de reprocher aux plus gros d’entre nous d’occuper plus d’espace que les autres. En ce temps là, les hommes ne voyageaient pas, ou plutôt ils voyageaient peu, ou plutôt, peu d’entre eux voyageaient. Et lorsque ce peu d’hommes, bien nés le plus souvent, envisageaient voyager, ils répugnaient à le faire en compagnie de leurs bagages. Il faut reconnaitre qu’en ce temps là, les moyens de transport de masse n’existaient pas (pas encore tout à fait). Tout voyage était une entreprise autant qu’une aventure. Pour les petits trajets, l’homme n’avait d’autre choix que de marcher et il savait, comme chacun sait – enfin non, chacun ne sait pas, comme on le verra plus loin – qu’il est préférable pour bien marcher de ne point trop s’encombrer. Dès lors que les moyens de transport se développèrent, l’homme commença étrangement à se charger. Et puisqu’il se chargea pour voyager dans les transports en commun, il se chargea aussi pour les petites marches. Les femmes commencèrent à se trimballer en ville, un bras ou une main chargés de petits sacs contenant quelques effets sans importance. On créa bien vite de petits objets nécessaires pour garnir ces petits sacs à main – les industriels n’étant jamais à court d’idées pour nous rendre le quotidien toujours plus complémentaire – et on s’employa à concevoir dans l'urgence des ustensiles de maquillage rapetissés, aussi petits pour tout dire que des accessoires de poupées. Les hommes restèrent longtemps en retrait et méfiants à l’égard de cette nouvelle et déplaisante habitude. Ne portant qu’eux-mêmes – ou pour les plus fortunés une simple montre gousset, soigneusement rangée dans la poche intérieure de leur veste, pour l’extirper toutes les 10 minutes, histoire sans doute de permettre aux autres hommes de déterminer sans peine le rang qu’ils occupaient dans la hiérarchie sociale – ils voyaient sans doute dans celle-ci la démonstration par l’absurde de la futilité féminine. Oubliant leur bon sens initial, comme cela finit toujours par être le cas chez les hommes, ils émirent néanmoins, eux aussi, le souhait de voyager munis de sacs. Qu’à cela ne tienne, s'exclamèrent sans doute les maroquiniers, imaginant quelque feuille de comptes laissant miroiter de futurs et mirobolants profits. On se mit donc à concevoir des sacs pour cette nouvelle clientèle. Des sacs plus volumineux, cela va sans dire, puisque masculins. On ne sait tout à fait ce qu’y mirent les hommes (et ce qu’ils y mettent encore) – documents administratifs, journaux, folios oubliés, livret de comptes relié – mais le fait est qu’ils y prirent goût et qu'on ne vit bientôt plus un seul homme sans bagage. Dès lors, la machine s'emballa. On vit l’apparition des sacs à dos. Ceux-ci avaient dans un premier temps remplacé le cartable d’antan, peu pratique il est vrai et on les croyait réservés aux enfants. Les adolescents l’adoptèrent pourtant et bientôt les adultes. Le sac à dos était bien commode pour celui qui ne pouvait voyager sans son classeur volumineux, sans sa petite bibliothèque de voyage, l’ensemble de ses papiers d’identité et une bonne dizaine de carnets de chèque. Il l’était moins pour le voyageur circonscrit - parce que bien éduqué - aux limites spatiales de son seul corps qui, dans un métro bondé, devait composer non seulement avec d’autres corps que le sien, d'autres spatio-concurrents pour ainsi dire, mais désormais aussi avec leurs multiples excroissances : sacs à main et à dos. Riez, riez ! On voit bien que vous ne vous êtes jamais retrouvé dans un métro immobilisé à quai de je ne sais quelle station – pour des besoins de régulation du trafic par exemple – coincé (devant-derrière) entre une bonne femme s’agrippant à son sac à main, celui-ci vous martyrisant les lombaires, vous contraignant à vous cambrer comme une danseuse étoile, et un jeune homme boutonneux et mal à l’aise avec son propre corps, se déhanchant sans cesse, tandis que son sac à dos va et vient, balafrant vos joues, rendues sèches et fragiles par le froid naissant. Et pourtant, les sacs à dos grossirent, démesurément. On croisa dans les rues et dans les métros bondés des hommes aux cheveux longs, à la barbe taillée à la va-comme-je-te-pousse, portant sur leur dos d'immenses sacs, bourrés jusqu'au col, desquels pendaient parfois des casseroles, des chaussures et diverses choses proprement hallucinantes, ces sortes de sacs à dos dont on croyait naïvement qu'ils ne servaient qu'aux grands expéditeurs ou à ces hommes qui escaladaient bêtement les sommets du monde en espérant en tirer on ne sait quelle absurde gloire. Et il y eut aussi les valises à roulettes. Les mallettes à roulettes. Les valises ultra-rigides. Et d'autres inventions, toutes plus folles (au sens de déraisonnable) que les autres. A mesure que les transports de masse se développèrent - impossible de ne pas distinguer le lien de cause à effet - à mesure que ceux-ci déléguèrent à chaque homme de moins en moins d’espace pour voyager, les hommes entreprirent de voyager de plus en plus nombreux et surtout de plus en plus lourd ; et donc d’occuper sans aucune autorisation toujours plus d’espace que celui qui est dévolu à leur simple corps. Bien qu’ils n’aient pas particulièrement grossi, ils ont toutefois avec le temps doubler leur volume, revendiquant et s'arrogeant silencieusement (dans l'indifférence générale) toujours plus d’espace, privant donc mathématiquement les autres d’un peu plus de liberté de mouvement.

La tendance semble s’être encore accentuée ces derniers temps. En la matière, l’homme a manifestement franchi une nouvelle étape de son évolution et il n’est pas rare désormais de trouver dans les métros de jeunes hommes chargés comme de véritables mules. Ils se tiennent très souvent à la porte des wagons, comme s'ils se comportaient à dessein, un long sac de sport à leur pied, parfois disposé de manière transversale - il faut être bien sournois - tant et si bien que c’est les vôtres que vous vous prenez inévitablement dedans, lorsque vous entrez ou sortez de votre métro. Le défi est à la hauteur de l’évolution humaine. Pour sortir du métro, il vous faut donc désormais vous cambrer, vous pencher, avancer parfois de biais, comme une sorte de crabe mélancolique mais aussi, enjamber une nuée de bagages – souvent traitres parce que confectionnés en matière synthétique mais souple. Etant encore jeune et relativement athlétique, je n’ai aucun problème pour m’extirper de cet enfer avant que la porte ne se referme, même si je puis ressentir le stress dans lequel me plonge l’insistante sonnerie destinée à prévenir les usagers de la prochaine fermeture des portes. Répugnant à jouer des coudes, à bousculer mes pairs et mes prochains, je parviens à conserver ma dignité grâce aux quelques qualités que je dois à mes parents ; un corps certes petit mais svelte, parfaitement proportionné, sec et nerveux. Mais je sais bien qu’un jour viendra où toutes ces formidables facultés s’émousseront. Mon corps se relâchera, comme celui de tous, mes articulations me feront grimacer de douleur si bien que je serai alors incapable d'enjamber quoi que ce soit, y compris mon épouse. Et je vois déjà les sacs de sport s’allonger de jour en jour et grossir sans conscience d'autrui et se multiplier et leur enveloppe se rigidifier toujours plus. Un jour viendra où je prendrai simultanément conscience de notre déchéance morale et de ma propre déchéance physique. Je ne pourrai plus me cambrer, esquiver et enjamber. Je serai ce petit vieux meurtri, humilié, à la mine de chien mouillé, qui ne peut plus descendre de son métro et qui, contraint d’aller jusqu’au terminus de la ligne, rentre chez lui en taxi en ayant perdu sa journée et encore un peu plus de sa maigre fortune. A moins que d’ici là, un des futurs maires de Paris ne se décide à lancer d’immenses travaux visant à élargir les tunnels du métropolitain, à commander des wagons larges comme des airbus, à interdire les bagages dans les transports en commun ou à réserver des wagons entiers pour les petits vieux tels que moi - enfin, tels que ce vieux que je finirai peut-être par devenir. Ce temps là viendra peut-être… Viendra peut-être… Viendra peut-être… Viendra peut-être... Peut-être viendra.

Il a glissé, Monsieur le Juge...


"La République reconnaît avec lucidité" la répression "sanglante" de la manifestation d'Algériens à Paris le 17 octobre 1961, a déclaré mercredi François Hollande.

J'ai entendu cela ce matin à la radio entre clope et café. Sur France Inter (le diable incarné, selon certains). J'en profite pour inviter nos amis réactionnaires et allergiques à ne pas publier les billets qui sont actuellement en cours de rédaction. En effet, nous les avons déjà lus.

lundi 8 octobre 2012

jeudi 4 octobre 2012

Vous ne comprendrez pas...

En ce moment, je me sens plein d'esprit. Véritablement. Et intelligent avec ça, particulièrement intelligent je veux dire, si la chose est possible. Si la chose est possible... Davantage que d'habitude donc, ce qui n'est pas peu dire. Une évidence s'impose à moi, toute entière, comme un type obèse qui se planterait en travers de mon chemin avec un flingue en exigeant que je lui file mon paquet de clopes TOUT ENTIER ; pas une clope, que je lui aurais filé volontiers putain, sans même un flingue pointé sur moi, non, tout le paquet. Une évidence grasse et pleine de menaces. Qui vous fait penser : le paquet de clopes tout entier et après, où cela va s'arrêter ? Je pense à la vitesse du son et de la lumière, le tout multiplié par trois. Concrètement ? Je suis au-dessus de la mêlée. L'image n'est pas correcte, car c'était déjà le cas auparavant. Je suis davantage que cela. Je suis une nuée. J'ai les réflexions qui portent loin. Ou qui se portent toutes seules, sur leurs petites jambes ; et elles marchent et déambulent et font leur petite vie, un peu hautaines sans doute, comme de vraies petites pétasses de la ville, sûres d'elles-mêmes en tout cas et de leur nombre et de l'effet qu'elles produisent - ou devraient produire, parce que vous savez comme moi, enfin non, vous ne savez pas, que dire une chose intelligente à un idiot ne produit jamais le résultat escompté. Mes pensées défient l'entendement - enfin, surtout le vôtre. Je me demande si cela va durer et comme je sais que ce ne sera pas le cas, je me demande donc plutôt combien de temps cela va durer. Mais je n'y pense guère plus longtemps, puisque je pense à la vitesse de la foudre, je l'ai dit, mieux, je pense à la vitesse du fils de la foudre, donc je pense presque instantanément à autre chose, rebondissant pour ainsi dire, comme si je participais, avec la certitude de vaincre, au concours olympique du triple saut de la pensée, j'anticipe le coup d'avant, sans même un effort, et avec justesse évidemment, et même deux trois coups en avant. Comme le même sauteur de triple saut, déjà mentionné, mais qui ne s'arrêterait pas au troisième saut et continuerait sans cesse de rebondir, sortant bientôt du stade olympique, doublant les bagnoles à je ne sais quel embranchement autoroutier, traversant les villes, à la surprise de tous... Les uns et les autres, à l'entendement lent, se disposant, menton lâche, sur le seuil des portes et des boutiques. Mais qu'est-ce là ? Quelle est cette diablerie ? Comme si j'étais à moi seul toutes les pièces de l'échiquier, les tours, chevaux, pions, fous, toute la foutue bataille, tenants et aboutissants, et la porte de sortie : une saloperie de bombe à neutrons les carbonisant tous et dispersant leurs cendres. C'est une intelligence toute particulière - solitaire - qui confine à la clairvoyance. J'ai l'impression d'être comme John Travolta (dans ce film débile) qui, frappé par la foudre, passe miraculeusement du niveau de gentil demeuré à celui de génie fulgurant. Aux trous du cul qui se moquent souvent de lui au comptoir de je ne sais quel bouge puant de la ville, ça leur en bouche un coin, je peux vous le dire. Je ne sais pas si vous avez vu ce film. Il me semble qu'il s'intitule Phénomènes  mais je n'en suis franchement pas très certain. J'espère pour vous que tel n'est pas le cas de toute façon. Vous auriez alors perdu ce que vous avez de plus précieux : votre temps. Très bien, je raconte. La médaille a son revers, voyez-vous. Il y a toujours un revers à toutes choses, même aux vestes bon marché. Travolta est devenu très intelligent à la stupéfaction de tous, mais on découvre bientôt qu'il est en réalité atteint d'une sorte de tumeur cérébrale foudroyante (c'était du reste cette tumeur, particulièrement sournoise, qui l'avait rendu brièvement intelligent...). Vous comprenez ? C'est le prétexte parfait - le subterfuge malhonnête pour dire la vérité - qui, vous pouvez en être sûr, va faire verser beaucoup de larmes, of course. Tiroir-caisse. Surtout celles des gonzesses un peu sottes qui pendouillent à votre bras, évidemment. Vous avez aimé Travolta le gentil demeuré concevoir à la stupeur générale des algorithmes hyper compliqués, vous aimerez pleurer sa mort inexorable, au son des violons, au gré des plans larges et des travellings hypertunés. Histoire d'amour dégoulinante en prime. Je me sens donc comme Travolta, à l'exception que la foudre m'a épargné et que sauf nouvelle de dernière minute, aucune tumeur ne me grignote actuellement l'espérance de vie ; j'ai le sentiment d'avoir sauté une étape de développement. Hier, j'étais le Sri-Lanka de l'intelligence (c'est faux mais c'est pour les besoins de l'image), aujourd'hui, je suis un pays émergent. La Chine de l'intelligence qui finira par vous bouffer tous. C'est venu du jour au lendemain, comme un don du FMI. Comme la foudre sur la gueule de celui qui, il y a quelques décennies, se dandinait naïvement sur de la musique disco. Mais tout comme John Travolta, ma médaille acquise sans mérite doit avoir un revers. On ne pense pas ainsi sans sombrer dans l'inquiétude. L'intelligence des autres est un délice. La nôtre - enfin, la mienne, parce que la vôtre franchement - est une mine d'angoisses. C'est une intelligence qui isole, exclue, met en marge. Une intelligence à laquelle semble collée une sorte de mélancolie aiguë, consciente, amoureuse d'elle-même, aux vertus hypnotiques. L'être qui, déjà très intelligent (car c'était mon cas, tant pis si ça ne vous plait pas), se réveille doué d'une intelligence encore plus remarquable, d'une intelligence unique, devient bientôt l'objet de sa propre peur. Son propre ennemi. C'est avec effroi, désormais, que je scrute mon reflet chaque matin dans le miroir de la salle de bains. C'est avec un cœur palpitant anormalement vite que je me brosse les dents - et en me posant mille questions sur les composants du dentifrice et la vitesse à laquelle je crâche dans le lavabo. C'est en soupirant, dès qu'une autre pensée magnifique s'impose à ma conscience, que je vis presque chaque instant. C'est avec la poitrine lourde, la gorge serrée, les articulations grinçantes, que j'avance au devant de cette société terrible, angoissante, si lente, si idiote, si laide, dans laquelle je dois pourtant trouver la force de m'intégrer. Comme avant. Comme si rien ne m'était jamais arrivé. Comme au temps où j'étais seulement un petit peu plus intelligent que vous tous. Et pour ce faire, je sais qu'il ne me faudra reculer devant aucune subtilité. Aucun subterfuge. Aucune compromission. Aucun mensonge. Dans une foule, aucune tête ne doit dépasser. Sachez qu'on mandate des hommes parmi nous pour offrir cette garantie aux idiots. Cette intelligence là, je sais qu'il me faut la dissimuler sous l'épaisseur d'un travestissement d'imbécile. Si cela venait à durer, il me faudrait bientôt traverser la vie incognito, comme un agent double au sein d'anciens frères de lutte. De quoi as-tu peur, M ? Mais de la jalousie, de la jalousie des autres qui, constatant qu'ils n'auront jamais ce que vous avez, s'emploient aussitôt à tout détruire. Ces négationnistes du génie. Ces écorcheurs de l'intelligence. Ces dépeceurs nés. Ces cannibales.

Hier, j'ai pris le métro comme d'habitude. Je me suis rendu compte avec une acuité nouvelle de la formidable foule protéiforme qui allait et venait en tous sens. Je la surplombais, hésitant à prendre les escalators pour la rejoindre. J'identifiais sans réfléchir chaque mouvement à l'intérieur de son ventre, chaque trajectoire de chaque primate soi-disant évolué, jusqu'à ce que je ne puisse plus voir les individus parmi elle. Je comprenais cette masse affreuse, spasmophile, se déformant sans cesse, comme si mes yeux perçaient son corps, comme si mes yeux avaient les mêmes propriétés inquisitrices qu'un appareil d'imagerie médicale. C'était une masse pleine de tumeurs, de virus, de vagues sombres, de sursauts et de vagues molles. J'ai senti à cet instant là mon ventre se contracter. Je l'ai tâté ; il était dur comme un monolithe. Ces sentiments et ces sensations m'ont fait l'effet d'un voyage dans le temps. Depuis, je regarde derrière mon épaule. J'inspecte les gens que je croise, j'essaie de deviner l'intention qui se love derrière chaque regard. Chaque regard qui en constitue un seul, l'oeil nervuré de cette foule démente et crassement idiote. Savent-ils ? Savent-ils le monstre que je suis devenu ? Je tremble en y pensant. J'ai décidé de continuer à tenir ce blog pour faire illusion. C'est bien sûr le paravent idéal. La plus parfaite des couvertures. Je vais sur les blogs des plus idiots d'entre vous. Vous pouvez vous sentir flatté, je vous ai choisi avec soin ainsi qu'avec méthode. Je laisse des commentaires longs et stupides sur vos pages et il me semble que cela marche à merveille ; enfin, de temps en temps. Je perçois bien parfois l'inquiétude qui point derrière la crête de certaines dunes-invectives. J'entends les sous-entendus : "ce que dit ce jeune homme est vraiment stupide mais il y a comme un soupçon d'intelligence dedans" C'est pourquoi il m'arrive de m'absenter, pour ne pas davantage éveiller la suspiscion de cette espèce particulière d'idiots qui traque l'intelligence dans l'illusoire espoir de l'anéantir.

Je vais continuer comme cela encore un moment. Discrètement. A attendre je ne sais quoi. La chute. Par mesure de précaution, j'ai arrêté les corn-flakes. Je me couche à des heures indues et me lève trop tôt. J'écoute de la musique abâtardie. Malgré une vue qui baisse, je refuse d'aller chez l'ophtalmo. Pas question d'aller chez l'ORL non plus pour cette oreille qui bourdonne. Tout va bien, ça finira par se tasser.