Matériau composite thermoplastique, et procédé et installation de fabrication de ce matériau.
La présente invention concerne un nouveau matériau composite thermoplastique, ainsi que le procédé et l'installation de fabrication de ce matériau.
Dans le domaine des matériaux composites alliant une matière plastique synthétique à des éléments additionnels destinés à améliorer certaines propriétés de la matière plastique, on connaît depuis longtemps l'idée d'intégrer des fibres végétales comme renfort, notamment dans une matrice thermoplastique telle que du polypropylène .
Cette intégration se fait classiquement par introduction des fibres dans une machine d'extrusion de type connu, couramment à une ou deux vis d'extrusion, où les fibres sont mélangées à chaud avec la matière plastique fondue servant de matrice, pour obtenir en sortie de l' extrudeuse un jonc extrudé de matière composite, lequel peut être ensuite coupé pour former des granulés utilisables dans les machines de fabrication de diverses pièces en de telles matières plastiques. D'un point de vue économique, l'utilisation de fibres végétales au lieu de fibres minérales telles que par exemple les fibres de verre bien connues, permet de réduire notablement les coûts, d'une part du fait du prix généralement inférieur des fibres naturelles et également du fait d'alléger les structures composites fabriquées, et d'autre part du fait de la réduction des coûts de recyclage .
En ce qui concerne les performances générales des composites renforcés par des fibres végétales, ces fibres permettent de réduire la densité du produit final, les fibres végétales étant environ deux fois moins denses que
les fibres de verre par exemple.
Typiquement, dans les composites connus alliant une matrice thermoplastique et des fibres végétales, ces fibres sont des fibres dites "longues ", c'est à dire généralement de longueur supérieure à 10 mm. Ces fibres sont classiquement obtenues par une opération de défibrage effectuée sur la matière première végétale, constituée par exemple, le plus couramment, de lin, sisal, chanvre, kénaf, jute, mais peuvent aussi être obtenues de manière générale à partir des tiges de plantes annuelles ou des grains ou de leur enveloppe. L'opération de défibrage vise à extraire des matières végétales les fibres, c'est à dire la partie cellulosique, par des procédés de type chimiques classiquement utilisés dans l'industrie papetiere, ou par explosion à la vapeur, ou encore par des procédés mécaniques tels que le cardage.
Les opérations de défibrage de la matière première végétale sont donc des opérations de préparation qui présentent un coût non négligeable, entraînant par-là même un coût important des fibres utilisables lors de leur intégration comme renfort dans la matière plastique.
De plus, les fibres obtenues sont unitaires et présentent un coefficient de foisonnement important. Il en résulte plusieurs inconvénients, notamment un volume de stockage important pour un stockage temporaire de la matière fibreuse entre le défibrage et son intégration à la matière plastique, et des problèmes de transport dus aux densités faibles de la matière fibreuse. De plus encore, ce coefficient de foisonnement important rend délicat la manipulation des fibres pour les introduire dans les outils de production classique de la plasturgie, tels que les vis d'extrusion.
Un autre inconvénient résulte de la quasi nécessité d'etuver les fibres juste avant leur introduction dans 1 ' extrudeuse . En effet, la nature même des fibres et leur
origine font qu'elles contiennent inévitablement à l'origine une forte proportion d'eau, inacceptable lors du mélange à chaud avec la matière plastique dans 1 ' extrudeuse . Classiquement les fibres sont étuvées lors de leur fabrication, ce qui réduit leur teneur en eau originelle. Mais il est quasi impossible d'empêcher une reprise d'eau par la suite, lors du stockage, du transport, ou même simplement des manipulations nécessaires pour alimenter les fibres dans 1 ' extrudeuse . Or, une humidité trop importante des fibres peut poser des problèmes d'alimentation de la machine, par des phénomènes d'adhérence des fibres entre elles, conduisant à des bourrages au niveau des moyens d'alimentation et de dosage en entrée d' extrudeuse, ou tout au moins à des dosages imprécis et irréguliers .
Par ailleurs, les fibres sont classiquement introduites dans l' extrudeuse vers sa sortie, ceci étant considéré nécessaire pour éviter qu'elles ne soient détériorées par un long temps de passage aux températures élevées rencontrées dans les extrudeuses, combiné à un intense brassage provoqué par les vis d'extrusion sur toute leur longueur. Cet impératif conduit à la nécessité de faciliter au mieux le mélange des fibres avec la matière plastique fondue, uniquement dans la zone de sortie de l' extrudeuse. Le brassage du mélange matière plastique-fibres étant en conséquence limité, il en découle la nécessité d'avoir une parfaite régularité et homogénéité de l'alimentation en fibre.
Tous ces impératifs font qu'il s'avère indispensable d'etuver les fibres en continu juste avant leur introduction dans l' extrudeuse, ce qui nécessite à proximité directe des extrudeuses des installations de pré-traitement des fibres encombrantes, et des coûts de pré-traitement importants. Le document GB 2278365 illustre un tel procédé connu, selon lequel de la paille est broyée ou hachée
pour réduire la taille des fibres, puis un premier mélange est réalisé avec du plastic granulé, destiné à former un pré-mélange suffisamment aéré pour permettre un séchage ultérieur suffisant par de l'air asséché amené à passer à travers ce pré-mélange. Le pré-mélange est ensuite immédiatement re-mélangé en proportion adéquate avec de la matière plastique granulée, puis introduit dans une extrudeuse à vis de type classique. On voit bien la complexité de l'installation requise à proximité immédiate de l' extrudeuse pour réaliser le séchage de la matière végétale et éviter sa reprise d'humidité avant le mélange final assuré dans 1 ' extrudeuse . De plus, si la présence de granulés plastiques dans le pré-mélange est favorable pour augmenter la vitesse de déshumidification, elle peut aussi être une cause de reprise d'humidité entre la sortie du sécheur et le moment où les fibres végétales se retrouvent définitivement enrobées de plastique dans 1 ' extrudeuse .
Un autre inconvénient encore, rencontré pour la fabrication de composites plastiques avec des fibres végétales, est une mauvaise liaison des fibres avec la matrice, ce qui semble d'ailleurs pouvoir être lié à la nature même des fibres, aux problèmes d'introduction dans l' extrudeuse mentionnés préalablement, et surtout à la présence d'eau à la surface des fibres. Pour tenter de résoudre ce problème, il a été proposé, notamment dans le document précité GB 2278365, d'utiliser une matrice de polymère de base cellulosique, dont la compatibilité avec la matière végétale est meilleure. Mais cela oblige alors à se limiter à l'utilisation de polymères à base de cellulose qui, de plus, sont moins fréquemment utilisés, présentent un coût plus élevé et des propriétés mécaniques moindres .
La présente invention a pour but de proposer un nouveau procédé de fabrication, et un nouveau matériau
composite en résultant, qui permette de résoudre les problèmes évoqués ci-dessus et de supprimer les inconvénients des techniques antérieures .
Elle vise en particulier à fournir un nouveau matériau composite alliant une matière plastique, notamment un thermoplastique tel que des polymères polyoléfiniques (polypropylène, polyéthylène, .. ) , ou styrèniques (polystyrène, ABS et dérivés) ou vinyliques
(PVC, ..) ou polyesteramides et dérivés, et une matière d'origine végétale agissant comme charge ou comme renfort structurel, qui soit moins coûteux que les matériaux composites connus actuellement, tout en offrant un accroissement sensible de la rigidité mécanique du produit réalisé en un tel matériau par rapport à un produit constitué de la seule matière plastique.
Elle vise aussi à fournir un tel matériau composite plus léger que les composites à base de polypropylène et de fibres minérales ou autres charges minérales telles que du talc. Elle vise aussi à fournir un tel matériau composite, servant de produit intermédiaire pour la fabrication de divers objets, par injection ou extrusion, ces objets ayant un aspect visuel particulier, attrayant et naturel . Elle vise aussi à fournir un matériau composite qui, même après mise en forme sous la forme d'objets mentionnés ci-dessus, soit aisément recyclable et/ou incinérable .
Elle vise aussi à proposer un procédé d'obtention d'un composite qui soit aisément industrialisable, en minimisant les besoins d'adaptation d'installations de productions préexistantes ou de type classique, en particulier en utilisant des outils de production de type couramment utilisés dans la plasturgie classique, sans besoin d'adjonctions de dispositifs spécifiquement adaptés en vue de l'utilisation de matières premières
d'origine végétale.
Avec ces objectifs en vue, l'invention a pour objet un matériau composite thermoplastique comportant une matrice en un polymère synthétique et une charge de particules de matières végétales, caractérisé en ce que la dite charge constitue de 1 à 50 % en poids du matériau et est essentiellement constituée de particules surfaciques d'origine céréalière et/ou oléagineuse, de dimensions moyennes comprises entre 1 et 5 mm. Lorsque la charge constitue de 1 à environ 10% en poids du matériau, on obtient particulièrement un effet esthétique dû à la présence visible des dites particules végétales dans la matrice de matière plastique. Lorsque la dite charge constitue plus d'environ 10%, ce sont essentiellement les aspects mécaniques et les propriétés physiques qui sont influencés .
Par particules surfaciques on doit comprendre ici des particules ayant généralement une surface relativement importante par rapport à leur plus grande dimension linéaire, contrairement aux fibres qui, comme chacun sait, ont essentiellement une longueur relativement importante par rapport à leur section. A titre comparatif, les particules surfaciques considérées selon l'invention ont par exemple une forme de paillettes présentant des faces dont la dimension moyenne est de l'ordre de quelques millimètres, 1 à 5 mm, préférentiellement de 1 à 2 mm, soit de quelques mm2 de surface, pour une épaisseur inférieure à 1 mm, voire de un à quelques dixièmes de millimètres seulement, alors que des fibres, notamment telles que les fibres longues végétales utilisées selon l'art antérieur ont généralement une longueur de plus de 10 mm, pour une section de moins d' 1 mm2. Ces dimensions ne sont toutefois données ici qu'à titre explicatif et comparatif, et ne doivent aucunement être considérées comme limitatives de
la présente invention.
Le matériau selon l'invention présente l'avantage d'utiliser comme matière première, outre la matière thermoplastique, des particules de matière céréalière qui peuvent être aisément obtenues à partir de paille ou de grains, ou de matière oléagineuse, sans nécessité de défibrage, et donc à un coût moindre, comparativement de l'ordre de 1000 Francs français par tonne, et même moins, pour des granulés sortant de presse à granuler alimentée en paille hachée et broyée, contre 2500 Francs français par tonne pour des fibres végétales venant de défibrage.
Les particules d'origine céréaliêres utilisées selon l'invention sont issues des espèces céréaliêres suivantes : blé, orge, avoine, seigle, triticale, sorgho, maïs, dont on peut utiliser la tige qui donne la paille après récolte du grain, mais aussi le grain et ses enveloppes qui donnent notamment des sons de meunerie . On pourra aussi utiliser du lin ou du chanvre ou des sous- produits ou coproduits de 1 ' industrie du lin et du chanvre, hormis la fibre en elle-même. Il doit être bien compris que l'expression utilisée précédemment de "particule d'origine céréalière et/ou oléagineuse" englobe en particulier les diverses matières ci-dessus, utilisées seules mais également tout mélange de celles- ci en proportions adaptées.
A titre d'exemple, la composition moyenne d'une paille de céréales est :
- cellulose 35 à 50 %
- hemicellulose 30 à 30 % - lignine 15 à 20 %
- matière minérale 4 à 7 %
- protéines 4 à 5 %
- matières grasses 0,5 à 1 %
- humidité 10 à 15 %
Pour des gros sons, la composition est
- cellulose 9 à 12 %
- hemicellulose 30 à 40 %
- lignine 4 à 6 %
- amidon 10 à 15 % - protéines 12 à 16 %
- cendres 4 à 8 %
- matières grasses 2 à 3,5 %
- humidité 10 à 15 %
Pour des sons fins, la composition est :
- cellulose 6 à 10 %
- hemicellulose 20 à 30 %
- amidon 15 à 25 %
- protéines 12 à 16 % - cendres 4 à 7 %
- matières grasses 2,5 à 4 %
- humidité 10 à 15 %
Typiquement, le matériau selon l'invention comprend, en poids :
40 à 80 % de matière thermoplastique, choisie parmi des polymères polyoléfiniques (polypropylène, polyéthylène, .. ) , ou styrèniques (polystyrène, ABS et dérivés) ou vinyliques (PVC, ..) ou polyesteramides et dérivés ;
- 10 à 50 % de particules de matière végétale,
- de 5 à 25 % du poids de matière végétale en agent de couplage, tel que préferentiellement le polypropylène (PP) greffé anhydride maleique dans le cas d'un composite à matrice PP, ou tout autre thermoplastique greffé anhydride maleique de même base que la matrice (par exemple du styrène maléisé) , ou tout autre produit susceptible d' interagir avec les sites OH de la cellulose, ou d'autres agents de couplage tels que les acides gras d'origine végétale (acides gras naturels saturés ou insaturés) présentant l'avantage d'améliorer
une potentielle dégradabilité ultérieure,
- des additifs choisis selon les besoins parmi : colorants, anti-ultraviolets, agents moussants, retardateurs de flamme, lubrifiant, etc. L ' agent de couplage influence avantageusement les propriétés mécaniques et la tenue à l'humidité des composites selon l'invention.
D'une part, les matrices thermoplastiques particulièrement visées par 1 ' invention ont une origine chimique différente de celle des matières végétales, qui sont à base cellulosique. Cette différence chimique se traduit par des comportements physiques différents. Les polyoléfines par exemple sont apolaires et hydrophobes alors que les matières végétales sont polaires et hydrophiles. Il est en fait quasi-impossible d'obtenir une compatibilité chimique optimale entre les matières céréaliêres ou oléagineuses et les différentes matrices synthétiques visées par l'invention.
Un aspect important de la présente invention est d'avoir réussi à assurer cette compatibilité grâce à l'agent de couplage, ce qui permet d'utiliser des matrices polymères courantes, et surtout susceptibles d'être travaillées à basse température, ce qui est une condition nécessaire pour ne pas dégrader les particules de matière végétale. L'agent de couplage permet de créer un pont chimique entre les constituants du composite, pour garantir un transfert de charge efficace entre la matrice et les particules végétales, et obtenir un composite arborant des propriétés mécaniques optimales. Les agents de couplage utilisés se composent généralement d'une "tête" réactive, appartenant à la famille des acides, à l'extrémité d'une longue chaîne aliphatique, généralement appartenant à la famille chimique de la matrice. L'extrémité réactive des chaînes réagit chimiquement avec les sites hydroxyles présents en surface des particules végétales. Il y a donc un ancrage
chimique fort entre l'agent de couplage et les dites particules. Le long "corps" constitué par la dite chaîne va quant à lui s ' enchevêtrer dans le réseau macromoléculaire de la matrice thermoplastique. Tous les agents de couplage susceptibles d'assurer de telles fonctions par le processus chimique décrit ci dessus peuvent être utilisés. Par exemple des agents de couplage à base isocyanate ou organo-slianes .
Par ailleurs, les composites fabriqués selon la présente invention sont caractérisés par un taux d'humidité inférieur à 1 % mesuré par la méthode de Karl Fisher (norme ISO-760) .
L'agent de couplage agit comme facteur de diminution de la sensibilité face à l'humidité. En effet, la réaction chimique de l'extrémité de l'agent de couplage avec les sites hydroxyles présents à la surface des particules végétales apporte une amélioration significative de la résistance à l'humidité des composites selon l'invention. Les sites OH intrinsèquement présents à la surface des particules sont la principale cause de leur hydrophilie, les molécules d'eau pouvant très facilement se lier à ces groupes hydroxyles. C'est ainsi que le blocage de ces sites réactifs par l'agent de couplage permet de limiter la présence de molécules d'eau en périphérie des particules, et permet ainsi de réduire nettement la reprise d'humidité des composites. L'agent de couplage évite donc une prise d'humidité accrue, un gonflement des particules végétales, ainsi qu'une chute prématurée des propriétés mécaniques des composites selon l'invention.
Le matériau selon l'invention est obtenu à partir de parties de végétaux, notamment de céréales, brutes ou très grossièrement broyées, et l'ensemble du broyât peut être utilisé, des plus grosses aux plus fines particules.
Ceci présente un avantage important par rapport à l'utilisation de fibres qui nécessitent d'être triées et conduisent donc à plus de déchets de matière première.
De plus, l'aspect des produits et objets obtenus par injection ou extrusion à partir du matériau selon l'invention laisse apparaître les particules surfaciques de matière végétale, qui donnent un aspect attrayant et naturel aux dits produits .
Egalement, le matériau composite est aisément recyclable et/ou incinérable en minimisant fortement la quantité de déchets ultimes non valorisables .
Par rapport à des charges de fibres minérales, telles que des fibres de verre, ou de talc, la densité du matériau est environ 20% inférieure. De plus, des essais ont permis de montrer que le produit selon l'invention présente l'avantage d'être moins abrasif pour les fourreaux, vis et outillage, en comparaison des charges et renforts minéraux.
Par ailleurs, si les propriétés mécaniques du matériau selon l'invention sont moindres que celles de composites renforcés fibre de verre ou certaines autres fibres minérales, elles sont nettement supérieures, de 1,5 à 2,5 fois, à celles de la matière plastique seule, permettant ainsi d'améliorer la rigidité en flexion et en traction. Les résistances en flexion et en traction sont elles aussi améliorées par la présence de matières végétales, à des niveaux cependant moindres que ceux énoncés dans le cas de la rigidité. Dans tous les cas, l'augmentation en proportion de produits céréaliers ou oléagineux a pour effet d'accroître les propriétés du composite, par rapport à une utilisation de la matière de la matrice thermoplastique seule, et cela à moindre coût.
Le matériau selon l'invention se présente préferentiellement sous la forme de granulés thermoplastiques de dimensions comprises entre 2 et 4 mm, obtenus par découpe d'un jonc classiquement obtenu par la
mise en œuvre d'une extrudeuse, mais pourrait également être fourni sous la forme du dit jonc ou de plaques thermoformables .
L'invention a aussi pour objet un procédé de fabrication d'un matériau composite thermoplastique comportant une matrice en une matière thermoplastique et une charge de particules de matières végétales, selon lequel on mélange dans une extrudeuse à vis des particules végétales avec de la matière plastique fondue et on extrait en continu à une extrémité de sortie le mélange obtenu sous forme d'un jonc, caractérisé en ce que la matière végétale est introduite dans l' extrudeuse sous forme de granulés formés de particules surfaciques de produits céréaliers et/ou oléagineux compactées, en un point éloigné de la dite extrémité de sortie de manière à assurer dans l' extrudeuse et avant sa sortie un brassage des dits granulés suffisant pour les désagglomérer et un mélange sensiblement homogène des dites particules avec la matière thermoplastique fondue.
Préferentiellement, les granulés de produits céréaliers et/ou oléagineux sont obtenus par granulation et compactage, dans une presse à granuler, de particules de matière végétale de dimensions comprises entre 2 et 6 mm. Ceci permet d'obtenir des granulés de matière végétale à moindre coût, directement utilisables en entrée d' extrudeuse .
Les particules de matière céréalière ou oléagineuse sont obtenues soit par hachage puis broyage de paille, soit à partir de sons.
Les particules surfaciques de matière végétale sont par ailleurs facilement obtenues à partir des matières premières, tiges ou grains, par des procédés classiques de hachage, broyage, etc., et leur agglomération et compactage est également réalisé par des procédés et outils classiques, tels que des presses à granuler de
type connu en soi .
L'utilisation de granulés de matière céréalière ou oléagineuse compactée permet d'éviter tous les problèmes précités rencontrés avec l'utilisation de fibres. Elle permet notamment de simplifier le stockage et le transport des matériaux à introduire dans l' extrudeuse, en réduisant le volume de la matière végétale par rapport au volume occupé par des fibres longues végétales classiques. La reprise d'eau des granulés compactés, lors de leur stockage et manutention, est relativement faible par rapport aux fibres, ce qui permet de supprimer la nécessité d'un étuvage des matières végétales juste avant leur introduction dans 1 ' extrudeuse .
En effet, l'étape de granulation selon l'invention, bien que réalisée sensiblement à température ambiante, au moyen d'une presse à granuler de technologie connue ne soi, donne lieu à des phénomènes de friction importante au sein des particules, résultant ainsi en des élévations localisées de la température. Cette élévation de température permet d'extraire une quantité significative d'humidité présente intrinsèquement au sein des charges végétales, tout en restant nettement inférieure à la température de dégradation des dites particules.
De plus, la forme densifiée des particules après compactage présente surface directement en contact avec l'air ambiant beaucoup plus faible que celle des particules ou fibres utilisées dans les procédés selon l'art antérieur, ce qui permet comparativement de réduire fortement le taux de reprise d'humidité possible. L'extraction d'humidité lors de la granulation et la limitation de reprise d'humidité évoquées ci dessus permet d'atteindre pour la matière végétale des taux d'humidité inférieurs à ceux requis pour permettre un mélange aisé avec la matière thermoplastique, et évite donc l'étape d' étuvage préalable systématiquement nécessaire dans les procédés antérieurs .
L'introduction des granulés suffisamment loin de la sortie de l' extrudeuse permet par ailleurs d'assurer leur dësagglomération lors du brassage résultant du mouvement des vis de l' extrudeuse. De plus, la quantité de chaleur ainsi fournie facilite la vaporisation de l'eau résiduelle contenue dans les granulés, sans nécessité de les étuver auparavant.
Préferentiellement , les granulés de produits végétaux sont introduits dans l' extrudeuse simultanément avec des granulés de matière plastique et d'éventuels additifs, dans la première partie des vis d'extrusion, c'est à dire approximativement dans le premier tiers de leur longueur, et sans étuvage préalable. Selon des dispositions complémentaires : les additifs comportent au moins un agent de couplage servant à améliorer l'adhésion des particules de matière céréalière et/ou oléagineuse avec la matière plastique. - au cours du mélange réalisé dans l' extrudeuse, on procède à un dégazage par aspiration, dans le mélange contenu dans l' extrudeuse, de l'humidité vaporisée, initialement présente dans la matière végétale.
- après la sortie de l' extrudeuse, le jonc obtenu est séché et refroidi par une lame d'air.
L'invention a encore pour objet une installation de fabrication pour la mise en œuvre du procédé précédemment défini, l'installation étant caractérisée en ce qu'elle comprend :
- un système d'alimentation comportant des moyens de dosage de granulés de produits céréaliers et/ou oléagineux, des moyens de dosage de granulés de matière thermoplastique, et optionnellement des moyens de dosage d'additifs,
- une extrudeuse à vis ayant une zone d'extrémité
d'entrée sur laquelle le système d'alimentation est raccordé, une extrémité de sortie opposée à l'extrémité d'entrée et comportant une filière d'extrusion, une zone ouverte à l'air ambiant, située en aval de l'extrémité d'entrée, et une zone de dégazage sous dépression située entre la zone ouverte à l'air ambiant et l'extrémité de sortie,
- des moyens de refroidissement, de séchage, et de coupe, situés en aval de la sortie de l' extrudeuse pour respectivement solidifier le jonc extrudé, le sécher et le découper en granulés de matériau composite conforme à 1' invention.
D'autres caractéristiques et avantages apparaîtront dans la description qui va être faite d'un mode de réalisation du procédé d'obtention du matériau selon 1' invention.
On se reportera aux dessins annexés dans lesquels : la figure 1 est une vue schématique de 1' extrudeuse et de ses moyens d'alimentation, les figures 2 et 3 illustrent schématiquement deux variantes de réalisation des moyens de refroidissement du jonc extrudé, et de granulation,
- les figures 4 et 5 illustrent, respectivement en coupe et en vue de face, une troisième variante des moyens de refroidissement du jonc extrudé, et de granulation.
Dans l'exemple ici décrit, le matériau selon l'invention est obtenu par mélange de granulés de particules surfaciques de matière céréaliêres avec la matière thermoplastique. Ce mélange est réalisé dans une extrudeuse 10 mono-vis ou bi-vis, de type connu en soi, dans laquelle les granulés de produits céréaliers, les granulés de matière plastique et les additifs sont introduits vers une extrémité d'entrée 11, et un jonc de
matériau composite en ressort par des filières à joncs situées à l'extrémité de sortie 20.
Les granulés de produits céréaliers peuvent être obtenus de deux manières, à partir de paille, ou à partir de grains de céréales .
Dans le mode d'obtention à partir de paille, les tiges de céréales sont, au moment de la moisson, bottelées et pressées, couramment sur le champ de récolte. Elles peuvent être ensuite stockées sous abri sous cette forme. Les bottes de paille sont ensuite acheminées vers une unité de broyage et granulation, de type connu en soi, notamment pour la préparation d'aliment de bétail. La paille est d'abord hachée, dans un bol hacheur, pour réduire les brins de paille à une longueur de l'ordre de 20 à 40 mm. Puis les brins sont convoyés pneumatiquement, ou mécaniquement par des vis, élévateurs à godets, ou similaires, vers un broyeur à marteaux qui réduit les brins à des particules de quelques millimètres, par exemple de 2 à 6 mm ou même moins, de 1 à 3 mm par exemple.
Le broyât de paille alors obtenu est convoyée vers une presse à granuler annulaire, de type bien connu, pour être transformée sous forme de granulés de paille compactée, granulés de diamètre de l'ordre de 3 à 8 mm. Cette opération permet de densifier le produit en vue de son stockage, transport et utilisation dans l' extrudeuse 10.
Dans le mode d'obtention des granulés à partir de grains, les grains de céréales sont d'abord soumis à un procédé meunier qui réalise la séparation des constituants élémentaires des grains, à savoir les parties amylacées, ou farine, et les parties ligno- cellulosiques, ou sons, qui sont les enveloppes téguments ou écorces des grains . Les sons sont alors granulés par passage dans une presse à granuler annulaire, pour former des granulés de particules de dimensions de 3 à 10 mm. La
farine résultant du procédé meunier peut être en partie ou en totalité introduite dans la presse à granuler avec les sons, ou servir pour d'autres applications, ou encore être introduite directement dans l' extrudeuse en tant que charge complémentaire dans le matériau composite, ce qui peut permettre d'abaisser encore le coût par une utilisation totale de la matière première.
Les granulés de produits céréaliers obtenus comme indiqués ci-dessus peuvent ensuite être stockés avant utilisation dans l' extrudeuse. Quelle que soit la matière première utilisée, paille ou grains, un intérêt notable de la granulation est qu'elle permet une augmentation substantielle de la densité apparente du produit, d'où facilité de transport et de stockage,
L' extrudeuse de la figure 1 représente schématiquement une extrudeuse de type classique en plasturgie, qui peut être une extrudeuse à deux vis contrarotatives ou co-rotatives, ou une extrudeuse ono- vis.
L'introduction des granulés peut se faire verticalement ou latéralement, dans le premier tiers de la longueur des vis, par exemple directement à une extrémité d'entrée 11. Les granulés de matière céréalière sont alimentés et dosés par un premier doseur 21, par exemple constitué d'un prédoseur volumétrique 21a et d'un doseur pondéral à bande 21b. La matière thermoplastique est introduite, également sous forme de granulés, par un deuxième doseur 22, et les additifs par un ou des doseurs supplémentaires 23.
On notera que, dans le cas de la fabrication d'un composite comportant un mélange de matières végétales de différentes natures, celles-ci seront préferentiellement dosées et introduites sensiblement simultanément dans 1 ' extrudeuse . Il serait aussi possible de réaliser un pré-mélange de granulés de matières d'origines
différentes, ou de granulés et d'un complément de matières végétales non granulées, ou encore d'utiliser des granulés formés de différentes matières végétales compactées ensemble. Comme on l'aperçoit sur le dessin, l'inclinaison du filet des vis de l' extrudeuse varie sur leur longueur, de manière connue en soi, pour provoquer notamment un effet de brassage plus important des matériaux introduits.
Dans les premières zones 11, 12 et 13, à l'entrée de l' extrudeuse, le polymère est fondu et le mélange des divers constituants introduits commence. Les vis peuvent être à cet endroit pourvues de crans pour favoriser la désagglomération des granulés de céréales .
Une zone spéciale 14, ouverte à l'air libre, est prévue pour permettre une évacuation partielle de l'humidité contenue dans les granulés de produits céréaliers sous forme de vapeur résultant de l' échauffement de l'ensemble des matières sous l'effet du brassage des vis. Dans les zones suivantes 15, 16, 17, les constituants sont intimement mélangés suite au malaxage important provoqué par les vis.
Dans la zone 17, on procède à un dégazage poussé, sous une dépression de plus de 0,5 bars, environ 0,8 bars par exemple, pour extraire le reste de vapeur d'eau. Un élément spécial, de type malaxeur inversé, est situé dans la zone 16, entre la zone de dégazage et la zone 14 de mise à l'air libre, pour générer un joint de matière fondue dont le rôle est d' étanchéifier la zone 16 et éviter ainsi tout risque de communication entre l'ouverture 14a de la zone 14 mise à l'air libre et la zone de dégazage .
Le mélange se poursuit dans les zones 18, 19 de fin de vis, avant que le jonc extrudé 3 soit poussé à travers la filière 20, conférant au jonc un diamètre de 2 à 4 mm. La température d'extrusion est de l'ordre de 170°C
à 200°C maximum, afin de ne pas dégrader thermiquement les produits céréaliers. Le cas échéant, pour éviter encore plus ce risque de dégradation, on pourra procéder à un ajout de cire en entrée de vis, pour réduire les frottements générateurs d' échauffement interne dans 1 ' extrudeuse .
On notera par ailleurs que le dégazage permettant l'évacuation de la majeure partie de l'humidité des particules de céréales est facilité au niveau sensiblement des deux tiers de la longueur des vis, grâce à l' échauffement produit par le malaxage de la matière. Il n'y a ainsi pratiquement pas besoin d'un apport d'énergie supplémentaire pour supprimer l'eau inévitablement contenue dans les granulés, ce qui permet ainsi d'éviter l' étuvage nécessaire avant extrusion dans les procédés utilisants des fibres. En sortie de filière, le jonc 3 comporte typiquement moins de 1 % d'humidité.
Un autre intérêt particulier de la granulation des matières céréaliêres est qu'elle facilite le dosage et sa précision lors de l'introduction des granulés dans l' extrudeuse, et en conséquence elle permet d'assurer une meilleure homogénéisation avec la matrice de matière polymère. On notera en effet que, lors du brassage provoqué par les vis, les granulés de produits céréaliers sont désagrégés dans la première partie de la vis, permettant ainsi une bonne homogénéisation du mélange avec la matrice de matière thermoplastique lors du malaxage subi ultérieurement. De plus, ce malaxage peut aussi avoir un effet de diminution de la taille moyenne des particules, sans cependant les décomposer totalement, de manière que les particules apparaissent encore visiblement dans le matériau composite et dans les objets moulés ou injectés fabriqués à partir du dit matériau.
En sortie d' extrudeuse, le jonc 3 est refroidi puis découpé pour former des granulés 31 de matière composite
apte à être réutilisée dans des procédés de fabrications de pièces diverses, par moulage-injection, ou de profilés, par extrusion.
Selon une première méthode, illustré figure 2, le jonc est refroidi immédiatement en sortie de l' extrudeuse par un trempage de courte durée, par exemple inférieure à 2 secondes, dans un bac d'eau 32, puis soumis à un séchage par un jet laminaire d'air à contre-courant 33a fourni par un générateur d'air sous pression 33, le flux d'air complétant le refroidissement et chassant l'eau de la surface du jonc. Une telle méthode est adaptée pour une extrusion à haut débit de production, par exemple de 500 kg/heure, avec un taux de particules faible ou moyen, typiquement inférieur ou égal à 30 % en poids.
Le jonc passe ensuite dans un granulateur 34 qui découpe le jonc en granulés 31, et qui sert également d'entraînement du jonc par traction, cet entraînement étant rendu possible par le fait que le jonc est suffisamment solidifié par son passage dans le bac d'eau.
Selon une deuxième méthode, représentée figure 3, le jonc 3 en sortie d' extrudeuse est soumis uniquement à un refroidissement par un flux d'air laminaire fourni par le générateur d'air sous pression 33. Un convoyeur à bande 35 est utilisé pour supporter et convoyer le jonc depuis la filière 20 jusqu'à ce qu'il soit suffisamment solidifié et résistant pour être pris en charge par le granulateur, et découpé en granulés comme dans le cas précédent. Cette seconde méthode bien que nécessitant plus de temps pour le refroidissement, et donc une longueur d'installation plus importante, présente cependant l'avantage d'éviter toute reprise d'humidité par le jonc extrudé. Elle est plus particulièrement indiquée pour une extrusion à faible débit, de l'ordre de 50 kg/heure par exemple, et quel que soit le taux de particules .
Selon une troisième méthode, représentée figures 4 et 5, le jonc 3 est coupé et refroidi par pulvérisation d'eau directement en sortie de l' extrudeuse. A cet effet, un caisson 36 de coupe et de refroidissement est adapté sur la filière 20. Ce caisson comporte un rotor 37 muni de couteaux qui coupe le jonc en granulés 31, lesquels granulés sont immédiatement refroidis à l'intérieur du caisson par de l'eau sous pression issue d'un pulvérisateur 38, puis séchés . Cette dernière méthode est adaptée pour des hauts débits de production, par exemple plus de 500 kg/heure, et avec un taux de particules céréaliêres élevé.
Un refroidissement par nébulisation d'eau, c'est à dire par des fines gouttelettes projetées en surface du jonc extrudé, pourrait constituer un compromis favorable entre les exigences de débit de production élevé et de faible reprise d'humidité lors du refroidissement.
A titre d'exemple, le tableau ci-dessous montre quelques caractéristiques du matériau selon l'invention, comparativement à du polypropylène seul et à des matériaux composites chargés de minéraux ou de fibres végétales. On notera l'accroissement sensible de la valeur des modules de traction et de flexion et de contrainte au seuil pour le matériau selon l'invention
(colonnes 2 à 4) par rapport à du polypropylène seul
(colonne 1) , et la densité nettement plus faible par rapport aux composites à charge minérale (colonnes 5 et
6) . Le gain essentiel par rapport aux composites à bases de fibres végétales (colonnes 7 et 8) résulte du moindre coût de revient et de la facilité de mise en œuvre.
La mise en œuvre du composite selon 1 ' invention peut s ' effectuer de manière classique sur des presses à injecter traditionnelles. L'origine végétale des charges de renforcement du matériau nécessite néanmoins de
respecter certaines règles pour préserver 1 ' intégrité physique et mécanique du composite. Ainsi, la température lors de l'injection sera maintenue en dessous de 200°C, preferentiellement entre 160 et 200°C, environ pour éviter une carbonisation des céréales. Un étuvage avant injection est requis, par exemple de 4 heures à 85°C ou 2 heures à 110°C, pour garantir des propriétés physiques et mécaniques optimales aux pièces injectées. Compte tenu de la dimension des particules de céréales, l'épaisseur des pièces devra être suffisante, par exemple supérieure à 1 mm.
Par ailleurs, afin de limiter la dégradation thermique des particules céréaliêres, il est également important de limiter le cisaillement de la matière lors de l'injection, ce cisaillement étant source d'élévations localisées de température. Ainsi, la géométrie du système d'alimentation du moule doit pouvoir limiter ces cisaillements au sein de la matière fondue. Les buses, les canaux et les seuils d'injection seront preferentiellement de section circulaire et de diamètre d'environ 1 mm, pour éviter une obturation par des particules céréaliêres.