Instructions pour monter un escalier à reculons
Julio Cortázar
Julio
Cortázar, Argentin,
est
né en 1914 à Bruxelles et mort en 1984 à Paris. « Más sobre
escaleras » (titre original) est un petit appendice aux
fameuses « Instructions pour monter un escalier» que vous connaissez peut-être.
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Dans
un passage de la
bibliographie que je préfère oublier, nous avions expliqué qu’il
y a des escaliers
pour monter et des escaliers
pour descendre;
ce que nous n’avions
pas dit alors,
c'est qu'il existe aussi des escaliers pour aller
en arrière.
Les
usagers de ces engins salutaires comprendront sans trop d'efforts que
n'importe quel escalier recule si on le monte à l'envers, mais ce
qui reste à prouver, dans notre cas, c'est le résultat d'un
processus si insolite.
Essayez
avec n'importe
quel escalier extérieur.
Une
fois dominé le premier sentiment d'incommodité voire même de
vertige, nous découvrirons à chaque marche une nouvelle
perspective, qui, même si elle appartient à celle de la marche
précédente, la corrige, la critique et l’élargit.
Rappelez-vous,
il n'y a pas si longtemps, la dernière fois que vous aviez gravi les
escaliers de façon habituelle, le monde derrière vous demeurait
aboli par l'escalier lui-même, par son hypnotique ascension de
marches. Il suffira en revanche de l'aborder à reculons pour qu'un
horizon initialement limité par la clôture du jardin s'étende
maintenant jusqu'au petit champ des Peñalosa, embrasse ensuite le
moulin de la Turca, jaillisse jusqu'aux peupliers du cimetière, et,
avec un peu de chance, atteigne le véritable horizon, celui dont la
maîtresse de CE2 (2º primaire) nous enseignait la définition.
Et
le ciel ? Et les nuages ? Comptez-les lorsqu'ils sont au firmament,
buvez le ciel qui depuis son immense entonnoir vous tombe en plein
visage.
Peut-être
qu'ensuite, au moment de faire volte-face et de rentrer dans votre
appartement, dans cet univers domestique et quotidien, vous
comprendrez qu'ici aussi, il fallait regarder beaucoup de choses de
cette manière ; qu'une bouche, un amour, un roman, devaient aussi se
gravir à reculons.
Mais
faites attention, on trébuche et tombe facilement.
Il
y a des choses qui ne se laissent voir qu’en montant à reculons et
d'autres qui s'y refusent, effrayées par cette ascension qui les
oblige à tant se dénuder.
Entêtées
dans leur ascension et leur masque, elles se vengent cruellement de
quiconque monte à l’envers en quête de singularité, du petit
champ des Peñalosa ou des peupliers du cimetière.
Attention
à cette chaise, attention à cette femme.
Traduction
Colo
inspirée de celle de
Renaud Bouc
La belle voix de Cortázar
Instrucciones para subir una escalera al revés
Julio Cortázar
En un
lugar de la bibliografía del que no quiero acordarme, se explicó
alguna vez que hay escaleras para subir y escaleras para bajar; lo
que no se dijo entonces es que también puede haber escaleras para ir
hacia atrás.
Los
usuarios de estos útiles artefactos comprenderán, sin excesivo
esfuerzo, que cualquier escalera va hacia atrás si uno la sube de
espaldas, pero lo que en esos casos está por verse es el resultado
de tan insólito proceso.
Hágase
la prueba con cualquier escalera exterior.
Vencido
el primer sentimiento de incomodidad e incluso de vértigo, se
descubrirá a cada peldaño un nuevo ámbito que, si bien forma parte
del ámbito del peldaño precedente, al mismo tiempo lo corrige, lo
critica y lo ensancha.
Piénsese
que muy poco antes, la última vez que se había trepado en la forma
usual por esa escalera, el mundo de atrás quedaba abolido por la
escalera misma, su hipnótica sucesión de peldaños; en cambio,
bastará subirla de espaldas para que un horizonte limitado al
comienzo por la tapia del jardín, salte ahora hasta el campito de
los Peñaloza, abarque luego el molino de la Turca, estalle en los
álamos del cementerio y, con un poco de suerte, llegue hasta el
horizonte de verdad, el de la definición que nos enseñaba la
señorita de tercer grado.
¿Y el
cielo? ¿Y las nubes? Cuéntelas cuando esté en lo más alto, bébase
el cielo que le cae en plena cara desde su inmenso embudo.
A
lo mejor después, cuando gire en redondo y entre en el piso alto de
su casa, en su vida doméstica y diaria, comprenderá que también
allí había que mirar muchas cosas en esa forma, que también en una
boca, un amor, una novela, había que subir hacia atrás.
Pero
tenga cuidado, es fácil tropezar y caerse.
Hay
cosas que sólo se dejan ver mientras se sube hacia atrás y otras
que no quieren, que tienen miedo de ese ascenso que las obliga a
desnudarse tanto; obstinadas en su nivel y en su máscara se vengan
cruelmente del que sube de espaldas para ver lo otro, el campito de
los Peñaloza o los álamos del cementerio.
Cuidado
con esa silla; cuidado con esa mujer.