A.D. Rizakis - Le territoire de la colonie romaine de Philippes : ses limites au Nord-Ouest
Le territoire
de la colonie romaine
de philippes :
ses limites au nord-ouest
A.D. Rizakis - Nancy /Athènes
L'étendue du territoire de la colonie romaine de Philippes a déjà fait l'objet de plusieurs études qui, basées essentiellement sur la documentation épigraphique, sont en quelque sorte marquées par les progrès réalisés, dans ce domaine et au fil des générations, tant au niveau des nouvelles découvertes que dans celui des nouvelles interprétations. Nous disposons en tout, depuis la fin du XLXe siècle, de quatre études x, dont les points essentiels et les conclusions ont été résumés par P. Pilhofer2 dans son ouvrage récent sur Philippes. Il faut noter que tous ces savants, sans distinction, ont examiné les questions concernant le territoire de la colonie comme s'il s'agissait de la chora d'une cité grecque ; celui-ci a été vu d'une façon statique, comme s'il avait été fixé une fois pour toutes mais cette conception a, naturellement, conduit à des impasses puisque n'ont été pris en compte ni les principes et les règles du droit romain ni les pratiques appliquées par les
Romains dans la formation du territoire d'une colonie. Les différences entre les divers savants dans l'établissement des limites portent sur des points de détail que nous allons passer en revue mais nous insisterons d'avantage sur le tracé de la frontière nord-ouest ; cette dernière, vue d'un angle politico-juridique romain, présente des traits intéressants dont les énoncés et les principes sont décrits par la littérature gromatique3.
P. Perdrizet dotait la colonie d'un très large territoire (carte 1) qui comportait, en dehors de la plaine de Philippes et de Drama, celle de Serrés à l'ouest et la vallée du Nestos à l'est4 ; le lit de ce fleuve constituait, selon ce savant, la limite orientale alors qu'au nord et au nord-est la limite était fixée par la crête des montagnes qui bordent le vallon de Prossotchani et de Platania ; toutefois, Perdrizet excluait du territoire de la colonie le vallon de Platania, au nord-est, argumentant avec bon sens que les fonctions mentionnées dans une épitaphe provenant de cette zone ne pouvaient avoir de rapport avec la colonie mais plutôt avec une communauté, un vicus indigène, thrace5. Selon lui, toute la côte sud s'étendant entre les cités de Galepsos et de Neapolis, au pied du mont Symbolon, faisait partie naturelle du territoire colonial puisque la colonie devait en grande partie son importance à la mer. L'auteur plaçait sur le littoral, et plus précisément à l'ouest de Galepsos, le départ de la ligne de frontière occidentale qui, suivant les pentes occidentales du Pangée, se dirigeait vers le nord- ouest, à quelques kilomètres seulement à l'est de Serrés6.
Les témoignages sur lesquels il a établi cette géométrie des frontières étaient vraiment maigres ; pour le nord, les critères de relief ont prévalu pour l'énoncé des limites dites naturelles, très plausibles mais avec des réserves pour le vallon de Platania ; l'appartenance de la plaine alluviale du Nestos, vers l'est, et du littoral, vers le sud, ont été déduites du passage, véritablement ambigu, de Strabon (fr. 41) : t?? d'e? t? St??µ????? ???p? pa?a??a? t?? ?p? [Ga]????? µ???? ??st?? ?p???e??ta? ?? [F???pp??] ?a? ta pe?? F???pp???,
1. Cf. Perdrizet, 1897, 536-543 (résumé in Pilhofer 1995, 53-55 et carte 3) ; Collart 1937, 274-285 (résumé in Pilhofer 1995, 55-58 et carte 4) ; Lazaridis, D., F ? ? ?pp ?- ? ?µa ? ? ? ap ? ? ? ?a, Ancient Greek cities 20 (Athens 1973), 3-5 (résumé in Pilhofer 1995, 58-61 et carte 5). F. Papazoglou 1957 ; 1982, 91-106 ; ead., 1988, 408-411 (résumé in Pilhofer 1995, 61-66 et carte 6).
2. 1995, 52-67.
3. Les textes de la littérature gromatique ont été publiés par K. Lachmann, dans le vol. 1 (Berlin, 1848) et les figures dans le vol. 2 (Berlin 1852 ; réimpession Hildesheim 1967). L'édition de C. Thulin qui est plus récente (Leipzig 1913 ; réimpr. Stuttgart, 1971) modifia l'attribution de tel ou tel texte à tel ou tel auteut ; la seule traduction de ce texte, accompagnée d'intéressants commentaires, est celle de l'équipe de Besançon [Bes.] ; cf. O A. Dilke, The Roman surveyors. An introduction to the Agrimensores (Newton Abbott 1971), 37-46 et 184-187 ; G. Chouquer et F. Favory, Les arpenteurs romains : théorie et pratique (Paris 1982), 7-13. O. Behrends et L. Capogrossi Colognesi (éds.), Die romische Feldmesskunst. Interdhciplinàre Beitràge zu ihrer Beteutung fur die Zivilisationsgeschichte Roms (Gôttingen 1992) ; J. Peyras, "Les villes chez les arpenteurs latins", in G. Veyssière (éd.), Kakidoscopolis ou miroirs fragmentés de b vilk (Réunion 1995), 157-175 ; Ph. von Granach, " Textes et pratiques gromatiques. Les opuscub agrimensorum veterum et la naissance de la théorie de la limitation à l'époque impériale ", DHA 21/2 (1995), 355-360.
4. Concernant la ligne de frontière à l'est, Perdrizet (1897, 539 et n. 3) donnait une foi disons exagérée à l'affirmation gratuite de Strabon VII, 44, à savoir que le territoire de Philippes s'étendait "jusqu'à l'embouchure du Nestos" ; notons que Th. Mommsen (CIL III. 1, p. 120) dotait la colonie d'un territoire encore plus large puisqu'il incluait aussi la cité de Serrés, vers l'ouest (cité par Pilhofer 1995, 55 et n. 12).
5. Perdrizet 1897, 533-536 (= Pilhofer 2000, no 510 avec commentaire) ; l'inscription avait été trouvée dans le vallon de Platania, au km 224 de la ligne Thessalonique- Constantinople ; le père ?e ?& ? ? est ß ? ? ?e ?t ? ? (decurio) alors que son fils Valens, mort à quinze ans, est dit a ?t ?st ? ?t ? ? ? ? ?a ? f ? ? ? ? ? ? ? ?, fonctions inconnues dans le cursus colonial ; de toute façon père et fils ne sont pas citoyens de Philippes et il faut croire que ces fonctions ont plutôt un rapport avec un vicus thrace (cf. Papazoglou 1982, 89 n. 3 et ci-dessous p. 129).
6. Le départ de la ligne de frontière occidentale depuis Galepsos était établi, d'après P. Perdrizet, par l'épitaphe latine de l'esclave d'un citoyen de Philippes (BCH\8, 1894, p. 444 no 8 ; id, BCH, 1897, 540 ; reprise par Pilhofer 1995, 55 n. 9 et id., 2000, no 643 : l'origine semble douteuse). P. Perdrizet plaçait Galepsos, au sud- est du village de Kariani, mais plus tard on préféra les ruines plus importantes de Gaidourocastro, site décrit par des voyageurs et fouillé en 1959 et 1971 ; cf. Papazoglou 1982, 103 n. 64.
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