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Le slop, c'est ce mot qui a émergé pour désigner la bouillie de contenu générique que les outils d'IA produisent quand personne ne les bride : ces textes qui envahissent LinkedIn, les newsletters, les sites corporate, et qui donnent progressivement à toutes les marques la même voix. Les mentions de ce terme ont explosé de 200% en 2025 (conf Brandwatch), avec un sentiment négatif dans 82% des cas. Il suffit de scroller trois minutes sur n'importe quel fil d'actualité professionnel pour comprendre pourquoi. Linkedin m'était déjà pénible, il me fait aujourd'hui saigner des yeux. Ce qui me préoccupe, au-delà du slop lui-même qui finira par se corriger à mesure que les usages mûriront, c'est tout ce qu'il a emporté avec lui : beaucoup d'entreprises avaient développé, sans forcément le savoir, une voix qui leur appartenait. Des habitudes de langage, des petites imperfections, des aspérités qui décrivaient leur énergie et qui ne ressemblaient à personne d'autre. Et par une sorte de modestie inconsciente, ces singularités n'étaient pas regardées comme un actif. Pourtant, ces tournures un peu franches, ces formulations trop longues ou trop courtes infusaient des valeurs et faisaient un travail de marque considérable. Une énergie était transmise. Le jour où tout a été lissé, ce capital s'est évaporé, et la plupart du temps personne ne s'en est aperçu. Dans le luxe, la perte est d'un autre ordre. Il existait un artisanat du mot, des copywriters formés pendant des années à un registre très précis, dont le geste avait la même singularité que celui d'une couturière dans un grand atelier. Les priorités budgétaires ont changé, des gens (fort compétents par ailleurs) font aujourd'hui un travail qui n'est simplement plus le même, et ce glissement, imperceptible pour les non-professionnels, émousse progressivement la perception inconsciente de solidité qu'une marque de luxe doit inspirer. Chez Rivierao, nous avons passé beaucoup de temps à comprendre exactement à quel moment un brief bascule dans le slop — à force d'itérations, de filtres, de procédures de dressage d'agents. L'IA est par essence l'agent de disparition des imperfections, et tout notre travail consiste précisément à lui apprendre à les respecter, à comprendre que la voix d'une marque tient souvent à ce qu'elle a de légèrement imparfait. C'est un artisanat artificiel, si l'on veut, et c'est probablement l'un des savoir-faire les plus contre-intuitifs que nous ayons eu à développer. #branding #IA #craft